Le film de toutes les surprises qui allie intelligence du script, brio des comédiens et beauté des paysages. Chapeau bas.
L’argument : La passion vécue par deux hommes, un propriétaire de ranch et un spécialiste du rodéo, qui se rencontrent à l’été 1961 entre le Wyoming et le Texas.
Notre avis : Présenté comme un western gay, Brokeback Mountain est en réalité un film extrêmement viscéral. L’impression qu’il provoque est d’autant plus forte qu’on ne s’attend pas à être autant bouleversé par une histoire d’amour qu’on pourrait croire anodine et qui, en fait, tutoie le sublime. Alors que, pendant toute la première partie, on a l’impression que le scénario dynamite les us et coutumes d’un genre balisé (le western), on se rend compte très vite que la suite raconte une autre histoire : celle d’un amour sans limite qui ne s’est jamais fini, de sentiments de lâcheté vis-à-vis de la morale bien-pensante, d’étreintes sensuelles et violentes qui trahissent l’absence comme l’attente et, surtout, du refoulement de pulsions.
Le film semble témoigner d’un mépris radical pour les étiquettes. Ang Lee, cinéaste définitivement surprenant, recherche ici, dans une forme a priori obsolète et balisée (le western), un moyen de décortiquer une société phagocytée par les apparences et l’uniformité. Le scénario commence dans la nonchalance d’une relation nouvelle, d’un amour qui commence à se faire, avec son cortège d’œillades enflammées et de gestes maladroits, et dessine les prémisses d’une liaison entre deux hommes. C’est le produit d’une attirance réciproque facilitée par l’isolement.
Seulement, ce qui aurait dû n’être qu’une passade se révèle très vite un besoin urgent et vital. Petit à petit, les deux hommes réalisent qu’un lien extrême naît entre eux mais que la barrière sociale du conformisme empêche cette relation et l’oblige à être vécue de manière cachée. Quitte à mener sa propre vie à côté, à fonder une famille, à garder le mensonge et à vivre avec ce joug. Acteurs en état de grâce, intelligence suprême du scénario, complexité des sentiments, somptuosité formelle... Pas de doute possible : Le secret de Brokeback Mountain est une œuvre d’une beauté infinie qui fait exploser à l’écran le vécu de chacun.
Le DVD

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : En dépit de son statut mérité de chef-d’œuvre, Le secret de Brokeback Moutain ne bénéficie pas d’une édition collector à la hauteur de nos espérances. Le cahiers des charges est certes rempli mais de manière syndicale. Quatre sujets sont censés nous éclairer sur les mystères de ce lourd secret, quatre sujets qui se revèlent être d’une platitude confondante. Le premier est un portrait superficiel et niais d’Ang Lee, présenté comme un "réalisateur de cœur". Le deuxième, plus intéressant, revient sur la nouvelle qui a inspiré le film. Le troisième, le pire, raconte les efforts des acteurs pour être crédibles dans la peau de cowboys. Enfin, le dernier est un making of d’une vingtaine de minutes d’une linéarité effrayante. Conçu par la télé américaine, ce reportage se contente, platement, de narrer les faits sans jamais analyser, expliquer ou remettre ce phénomène culturel dans son contexte. Navrant.
Image & son : Encore une fois, Fox Pathé Europa réalise un sans-faute avec une édition à la beauté formelle renversante. Le sens du détail de la mise en scène d’Ang Lee est respecté et les payages méritent largement quelques pause/image pour s’en extasier. Précision donc, mais aussi évolution des couleurs (chaudes ou plus neutres) qui suivent les changements psychologiques des deux personnages : du grand art ! Quant au son, les pistes DTS 5.1 (française ou anglaise) remplissent aisément leur rôle, donnant la part belle aux dialogues (aussi peu soient-ils) ainsi qu’aux ambiances.