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Non ma fille, tu n’iras pas danser - la critique

La valse des hésitations

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- Durée : 1h45mn

Honoré s’éloigne de la Nouvelle Vague pour s’orienter vers le cinéma de Desplechin et embarque dans sa danse Chiara Mastroianni, brillante, pour un film qui n’est pas sans rappeler, en plus sérieux, Un chat un chat.

L’argument : Depuis qu’elle s’est séparée de Nigel, Léna traverse la vie comme elle peut avec ses deux enfants. Elle triomphe avec vaillance des obstacles semés sur leur route. Mais il lui reste à affronter le pire : l’implacable bonté de sa famille qui a décidé de faire son bonheur.

Notre avis : Jadis provocateur décrié par la critique (Ma mère et à un moindre niveau 17 fois Cécile Cassard), Christophe Honoré a trouvé l’équilibre à travers un petit cinéma parisianiste aux réminiscences certaines de la Nouvelle Vague. Sa trilogie fantasque et fantaisiste (Dans Paris, Les chansons d’amour et La belle personne), teintée comme toujours d’une forme de dépression, et portée par son acteur fétiche, le truculent Louis Garrel, lui a apporté une forme de reconnaissance méritée, sans que l’auteur ne parvienne totalement à la maturité vers laquelle il semble vouloir tendre avec Non ma fille, tu n’iras pas danser.
Indéniablement plus profond car moins parasité par l’esprit libertaire et le jeunisme, son dernier effort n’est pas sans rappeler Un conte de Noël de Depleschin dans sa volonté de sonder les différentes strates de vécu d’une famille complexe. Davantage portée par les personnalités féminines qui dominent impitoyablement et royalement le casting (on parle tout de même de Chiara Mastroianni, Marina Fois et de Marie-Christine Barrault), la gravité est peut-être moindre que chez le réalisateur de Rois et reines, mais l’approche psychologique des caractères n’en est pas moins aussi fine que tourmentée.
Copyright Le Pacte distribution En haut de l’affiche d’un métrage co-écrit avec Geneviève Brisac (accessoirement la première éditrice de Honoré romancier), le personnage de Chiara (Léna) porte le métrage sur ses épaules de mère et jeune divorcée en proie au doute, à l’hésitation et à une forme refoulée de dépression. Chassant toute la sensualité de sa vie, ainsi que toutes tentatives de légèreté que pourraient lui apporter un certain satellite qui virevolte autour d’elle (Louis Garrel, dans un second rôle cocasse), elle fuit ses responsabilités et se replie sur l’agressivité verbale qu’elle ne contrôle pas. Elle devient aveugle face aux problèmes des autres, hermétique à toutes leurs misères patentes : le sentiment d’abandon et d’impuissance dont souffre son fils, le couple de sa sœur qui vacille, la maladie de son père dont elle ignore tout...
Léna se construit paradoxalement sur l’antipathie et l’empathie. L’égoïsme dans lequel elle s’embourbe, cet égocentrisme malheureux né de déceptions (son ancien mari, joué par Jean-Marc Barr, très sobre, l’a trompé) attise des sentiments contradictoires vis-à-vis d’un personnage qui a tout pour être heureuse mais qui laisse tout filer entre ses doigts (boulot, mari, enfants). La fêlure prend le dessus sur le rationnel, alors que sa famille essaie d’être le ciment qui la sauvera.
Copyright Le Pacte distribution Sans pour autant virer dans le drame, le film d’Honoré se contente d’une introspection, à la fois tendre et douce, mais finalement austère, à laquelle Léna essaie constamment de se soustraire, comme pour fuir le rôle dans lequel tout le monde aimerait la cantonner. Celui d’épouse, de mère responsable et donc de femme active accomplie. Au final, l’aridité du personnage de Chiara, ses maladresses et ses tergiversations, réussissent à plomber nos sentiments à son égard. D’autant que le spectateur qui a eu la chance de voir la comédienne cette même année dans Un chat, un chat de Sophie Fillière, y verra une proximité évidente entre ses deux rôles dépressifs, en faveur du Fillière, à la légèreté et à la bonne humeur salvatrices.
Au final, Christophe Honoré réussit un film sobre et parfois poignant, qui ne parvient pas à abattre toutes les distances entre son personnage central et le spectateur. Un défaut majeur dont on ne lui tiendra nullement rigueur au vu de l’honnêteté de sa démarche et de tous les talents mis en œuvre.

Frédéric Mignard




Les avis des internautes

 

> Non ma fille, tu n’iras pas danser - la critique

Par tetedemort

Seule une poignée de chevelus à montures écailles et serviette de cuir issus de Louis le Grand (ou équivalent) va pouvoir saisir ce film dans ses moindres raffinements et entrelacs existentiels, sinon c’est plutôt mignon. Très belle musique ! mise en scène, montage superbes. Les acteurs, quoique filles et fils de, s’en tirent pas mal en têtes à claques - pour certains, on giflerait, preuve sans doute que c’est réussi... Mais c’est un peu lourd à suivre, limite pensum pour le pékin. Pas exactament le ciné que je préfère. Un Tulpan, Un Prophète ou un Gerry (rien à (...)

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> Non ma fille, tu n’iras pas danser - la critique

Par Norman06

Après avoir réalisé des hommages appuyés à Demy, Honoré se meut dans la veine Téchiné/Desplechin/Assayas (conflits de famille, cadre provincial et parisien...), qui lui sied davantage, en dépit d’un air de déjà vu. Dans la seconde partie, le récit émeut, par une discrète musique mélancolique et des acteurs bien dirigés.

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