Lucio Fulci

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Lucio Fulci, poète du macabre

Maître du gore et du film d’horreur crépusculaire, Lucio Fulci est un artisan qui a œuvré dans tous les genres populaires du cinéma italien.

Il faut commencer par un constat très simple : il est plus facile aujourd’hui de trouver des films de Lucio Fulci en DVD que ceux d’auteurs comme Antonioni, Ferreri ou Fellini. Car ce consciencieux artisan du cinéma italien possède à travers le monde un cortège de fans qui ne cesse de s’étendre. Ainsi, la plupart de ses films ressortent aujourd’hui dans des versions luxueusement restaurées, mais aussi respectant le format d’origine des œuvres et sans aucune coupure, imposées jusqu’alors par la censure. On est donc à même de réévaluer une filmographie qui a évolué en fonction des modes et des commandes de la puissante Cinecittà.
Ce n’est pas dans un cimetière que commence notre histoire, mais bien dans une maternité de Rome où le jeune Lucio voit le jour en 1927. Il fait un peu de journalisme, avant de s’orienter très précocement dans le cinéma en étudiant auprès de professeurs prestigieux : Antonioni et Visconti. A la fin des années 40, il s’oriente vers la réalisation de petits documentaires éducatifs. C’est en 1952 qu’il se lie d’amitié avec le réalisateur Steno qui le prend comme assistant sur un nouvel épisode des aventures (très populaires à l’époque) de Toto. Dès lors, il mène une double carrière d’assistant et de scénariste sur une centaine de films. Il se sent prêt à passer à l’étape supérieure en 1959 où il réalise son premier film, I ladri, une comédie mettant en scène Toto.
Fulci devient alors un cinéaste à tout faire, tournant beaucoup dans tous les genres possibles, selon la demande et ce qui marche sur le moment. Il a ainsi réalisé des films sur le rock au début des années 60 et s’engage sur une voie de garage en collaborant avec Franco et Ciccio, deux comiques italiens particulièrement mauvais mais assez populaires dans leur pays. Autant dire que les films en question ne présentent guère d’intérêt.
Entre-temps, un certain Sergio Leone a créé l’événement avec ses western-spaghetti et Fulci décide de s’engouffrer dans la brèche ouverte par le maître. En 1966, il signe donc Le temps du massacre avec Franco Nero. C’est la première œuvre importante du cinéaste qui fait preuve ici d’une noirceur terrible, plongeant son héros dans un univers crépusculaire. Apparaissent déjà ses futures marques de fabrique, à savoir un penchant évident pour la cruauté et le sadisme. Fulci reviendra au genre avec Les quatre de l’apocalypse (1975), Sella d’argento (1978) et de manière indirecte avec sa vision très noire du livre Croc blanc (1973).
A la fin des années 60, les films de Mario Bava et de Dario Argento mettent à la mode un nouveau genre : le "Giallo" [1]. Fulci suit le mouvement et réalise quelques excellents thrillers comme Perversion story (1969), Le venin de la peur (1970), La longue nuit de l’exorcisme (1972) et L’emmurée vivante (1977). Ce sont surtout les deux derniers qui se distinguent par un soin évident apporté à la mise en scène, au scénario et à la photographie. Les histoires racontées sont tortueuses et teintées de perversion. Les différents meurtres sont plutôt sadiques et la vision pessimiste du cinéaste semble s’aiguiser au cours du temps.
Pourtant, c’est du côté de l’horreur pure que Fulci trouve sa voie. Aux Etats-Unis, le Zombie de George A. Romero (1978) est un succès incroyable pour le genre. Désormais, la mode est aux morts-vivants venant se repaître de chair fraîche. Les Italiens ne reculant devant aucun stratagème commercial douteux mettent immédiatement en chantier un Zombi 2, l’enfer des zombies (1979) qui n’a aucun rapport avec son prédécesseur si ce n’est d’être un déluge de gore. C’est Fulci qui est chargé de tourner ce film apocalyptique et, immédiatement, le metteur en scène parvient à créer une atmosphère putride et délétère. Alors que ses moyens ne sont pas très importants, Fulci nous donne l’impression qu’il filme la fin du monde. Il se complaît aussi dans l’étalage de tripes, ce qui lui vaut de nombreux problèmes avec la censure. Comme son métrage se retrouve mutilé, les fans se mettent à la recherche de la copie intégrale, rendant aussitôt le film culte pour des générations entières nourries au sang des damnés. Il enchaîne alors avec trois œuvres majeures, comptant parmi ses meilleurs films : Frayeurs (1980), L’au-delà (1981) et La maison près du cimetière (1981). C’est sans nul doute le deuxième qui constitue le travail le plus abouti du metteur en scène. Par la puissance de sa réalisation, par la force d’évocation de ses images, Fulci réussit à nous faire croire à une histoire assez alambiquée et pas toujours crédible. C’est aussi dans ce film qu’apparaît très nettement une certaine poésie du macabre.
Mais la maladie qui le frappe vers 1982 le diminue un peu plus chaque jour, entraînant une sérieuse chute de qualité dans sa production. N’étant plus que l’ombre de lui-même, le maître du gore plonge dans les profondeurs du cinéma Z, ce qui donne Conquest (1982), film entièrement flou, 2072, Les mercenaires du futur (1983) avec ses maquettes ridicules et un Zombi 3 (1987) de triste mémoire. Vers la fin des années 80, le cinéma italien de genre agonise totalement, la télévision devient le seul refuge pour bon nombre de cinéastes populaires. Mort lente d’une industrie cinématographique qui a su faire rimer opportunisme et qualité. On peut trouver terrible la coïncidence, mais c’est justement à ce moment que Lucio Fulci tire sa révérence en succombant à une crise cardiaque en 1996. Parions que cet artisan inspiré du cinéma de genre italien erre encore quelque part entre son tombeau et l’au-delà.

