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Anna Karénine (1935) - la critique

Greta Garbo en héroïne russe

- Durée : 1h35mn
- Année de production : 1935

Porté par le brio de la divine Greta Garbo, ce superbe mélodrame s’impose comme une des plus belles versions du roman de Tolstoï.

L’argument : Dans la Russie tsariste du xixe siècle, Anna Karénine, épouse d’un lugubre notable dirigiste et glacial, n’a pour seule source d’affection que son jeune garçon, Sergeï. Cet amour fusionnel, la respectabilité de son rang, le confort matériel et la chaleur de ses proches ne lui suffisent pourtant pas. Elle finit par céder aux avances d’un jeune cavalier fougueux, le colonel Vronsky.

Notre avis : Visiblement amoureuse du personnage issu du roman de Tolstoï, l’actrice Greta Garbo incarne pour la seconde fois à l’écran Anna Karénine après la version muette éponyme tournée en 1927 par Edmund Goulding où elle avait pour partenaire masculin l’acteur John Gilbert. Désireuse de réaliser une version parlante de ce très gros succès des années 20, la MGM propose donc à la star suédoise de reprendre une nouvelle fois le rôle, cette fois-ci accompagnée de Fredric March, le tout sous la direction de son réalisateur fétiche Clarence Brown. Si cette nouvelle version a connu une fortune plus contrastée que la précédente (le succès ne fut que d’estime), elle n’en demeure pas moins aujourd’hui un magnifique exemple de la collaboration fructueuse entre deux artistes hors pair. Ainsi, Greta Garbo n’a jamais aussi bien joué que lorsqu’elle était dirigée par Clarence Brown, cinéaste qui savait modérer son tempérament et ses ardeurs. Alors que le jeu de la star peut parfois paraître artificiel et daté, il atteint son point le plus pur sous la direction de son mentor. D’un autre côté, l’extrême sensibilité du réalisateur (qui le fera glisser plus tard vers la sensiblerie) est modérée par la beauté glaciale de son actrice favorite. L’alchimie fonctionne à merveille ici encore.
Malgré un sujet qui risquait d’entraîner les auteurs vers le mélodrame tire-larmes, Anna Karénine parvient à échapper à de nombreux pièges tendus par l’œuvre de Tolstoï. Même si la Russie qui nous est présentée respire fort l’image d’Epinal, celle-ci ne prend jamais le pas sur la puissance d’évocation d’une histoire conçue comme universelle. Car au-delà du contexte historique, judicieusement gommé ici, il s’agît avant tout pour les auteurs d’évoquer une histoire d’amour impossible entre une femme mariée et un amant particulièrement fougueux. Personnage tragique par excellence, la belle Anna Karénine perd absolument tout (sa famille, sa position sociale et sa respectabilité) pour pouvoir mener au grand jour sa passion avec celui qu’elle pense être l’homme de sa vie. Luttant contre les convenances, cette femme moderne est magnifiée par l’impeccable interprétation d’une Greta Garbo se consumant d’amour. Tiraillée entre l’amour inconditionnel qu’elle porte à son fils (superbes séquences avec le jeune prodige Freddie Bartholomew) et la passion dévorante envers ce militaire de carrière qui la dévore des yeux, cette femme incarne à elle toute seule le dilemme qui a frappé au cours des siècles la gente féminine. Coincée entre son devoir de femme du monde et son désir personnel, Anna Karénine ne peut que perdre sur tous les tableaux, comme l’indique la prédiction faite dès la première séquence du film.
Avec ses costumes enchanteurs, ses images splendides et ses mouvements de caméra fluides et parfois audacieux, Anna Karénine compte parmi les grandes réussites de l’âge d’or du cinéma hollywoodien et s’impose comme une des meilleures versions cinéma de ce grand classique de la littérature russe.

Notes :
- Cette version du roman de Tolstoï réalisée par Clarence Brown est la quatrième recensée. Elle sera suivie par celle de Julien Duvivier avec Vivien Leigh (1948), par une version russe en deux époques tournée par Alexandre Zarkhi en 1967 et enfin par celle de Bernard Rose avec Sophie Marceau (1997).
- Le jeune Freddie Bartholomew a été révélé à l’âge de 11 ans en 1935 par ce long-métrage, mais également par son interprétation magistrale dans le David Copperfield (1935) de George Cukor. Il est ensuite apparu dans des œuvres majeures comme Le petit lord Fauntleroy (John Crommwell, 1936) et Capitaines courageux (Victor Fleming, 1937). Sa carrière d’enfant-star décline pourtant avec la guerre et le jeune homme s’oriente par la suite vers la publicité. Malgré de nombreux procès intentés contre ses parents, il n’a finalement jamais touché un dollar de ses gages en tant qu’acteur.
- Maureen O’Sullivan n’est autre que l’inoubliable interprète de Jane Parker dans la mythique série des Tarzan avec Johnny Weismuller.

Virgile Dumez

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