Le pouvoir de l’imaginaire et de la création au service de l’amour. Une distribution classieuse dominée par l’irrésistible Alain Chabat dans une bluette enchanteresse, qui ne tient pas toutes ses promesses.
L’argument : Venu travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu’il compense par ses rêves. Devant des caméras en carton, il s’invente une émission de télévision sur le rêve. Un jour, il fait la connaissance de Stéphanie, sa voisine, dont il tombe amoureux...
Notre avis : Michel Gondry est un artisan de l’image. On le sait depuis ses premiers clips, pour Björk notamment, jusqu’à son deuxième long métrage, le merveilleux Eternal sunshine of the spotless mind. Ce goût du bricolage et cet amour des effets spéciaux à la Méliès, entièrement faits à la main, nous les retrouvons, dans ce troisième opus, au service d’une histoire d’amour simple parce que complexe, comme toutes les histoires d’amour. Mais l’originalité principale du cinéaste français, ce qui le différencie des autres, c’est qu’il associe son amour de la création à une réflexion sur la création de l’amour. On a beau connaître certaines recettes, l’alchimie entre deux êtres n’en reste pas moins un mystère la plupart de temps. C’est donc la naissance de cet amour entre les personnages de Gael Garcia Bernal et Charlotte Gainsbourg que Gondry tente d’étudier avant de nous délivrer sa conclusion : pour naître, l’amour doit être créatif. Ce n’est pas un hasard si les deux protagonistes se découvrent par les mains, suite à un accident de piano. Par la suite, leur histoire sera dépendante de la réalisation des œuvres de chacun, œuvres manuelles bien entendu. Pour illustrer cette construction à tâtons, Gondry filme à l’aide d’une caméra tremblante et hésitante. Cette fragilité confère un aspect réaliste qui, paradoxalement, s’unit parfaitement à l’onirisme de certaines scènes.
On le voit, tout est une question de mélange dans l’univers de Michel Gondry. Mélange des niveaux de réalité mais aussi mélange des nationalités d’acteurs, mélange des langues, etc. Le cinéaste associe tous ces ingrédients, à l’instar du cerveau humain lorsque celui-ci donne naissance aux rêves, avec pour but de sonder l’imaginaire et de retranscrire sur pellicule les mécanismes de la pensée humaine. L’imaginaire et le cinéma sont en effet intimement liés, d’ailleurs Stéphane (Gael Garcia Bernal) met en scène sa vie par le biais de son imaginaire dans de nombreuses scènes. Dans ce domaine, on peut dire que Gondry suit les pas d’Alain Resnais et on aura préalablement remarqué que Eternal sunshine avait beaucoup de points communs avec le Je t’aime, je t’aime (1968) du cinéaste breton.
Pourtant, malgré cette cuisine cinématographique alléchante, la mayonnaise ne prend pas tout à fait et le spectateur reste un peu sur sa faim. Pour une fois, c’est l’inventivité de Gondry qui n’est pas à la hauteur. Le sujet du film et son titre, assez pompeux il faut le reconnaître, promettaient un traitement tellement plus ébouriffant que nous regrettons que le cinéaste ne nous serve que du réchauffé. On a l’impression d’avoir déjà vu dans ses clips les différents décors et autres trouvailles visuelles proposées dans ce film. De plus, la représentation des rêves reste naïve et convenue, en tous cas pas assez déviante ni tordue pour prétendre illustrer l’imaginaire humain. Par exemple, la question du sexe et de la trivialité est très vite expédiée et se retrouve concentrée uniquement dans le personnage d’Alain Chabat qui, soit dit en passant, tient le haut du pavé et trouve là son meilleur rôle au cinéma.
La science des rêves se laisse tout de même déguster, grâce au charme des comédiens, mais aurait mérité d’être un peu plus relevé. L’absence de Charlie Kaufman, le scénariste attitré de Gondry et Spike Jonze, y est sans doute pour beaucoup.