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Waterloo - la critique

Requiem pour un massacre

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Une assez longue attente récompensée par une des batailles les plus spectaculaires de l’histoire du cinéma. Rien que ça.

L’argument : Evocation de la dernière bataille livrée par Napoléon en juin 1815 après sa fuite de l’île d’Elbe.

Notre avis : Après avoir passé plus de trois années de sa vie à adapter le roman Guerre et paix de Tolstoï afin de réaliser une imposante fresque épique de plus de huit heures, le comédien et metteur en scène russe Sergueï Bondartchouk se voit offrir un budget absolument colossal par le mégalomane producteur italien Dino de Laurentiis. Ce dernier, déjà à l’origine d’une version peu satisfaisante de Guerre et paix par King Vidor (1956), compte bien signer le film définitif sur Napoléon. A l’aide du scénariste irlandais H.A.L. Craig, le nabab de Cinecittà veut retracer les derniers jours de l’Empire napoléonien et, au passage, marquer de son empreinte indélébile le cinéma mondial. Il s’attache les services des meilleurs techniciens et élabore une coproduction avec l’Union Soviétique, très fière de participer à un projet si gargantuesque. Car de Laurentiis et Bondartchouk n’ont pas lésiné : avec un budget estimé à plus de vingt-cinq millions de dollars, Waterloo (1970) devait être un spectacle total, emportant le spectateur dans la tourmente d’une furieuse bataille. Force est d’admettre qu’ils y sont parvenus en grande partie.
Pourtant, les vingt premières minutes ne sont pas forcément enthousiasmantes. Si l’esthétisme propre au cinéaste russe est bien présente, on est immédiatement choqué par un casting hétéroclite frisant la faute de goût. Rod Steiger n’est pas un acteur réputé pour la grande finesse de ses prestations et, fidèle à lui-même, il en fait des tonnes dans la peau de ce Napoléon vieillissant et conscient de son propre déclin. L’apparition - à la limite du ridicule - d’Orson Welles en Louis XVIII n’est pas faite pour nous rassurer. Pourtant, peu à peu, le cinéaste installe son atmosphère de fin de règne et affine le jeu de ses acteurs. Les prémices de la bataille sont parfaitement détaillés, mais rien ne nous prépare pourtant au morceau de bravoure qui suit. Quarante minutes de folie furieuse. Quarante minutes à couper le souffle. Décrivant par le menu la moindre opération, Bondartchouk respecte à la lettre la véracité des faits et signe une des batailles les plus mémorables du cinéma mondial. Avec des moyens impressionnants - des milliers de figurants et des hélicoptères qui permettent de filmer le carnage du point de vue divin - le cinéaste russe nous plonge au cœur des combats. On ressort totalement abasourdi devant un tel déploiement de force et devant l’imparable talent d’un auteur qui manie la logistique militaire avec maestria. Pas un plan qui ne soit beau, esthétisant à souhait, afin de nous donner le sentiment d’assister à la bataille la plus grandiose de l’histoire. Surenchère d’effets expressionnistes critiqueront certains, indéniable génie visuel dirons-nous plutôt face à ce monument du film historique, gigantesque échec au box-office international. Les auteurs ont aussi connu leur Waterloo, ce qui est fort dommage.

Virgile Dumez




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