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Paris - la critique

Capitale des peines

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Ou comment Klapisch parvient à prendre une photo pertinente et personnelle de Paris au lieu de nous offrir une vulgaire carte postale. Remarquable.

L’argument : C’est l’histoire d’un Parisien qui est malade et qui se demande s’il va mourir. Son état lui donne un regard neuf et différent sur tous les gens qu’il croise. Le fait d’envisager la mort met soudainement en valeur la vie, la vie des autres et celle de la ville toute entière. Des maraîchers, une boulangère, une assistante sociale, un danseur, un architecte, un SDF, un prof de fac, une mannequin, un clandestin camerounais... Tous ces gens, que tout oppose, se retrouvent réunis dans cette ville et dans ce film.

Notre avis : "Mais où vont toutes ces lignes ?" se demande dès l’introduction l’un des nombreux personnages du dernier long métrage de Cédric Klapisch, en désignant les multiples lignes électriques lacérant le ciel. A Paris, bien entendu. Tous les chemins ne mènent pas qu’à Rome. Et comme la capitale italienne, Paris a toujours stimulé l’imaginaire passionné de nombreux cinéastes, les derniers exemples en date étant Dans Paris de Christophe Honoré et bien sûr le film à sketches Paris je t’aime. Il était d’ailleurs troublant de ne pas retrouver Klapisch dans la foule d’auteurs de ce fourre-tout, notamment pour évoquer Bastille, son quartier de prédilection. A croire qu’il préférait rester dans son coin pour préparer son propre hymne à la ville lumière.
Oser appeler son film Paris est soit la preuve d’un ego surdimensionné, persuadé de réaliser l’œuvre définitive sur une ville mythique, soit celle d’un courage artistique à toute épreuve abreuvé par un amour sincère pour cette dernière. Au vu du résultat, et avec l’énorme capital sympathie accumulé par le cinéaste depuis une quinzaine d’années, nous penchons bien sûr pour la deuxième affirmation. Klapisch adore se perdre dans Paris, voilà pourquoi il nous propose de faire de même dans les récits enchevêtrés de ses personnages. Cela commence par un chaos de voix et de visages à la Resnais qui présente toutes les lignes de vie que nous allons suivre avec plaisir, des lignes à nouveau, comme autant de veines qui irriguent le corps de Paris, géant invisible dont le ventre serait Rungis et l’inconscient les catacombes (qui stimulent d’ailleurs celui de Luchini). Puis, le cinéaste commence à tisser sa toile pour relier les personnages entre eux par le biais de nombreux panoramiques et travellings latéraux. Le message est toujours le même, simple mais efficace : tout le monde, malgré des origines différentes, peut cohabiter avec tout le monde, comme l’illustre la métaphore (certes pas très fine) des fruits étrangers de Rungis. On note également beaucoup de plans en plongée comme autant de regards divins sur ce spectacle de marionnettes mues par les ficelles du désir, de l’envie, de la frustration et de la colère. Klapisch, le démiurge sensible, se projette tout naturellement dans le personnage de Romain Duris, perché sur son balcon telle une sentinelle des sentiments. Il assiste, passif, au manège de la vie, à l’écoute du cœur/chœur de Paris alors qu’il est en train de perdre le sien. L’un de ses plus beaux rôles à n’en pas douter et une nouvelle preuve de l’importance de ce magnifique duo acteur/cinéaste qui entre un peu plus dans le panthéon du cinéma français.
Alors bien sûr, Duris est loin d’être seul, et un casting aussi impressionnant ne peut que favoriser certains et en laisser d’autres sur la touche. Si Binoche et Luchini sont formidables, Cluzet, Dupontel et ses maraîchers, bien qu’ayant des rôles d’une importance symbolique, font figure de simples tuteurs et peinent à exprimer leur véritable talent. De même, certaines scènes paraissent un peu vaines mais c’est aussi le jeu de cet exercice choral : on ne peut pas s’intéresser à tout le monde. Malgré tout, cette belle brochette parvient à s’accorder sur un point, la justesse de ton, qui empêche de faire basculer le film dans un pathos traditionnel « à la française » et qui prouve à nouveau le brio de Klapisch pour la direction d’acteurs.
Mais la plus belle réussite de cette œuvre est qu’elle évite le piège des clichés sur Paris en retournant à leur source. A l’image du personnage africain qui compare une carte postale d’un panorama avec sa propre vue de ce panorama, Klapisch nous rappelle qu’un cliché, avant d’en être un, est un point de vue réel et pur. Il parvient ainsi à nous faire redécouvrir des poncifs sur notre capitale et ses habitants en y diffusant une émotion inédite. Un grand tour de force pour un grand film.

Lire aussi notre interview de Cédric Klapisch

Sébastien Mauge




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Par Norman06

Attachant et élégant, Paris dénote une maturité dans le style de Klapisch débarrassé de certains maniérismes propres à ses certains de ses précédents films. On appréciera un amour certain pour les acteurs et leurs personnages, jusqu’au moindre second rôle. Pour citer Ophuls, voici une œuvre "superficiellement superficielle" et délicate.

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