Durée : 1h45min
Avec ce film présenté en compétition à Cannes, Alain Cavalier mène sa caméra baladeuse dans un jeu cocasse entre le cinéaste et un acteur, qui les mènera tous deux là où ils n’auraient jamais pensé se trouver. Drôle et brillant, tout en finesse, Pater - le résultat de cette expérience - est un film débordant d’ingéniosité.
L’argument : Pendant un an ils se sont vus et ils se sont filmés. Le cinéaste et le comédien, Le président et son 1er ministre, Alain Cavalier et Vincent Lindon. Dans Pater, vous les verrez à la fois dans la vie et dans une fiction qu’ils ont inventée ensemble.
Notre avis : Hasard provoqué ou non, Pater a été présenté pendant l’édition 2011 du Festival de Cannes à peu près au même moment que La conquête de Xavier Durringer, le très attendu biopic politique de Nicolas Sarkozy. Alain Cavalier, lui, a davantage l’habitude des entrées discrètes et feutrées, qui nous introduisent en caméra légère dans le domaine de l’intime, comme le délicat Irène. Il y a donc une certaine excitation à voir Cavalier se lancer dans une nouvelle expérience, celle du ton comique et de la collaboration active, quasi-fusionnelle, avec un acteur connu et reconnu, Vincent Lindon. Pourtant, dès les premières minutes, la forme déroutante que propose le cinéaste s’impose comme une évidence. Avec dans sa main une caméra toujours discrète mais réelle, guettant les mouvements et les expressions, ou jouant au contraire des figures les plus classiques de la réalisation (notamment le fameux « champ » / « contre-champ »), Alain Cavalier réussit, sur une note mineure, à signer un film dont le caractère hybride permet la force et la transversalité. Car au bout de quelques scènes, il devient difficile de définir « le » thème du film, tant celui-ci joue entre les différents niveaux de lecture. Pater est d’abord une formidable réflexion sur le « jeu », pris dans tous les sens du terme : deux hommes jouent à être Président de la République et Premier Ministre (comme les enfants jouent au docteur ou à la maîtresse), entraînant dans leur ronde une poignée d’autres joueurs, et au sein de ce groupe, un homme, Lindon / le Premier Ministre, est lui-même un acteur que l’on voit parfois apparaître sous un jour censé être privé et non plus public. Mais comment, par exemple au cours d’une scène géniale où Lindon raconte presque face caméra une rencontre avec son propriétaire dans la cage d’escalier de son immeuble, la part de l’homme et la part de l’acteur ?

Malgré son ton bienveillant et souvent très drôle, Pater reste de même un film politique et autour de la politique ; Alain Cavalier donne à son œuvre la structure d’une fable, mais celle-ci entre sans cesse en résonance avec des événements passés et présents : une amitié sincère qui tourne au vinaigre à cause de l’amour du pouvoir, des intentions justes qui finissent par perdre leur sens à force de compromis... L’exercice de l’Etat n’est ici qu’une pantomime, mais elle provoque des émotions mêlées, manière de montrer aussi comment le théâtre de la politique demeure un objet de fascination et d’attraction pour les coulisses ou les dessous cachés. Les acteurs se prennent dans leur propre fiction avec une telle gravité - même feinte - qu’elle en devient troublante : avec son dispositif presque documentaire, Cavalier nous emmène au-delà de la fiction, en teintant de « vérité » et de sincérité tout ce qui passe à l’écran, sans jamais perdre de sa force ironique. Pas didactique pour un sou, Pater s’impose néanmoins malgré lui comme une démonstration, celle de la maîtrise d’un cinéaste habile, faussement ingénu et pleinement conscient de son discours. Mais si le film nous emporte, c’est peut-être moins pour sa brillance que pour les portes dérobées de l’intimité entre deux hommes de cinéma devenus amis, portes qu’Alain Cavalier sait à merveille ouvrir discrètement aux yeux heureux du spectateur.

Sous des dehors minimalistes, "Pater" brasse large ; passant du microcosme au macrocosme. On tient là le meilleur film français de l’année, rien de moins ! Cela valait bien 17 minutes d’applaudissements à Cannes...
Par roger w
Alain Cavalier poursuit son oeuvre personnelle avec un talent fou et une sensibilité qui font plaisir à voir. Sa rencontre avec l’excellent Vincent Lindon donne lieu à des échanges passionnants, surtout lorsque les deux hommes se laissent aller à réfléchir sur notre société et ses déséquilibres. Leurs réflexions devraient inspirer de nombreux politiciens. Enthousiasmant.
Par Frédéric Mignard
Une vraie expérience de cinéma, doublée d’une réelle réflexion sur l’art, la société et la politique. On se régale de ces mises en scènes animées entre un réalisateur et son acteur. Un choix courageux pour une sélection internationale comme celle du festival de Cannes.
Exercice de style en roue libre, Pater séduit par sa liberté formelle, mais irrite par sa tendance à se complaire dans la pantomime et les postures creuses. Tout en faisant démonstration de son habileté, Cavalier noie son discours dans une surenchère d’artifices verbeux et d’effets de miroir, si bien que la mécanique intellectuelle du film s’emballe dans l’indifférence du spectateur. Une véritable déception, sans doute à la mesure d’une trop grande (...)