Accueil > Les réalisateurs > B > Bolognini, Mauro > Les jeunes maris - la critique

Les jeunes maris - la critique

Virées nocturnes en province

- Durée : 1h34mn
- Titre original : Giovani mariti

Portrait acéré et émouvant d’un groupe de jeunes gens au seuil de l’âge adulte dans la province italienne des années 50, cette deuxième collaboration de Bolognini et de Pasolini, aux faux airs de Vitelloni, offre l’occasion d’admirer la fine fleurs des jeunes acteurs de l’époque.

L’argument : Franco, Antonio, Ettore, Giulio et Marcello, cinq amis inséparables, sont toujours prêts à partir en virée, de préférence la nuit, pour boire, se baigner, faire des plaisanteries et tenter de séduire les filles. Après le mariage de Franco la belle harmonie du groupe commence à se désagréger.

Notre avis : Le septième film de Mauro Bolognini offrait au réalisateur l’occasion de filmer en extérieur à Lucca, sa ville natale, dont l’indéniable photogénie est admirablement mise en valeur par le noir et blanc piqué d’Armando Nannuzzi. Mais les particularités locales sont gommées pour laisser place au décor quasi interchangeable de la petite cité de province, avec ses lieux stratégiques obligés : le mail qu’on arpente inlassablement dans un sens puis dans l’autre, les remparts où se rencontrent les amoureux désireux d’échapper aux regards indiscrets, la cathédrale où toute la bonne société se retrouve pour la messe dominicale.
Dans cet univers étriqué régi par des rites inflexibles le scénario s’attache à décrire le passage douloureux à l’âge adulte du Lion - (Il Leone), une bande d’adolescents attardés qui rappellent inévitablement les Vitelloni, en plus jeune. La présence de Franco Interlenghi renforce évidemment cette proximité avec le film de Fellini, d’autant plus que c’est son personnage qui commente l’action en voix off comme dans le modèle.
Mais Bolognini et Pasolini, dont c’est la deuxième collaboration après Marisa la civetta, sont fort éloignés du sens de la bouffonnerie pathétique du maître romagnol et de son goût pour le carnavalesque. Même les deux grandes séquences de virées nocturnes, la deuxième étant la répétition mécanique de la première et son échec lamentable signalant amèrement la fin irrémédiable de la jeunesse, sont observées avec une distance qui ne rend que plus perceptible l’amertume qui accompagne la perte des illusions.
Les auteurs se méfiant d’une empathie trop manifeste, l’attention minutieuse qu’ils accordent aux personnages laisse peu de place à l’attendrissement. Ils parviennent néanmoins à les rendre attachants, soutenus par la fine fleur des jeunes acteurs italiens de l’époque, auxquels s’adjoignent quelques français, coproduction oblige (Gérard Blain et Isabelle Corey, excellents). Mention spéciale pour Raf Mattioli, le benjamin du lot, émouvant d’obstination fragile, et pour Sylva Koscina, toujours parfaite lorsqu’il s’agit de révéler la fêlure sous l’apparente sûreté de soi.
La caméra accompagne leurs allées et venues avec l’élégance frémissante qui caractérise l’écriture de Bolognini, cinéaste trop souvent sous-estimé.

Claude Rieffel

Découvrez toute la BD avec

Bedeo.fr : bande dessinée

avoir-alire est édité par Bedeo.fr

Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis