Sortie Japon : 11 juin 2011
Cette fausse variation sur Blow up qui marque le retour attendu de Shinji Aoyama apparaît comme une oeuvre de transition, pleine de défauts mais finalement attachante.
L’argument :Koji, jeune étudiant photographe, accepte un jour la commande d’un client qui lui demande d’espionner son amie. Cette mission va bouleverser la vie de Koji et changer son rapport avec les femmes, notamment celles qui lui sont proches : Miyu, son amie d’enfance et confidente et Misaki, la fille de sa belle-mère.
Notre avis : A part une rétrospective au Jeu de Paume en 2008 et l’intriguant moyen-métrage Le petit Chaperon rouge (2008), commande du Théâtre de Gennevilliers coproduite et diffusée par la télé, on n’avait pas eu trop de nouvelles de Shinji Aoyama depuis la sortie en salles de La forêt sans nom. Pourtant Eureka en 2000, puis Desert moon, en 2001, avaient révélé un cinéaste des plus prometteurs.
C’est donc avec une vraie curiosité et un a-priori plutôt favorable qu’on aborde ce Tokyo koen assez bien accueilli au Festival de Locarno l’an dernier, Aoyama obtenant d’ailleurs à cette occasion un Léopard d’or pour l’ensemble de son oeuvre.
Pourtant, avouons-le d’emblée, la vision de Tokyo koen nous a laissé une impression globale mitigée.

Le film est adapté d’un bestseller de Yukiya Shoji qui semble, au vu du scénario, relever de la littérature pour adolescents un peu niaise : un roman d’initiation fourre-tout alliant psychologie convenue et spéculations philosophiques confuses en se protégeant derrière les facilités du second degré (même si l’idée de la spirale des parcs débouchant sur le rien est séduisante).
Aoyama, tout heureux, d’après ses propres déclarations, de tourner à nouveau après une longue période d’attente forcée due à la crise du cinéma japonais depuis la chute de Lehman Brothers (son précédent long-métrage, Sad vacations, date de 2007) y abandonne en partie le style épuré qui caractérisait ses premiers films, redécouvrant, par exemple, le plaisir du découpage classique (toujours d’après ses dires).
Il en résulte, il faut bien le dire, une espèce de banalité formelle qui empêche de nombreuses scènes de se dépêtrer de l’illustration laborieuse d’un scénario faussement complexe encombré de dialogues péniblement explicatifs. Cette banalité est accentuée par les fréquentes interventions d’une musique jazzy des plus insipides et un jeu d’acteurs digne d’une sitcom télévisée (ils sont tous très jolis à regarder mais semblent appliquer consciencieusement les leçons inculquées dans les écoles de comédiens).
On n’est également guère convaincu par un humour laborieux (voire franchement agaçant) ni par la tentative de mélange des genres qui ne dépasse pas le niveau de la parodie potache (notamment lors d’une improbable séquence d’attaque de morts-vivants) et de la citation cinéphile peu productive (Antonioni bien sur et son Blow up , mais aussi le Tai Katô de Ma mère dans mes paupières ) même si le fantôme verdâtre et familier de l’ami mort qui continue de partager l’appartement du héros est une figure plutôt sympathique.

Le thème de la photo qui permet de voir ce que l’oeil nu ne perçoit pas donne pourtant lieu à quelques développements intéressants et Aoyama retrouve plus d’une fois son sens du cadre et de ce qui peut surgir inopinément dans l’image. Certaines séquences, heureusement débarrassées de tout commentaire musical, impressionnent par leur ample respiration et la capacité de perception atmosphérique d’un lieu.
L’absence de parti-pris formels tranchés condamne l’ensemble à une certaine platitude mais laisse le champ libre à quelques inspirations bienvenues (le protagoniste et la caméra suivant le regard vers le ciel de la femme observée ; la lumière inondant soudain l’appartement libéré enfin de son fantôme) et à quelques beaux effets de surprise. On appréciera aussi le travail sur la bande son suggérant l’idée de perméabilité des lieux (les bruits de la mer et du parc entendus dans la chambre).
Confus, manquant assurément de ligne directrice mais finalement attachant dans ses maladresses mêmes, Tokyo koen apparaît comme une oeuvre de transition d’un cinéaste qui cherche à s’affranchir de la trop grande rigueur formelle de ses premiers films pour s’ouvrir au romanesque et laisser entrer dans son cinéma la complexité, les contradictions de la vie. A suivre donc.
