Durée : 1h45mn
Un drame historique, mêlant l’histoire d’un couple, face à l’intrusion d’un Staline mourant. Tourné en français par l’auteur de La chambre des officiers qui signe ici son premier long. Une réussite.
L’argument : L’automne 1952. Une jeune médecin urologue et magnétiseur qui pratique dans un hôpital de la banlieue de Moscou cherche désespérément à tomber enceinte de son mari, un physicien désabusé qui ne survit que grâce à l’amour qui le lie à sa femme. Cette dernière est à son grand effroi appelée secrètement à soigner Staline, malade, au seuil de la mort, et qui vient de se débarrasser de son médecin personnel. Le dictateur s’insinue dans le couple et installe avec la jeune femme une relation où se mêlent confidences et manipulation. Tour à tour amical et pervers, le monstre livre son art de la terreur comme on ne l’a jamais vu.
Notre avis : Quand un écrivain inspiré (Marc Dugain) décide de mettre lui-même en scène son roman,
on peut rester dubitatif !
Ici la surprise est totale , car de par la lourdeur du sujet, mais surtout son contexte historique on pouvait craindre le pire, envolées lyriques, misérabilisme des situations...
Et bien c’est tout le contraire, les tranches de vie sont lâches ou désabusées mais elles font vraies, aussi réelles que les blouses blanches en coton rugueux des
médecins qui grattent la peau à trop les regarder, aussi vrai que ce pâle soleil Moscovite qui égaie des jours tristes et ternes qui s’égrennent sans rémission.
La petite histoire cotoie la grande pour nous laisser un goût amer et empoisonné. La scène du début nous immerge d’emblée au cœur du soit disant "complot sioniste des
blouses blanches" pour mieux nous accompagner dans cette machine à broyer que sont les purges Stalinienne.
Le film est à l’instar des prémices, froid et glacial comme un hiver à Moscou, mais réaliste et empreint de tendresse envers ses personnages qui n’ont aucune
maitrise sur leur vie, prisonnier d’une époque.
La photo, superbe et jaunie, transmet à merveille les vicissitudes de l’Histoire avec un grand "H". Les longs plans de couloirs et de salles immenses baignées de lumières blafardes (beaucoup de scènes ont été tournées dans l’ancien palais des Ceaucescu à Budapest) , nous empêchent de respirer et nous laissent exsangue.

Marina Hands (lumineuse) ne peut renier ses origines (c’ est la fille de Ludmila Michaël) et le sang Russe qui coule dans ses veines (de par son grand père) donne
à son personnage plus de corps, ses pommettes rebondies et son front haut lui tiennent lieu de carte de visite pour être à l’aise dans le personnage de cette petite Russe
fière et digne, fragile comme un tanagra, face à l’ogre Staline (André Dussollier), remarquablement campé par l’acteur. Le loup et l’agneau... nul doute qu’on ne les retrouve tous les deux aux César l’année
prochaine ! Dussolier ne joue pas, il est Staline , il est est le petit Père des peuples, saisissant !
Aux cotés de ce duo d’acteurs inspirés, les autres forment une longue farandole de personnages tristes, sournois, amoureux, gris. Des ombres, témoins de l’Histoire.
Edouard Baer (pour une fois sobre) , trimballe sa tête d’ahuri avec justesse. Denis Podalydès loin des derniers navets qu’il a tournés nous offre un portrait dérangeant d’un concierge trop affable pour être quiet. Et enfin Tom Novembre en directeur d’hôpital taraudé par son amour pur et inavoué pour la belle doctoresse, nous permet de croire encore en l’homme, face à Grégory Gadebois (de la Comédie-Française) en chef de service libidineux et mesquin, les
deux acteurs forment les rouages d’une société malade et représentent à eux deux les opposés du système Soviétique, l’entraide et la générosité pour l’un et la rouerie
et la couardise, la délation pour l’autre.
La bande originale légère du film nous permet de ne pas sombrer dans le désarroi des protagonistes et agît sur nous comme un baume sur les plaies de l’Histoire.
Loin de la géo-politique le film dresse avant tout et avec un réalisme alarmant le triste point de vue des petites gens attelés aux wagons d’une époque douloureuse.
Notes : Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme publié en 2007, par son propre auteur, Marc Dugain, qui touche ici à la réalisation pour la première fois. L’écrivain était passé à la postérité grâce à La chambre des officiers, mis en image par François Dupeyron en 2001.
Dans cette analyse du pouvoir en Russie, Dussollier incarne un Staline pervers, au seuil de la mort.
L’actrice Marina Hands retrouve pour sa part le chef opérateur Yves Angelo, qui l’avait dirigée dans Les âmes grises.

Par ’Boo’Radley
Le style de Marc Dugain cinéaste passerait pour brillant dans un feuilleton télé. Pour son premier film, il se garde d’erreurs et de défauts trop fréquents ; mais un excès de précautions et un défaut d’inspiration le conduisent à l’académisme. Le résultat est une exécution effectivement ordinaire, une pâle illustration qui n’atteint jamais la densité et la profondeur de son modèle, malgré un bon Dussolier.
Par roger w
Le scénario de ce premier long-métrage est tout à fait brillant et montre la dictature stalinienne dans tout ce qu’elle peut avoir d’implacable et d’horrible. Les acteurs sont tous formidables, dont un Edouard Baer très sobre, une Marina Hands crédible et un Dussollier méconnaissable. Toutefois, on se demande pourquoi l’ensemble a été tourné en français, d’autant que quelques erreurs historiques viennent gacher notre plaisir. La réalisation, relevée par la photo d’Yves Angelo, est parfois maladroite et témoigne de l’inexpérience du réalisateur. (...)
Par Norman06
Une dramaturgie bien maîtrisée pour cette œuvre qui évite les écueils du théâtre filmé. Sans doute Marc Durain n’a pas encore la griffe d’un grand cinéaste mais la force de certaines séquences (notamment les longs travellings dans les couloirs du Kremlin) est plus que prometteuse. Impeccable trio d’acteurs.