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Mammuth - la critique

The wrestler

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Note moyenne des internautes :

L’heure de la retraite n’a pas encore sonné pour Depardieu. Delépine et Kervern lui offrent une seconde jeunesse bien méritée dans ce Mammuth dégraissé, touchant et férocement drôle.

L’argument : Serge Pilardosse vient d’avoir 60 ans. Il travaille depuis l’âge de 16 ans, jamais au chômage, jamais malade. Mais l’heure de la retraite a sonné, et c’est la désillusion : il lui manque des points, certains employeurs ayant oublié de le déclarer ! Poussé par Catherine, sa femme, il enfourche sa vieille moto des années 70, une " Mammut " qui lui vaut son surnom, et part à la recherche de ses bulletins de salaires. Durant son périple, il retrouve son passé et sa quête de documents administratifs devient bientôt accessoire...

Notre avis : Benoît Delépine et Gustave Kervern ont de l’esprit, du bon et du joyeusement mauvais. Faire un film intitulé Mammuth avec en vedette l’un des derniers dinosaures du cinéma français en est une preuve réjouissante. Si nos deux frères grolandais délaissent quelque peu leurs velléités anarchistes, sans toutefois renier leur attachement à des figures marginales de notre société, c’est avant tout dans un but purement cinéphilique : déclarer leur flamme à notre Gégé national. Un peu à la manière de Darren Aronofsky pour Mickey Rourke, les deux cinéastes filment sans pudeur la vieille carcasse d’Obélix et l’on assiste, grâce à ce nouveau regard, à la renaissance pure et simple de l’acteur le plus doué de sa génération. Il y a d’ailleurs quelques similitudes entre le fraîchement retraité Serge Pilardosse et le catcheur tragique américain. Dès le début du film, la chevelure blonde peroxydée de Depardieu est retenue par une charlotte hygiénique, comme celle de Rourke dans The wrestler. Les deux hommes travaillent dans l’alimentation et le vestiaire de l’entreprise d’équarrissage de porcs de Pilardosse pourrait très bien être celui d’une salle de catch de province. Mais surtout ce sont deux hommes fatigués, usés par la vie, replongeant dans leur passé pour fuir une retraite dont ils ne savent que faire.

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© Ad Vitam

Cependant, la grande différence entre Rourke et Depardieu, c’est que le second, contrairement au premier, n’avait pas disparu de la circulation. Il était simplement sous-employé, cantonné à des apparitions clins d’œil plus ou moins réussis, servant de caution artistique chez ses potes cinéastes, Chabrol mis à part. Cette présence fantomatique est peut-être plus grave que le fait de ne pas tourner car elle développe une sorte de caricature de l’acteur à laquelle le public finit par s’habituer, avec ce sous-entendu terrible : « il ne nous apportera plus que ce genre de choses ». L’objectif des deux auteurs est de briser cet état de fait. A l’instar de leur personnage, ils remontent le temps pour offrir au grand Gérard une seconde jeunesse. Ils partent de la caricature symbolique peu flatteuse qui associe l’acteur à la figure porcine en sachant bien que le comportement « rustique » et les prestations télévisuelles avinées de l’acteur font partie de l’inconscient collectif. Cette image vole ensuite en éclats pour nous prouver que, oui, Depardieu a encore beaucoup de choses à nous apporter. Son interprétation de ce personnage qui s’ouvre sur le monde, naïf sans être idiot et ayant gardé une part enfantine salutaire, est tout bonnement magistrale. Il honore un rôle en or, celui d’un homme inadapté à son environnement, que le travail a peu à peu déconnecté du monde, et qui refait enfin ses premiers pas avec la maladresse touchante d’un « mammouth » dans un magasin de porcelaine.

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© Ad Vitam

Ce titre est également symptomatique de l’évolution du duo Delépine/Kervern qui, après le carton de Louise-Michel et le probable succès de ce quatrième long-métrage, s’affirme de plus en plus comme une alternative de choix face aux poids lourds sans génie de la comédie française, celle-là même dans laquelle Depardieu s’est souvent vautré. Et cela sans vendre leurs âmes au diable mais en restant fidèles à une exigence artistique en accord avec leur soif de liberté. Certes le schéma n’a pas changé depuis Aaltra, celui d’un road movie picaresque dans lequel les figures défilent le temps d’une scène (d’où l’imposant casting) pour au final créer un tableau ou patchwork surréaliste mais politisé de notre société. Peu importe. Tant qu’ils auront ce savoir-faire efficace, cet humour corrosif nécessaire, cette sensibilité et cette tendresse humaine, qui se nichent parfois dans le détail et l’anodin, alors, aussi étonnant que cela puise paraître à certains, les salles continueront de se remplir. C’est tout le mal qu’on leur souhaite.

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© Ad Vitam
Sébastien Mauge


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