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The We and the I - la critique du dernier Michel Gondry

Bus stop

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Tel un entomologiste, Michel Gondry observe des jeunes du Bronx durant un trajet de bus et livre une analyse pertinente sur les rapports ambigus entre l’individu et le groupe. Eclairant.

L’argument : C’est la fin de l’année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d’adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide. Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…

Notre avis : Avec son titre programmatique, le nouveau film de Michel Gondry cherche à ausculter les différences comportementales entre le groupe (The We) et l’individu pris séparément (The I). Pour cela, un bus qui transporte des lycéens du Bronx lui sert de laboratoire des comportements humains. Enfermant le spectateur avec les passagers durant une heure et demi, Michel Gondry observe le changement d’attitude des jeunes gens en fonction du nombre de personnes présentes dans le bus. A partir de cette idée originale, le cinéaste s’est servi du vécu de chaque adolescent pour construire une histoire qui débute comme une suite de sketches pour ensuite se resserrer autour de quelques personnages clés. Si la première partie démontre avec une belle habileté que l’intelligence d’un groupe est inversement proportionnelle au nombre de personnes qui le compose, c’est évidemment la dernière partie qui permet de s’attacher à certaines personnalités et de mieux saisir le dessein du réalisateur.
Alors que la première partie montre une jeunesse vulgaire, potache et surtout irrespectueuse envers les autres usagers (ainsi qu’envers leurs propres camarades), le ton se fait de plus en plus violent dans le second segment. L’esprit légèrement vachard du début fait place à une amertume qui démontre que, derrière les mots, se dissimulent des blessures personnelles qui ressurgissent à chaque instant. Peu à peu, Michel Gondry prend la posture d’un moraliste (et non pas d’un moralisateur) en mettant chaque jeune devant ses propres responsabilités. Se comporter en véritable tyran envers les autres ne peut pas être anodin ou simplement fun, se moquer de son prochain parce qu’il est obèse ou juste différent n’est pas un détail que l’on peut balayer d’un revers de main. Grâce à une astuce de scénario particulièrement brillante, le principal running gag du film se transforme dans le dernier quart d’heure en un drame qui bouleverse à jamais la vie de ces jeunes en les confrontant cette fois avec la violence quotidienne de ce quartier miné par la pauvreté et la criminalité.
Sans jamais théoriser son propos, Michel Gondry arpente les terres du faux documentaire (certains plans truqués évoquent son amour pour le cinéma bricolé) pour mieux faire ressortir la vérité du vécu de ces jeunes. Des mots aux attitudes, la violence transpire de chaque plan, y compris dans les moments les plus potaches, au point de créer une tension dramatique qui trouve son point d’orgue dans les dernières minutes d’un long-métrage gonflé. Même si la formule est galvaudée, on serait tenté de dire que The We and the I est pour Michel Gondry le film de la maturité. Laissez-vous donc embarquer dans ce bus qui vous réserve bien des surprises, allant du rire à l’émotion la plus pure.

Virgile Dumez




Les avis des internautes

 

The We and the I - la critique du dernier Michel Gondry

Par Frédéric Mignard

Une grande réussite qui arme les jeunes des quartiers défavorisés new-yorkais d’une gouaille infaillible. A bord de ce bus très urbain dans l’âme, qui reconduit cette jeunesse à domicile, les situations sont épiques et suscitent de nombreuses émotions contrastées. Entre documentaire et fiction, Gondry parvient à brouiller les pistes et à affiner son art...

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The We and the I - la critique du dernier Michel Gondry

Par Frédéric de Vençay

C’est sans doute l’un des films les plus intéressants et aboutis de Gondry, même si mon goût pour ses bricolages enfantins, souvent qualifiés (à tort) de superficiels, auront toujours ma préférence ("Eternal Sunshine", "Be kind rewind"...). Le réalisateur français orchestre une partie de ping-pong verbal d’un réalisme et d’une justesse sans faille, oscillant entre drôlerie, mélancolie et cruauté. Gondry fait ici la synthèse entre sa veine documentaire ("L’Epine dans le coeur") et son côté clippeur artisanal pour un résultat débordant de vitalité. Petit regret (...)

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