Durée : 1h40mn
Titre original : Eastern promises
Cronenberg n’a jamais été aussi simple et direct avec ce nouveau film de gangsters qui cache une vraie tragédie shakespearienne interprétée par des virtuoses.
L’argument : Une sage-femme enquête sur l’identité d’une adolescente Russe, morte en couche, le soir de Noël. En lisant son journal intime, elle découvre son ancienne vie de prostituée, mêlée malgré elle aux agissements d’un groupe de proxénètes (Viggo, Cassel et cie). Et si elle allait confondre sa vie avec celle de la défunte pour faire éclater la morale ?
Notre avis : Après l’éblouissant History of violence, David Cronenberg revient avec une nouvelle affaire de gangsters qui a priori laisse craindre le fâcheux thriller académique qui applique paresseusement une formule. Que nenni : s’il part de ficelles classiques pour révéler progressivement des zones d’ombre insoupçonnées, le film viscéralement cronenbergien réussit à renouveler l’impact émotionnel de l’opus précédent avec une virtuosité sidérante. D’un bout à l’autre, le cinéaste prend l’intrigue comme prétexte mélodramatique pour traiter en creux ses thématiques chéries : questionner l’identité morcelée des personnages, sonder l’ambiguïté des sentiments, mélanger le plaisir et la souffrance, mettre au même niveau le sexe et la violence. Et dépeindre des personnages confrontés à leurs démons intérieurs : une sage-femme qui remonte ses origines russes, un gangster qui assume ses sentiments trop longtemps refoulés. De la complexité brute sous l’apparente simplicité des événements.
Une scène anthologique dans un hammam où Viggo Mortensen, totalement dépoilé, affronte deux tueurs tchétchènes constitue non seulement une audace suprême, évoquant le meilleur du Cronenberg des années 80, mais surtout donne une cohérence inouïe à la dramaturgie, réduisant ainsi une petite crapule à un homme nu, sans écorce, sans carapace. Avec ses émotions brutes. Si le cinéaste donne une importance sacro-sainte au réalisme des situations, il ne se prive pas pour utiliser des connotations bibliques, ni même amplifier une dimension shakespearienne qui pousse les personnages de ces Promesses à franchir des barrières sociales et morales. En suivant cette logique, la scène finale qui résume à elle seule le va-et-vient permanent entre grotesque et tragique n’en est que plus poignante. Cette histoire de bad guys et de poupées brisées qui trouvent la rédemption dans l’amour, prennent conscience du coût de la vie et réclament leur part d’humanité perdue foudroie le regard et nous cueille. En beauté.

Le DVD
Edition simple, collector et blu-ray, Metropolitan a soigné la sortie événement du dernier chef d’œuvre de David Cronenberg.
Les suppléments
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Metropolitan ne nous ayant fourni que l’édition simple, les suppléments sont vite parcourus : une bande annonce (en VO et VF) et un document promotionnel d’une dizaine de minutes où Cronenberg et quelques comédiens lancent des pistes sur leurs intentions et leur approche artistique. Pour en savoir plus, il faudra acheter l’édition collector (2 disques), qui propose une version longue de la featurette, intitulée De l’ombre à la lumière (22mn), ainsi que les documentaires suivants : La Marque de Caïn (73mn) sur les prisons russes et leurs codes, A fleur de peau (6mn) sur les tatouages dans le film, et Au-delà du film (32mn), qui revient sur l’implantation de la mafia russe en Europe. L’édition blu-ray reprend tous ces bonus.
Image & son
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Cette édition brille par la précision picturale du transfert DVD. Celui-ci est visuellement très satisfaisant, bénéficiant d’un contraste précieux pour mettre en avant la sublime photographie de Peter Suschitzky. Les noirs sont profonds, les couleurs lumineuses. Une belle réussite.
Comme toujours Metropolitan privilégie la VF, qui bénéficie de la seule piste DTS. Cela en devient irritant ! Heureusement celle-ci se détache peu du 5.1 Dolby Digital anglais, tout aussi équilibré dans son utilisation du score d’Howard Shore, des bruits et des voix, qui sont mélangés harmonieusement.
Les étapes d’un cinéaste à l’univers inimitable.
Par Norman06
Du Cronenberg en finesse et en cohérence pour qui apprécie l’oeuvre du maître. La sage-femme prise dans l’engrenage de l’horreur est bien plus passionnante que les stéréotypes filmés du Premier cri. Séquence de combat dans le sauna déjà culte. Du grand art !
Par Frédéric Mignard
Cronenberg réalise avec un sens implacable de la mesure une tragédie ostentatoire et brillante.