Filmographie :

- I ladri (1959)
- I ragazzi del juke-box (1959)
- Urlatori alla sbarra (1959)
- Colpo gobbo all’italiana (1962)
- I due della legione (1962)
- Les faux-jetons (Le massaggiatrici, 1962)
- Uno strano tipo (1962)
- Gli imbrogliani (1963)
- I maniaci (1963)
- I due evasi di Sing Sing (1964)
- 002 agenti segretissimi (1964)
- I due pericoli pubblici (1964)
- Come inguaiammo l’esercito (1965)
- 002 operazione luna (1965)
- I due para (1965)
- Come svaligiammo la banca d’Italia (1965)
- Le temps du massacre (Tempo di massacro, 1966)
- Come rubammo la bomba atomica (1966)
- Il lungo, il corto, il gatto (1967)
- Au diable les anges (Operazione San Pietro, 1967)
- Perversion story (Una sull’altra, 1969)
- Beatrice Cenci (1969)
- Le venin de la peur (Una lucertola con la pelle di donna, 1970)
- Obsédé malgré lui (All’onorevole piacciono le donne, 1971)
- Croc blanc (Zanna blanca, 1972)
- La longue nuit de l’exorcisme (Non si sevizia un paperino, 1972)
- Le retour de Croc-Blanc (Il ritorno di Zanna bianca, 1974)
- Les quatre de l’apocalypse (I quattro de l’apocalisse, 1975)
- Il cavaliere costante nicosia demoniaco ovvero : Dracula in brianza (1975)
- On a demandé la main de ma soeur (La pretoria, 1976)
- L’emmurée vivante (Sette note in nero, 1977)
- Sella d’argento (1977)
- Zombi 2, l’enfer des zombies (Zombi 2, 1979)
- La guerre des gangs (Luca il contrabbandiere, 1979)
- Frayeurs (La paura, 1980)
- Le chat noir (Il gatto nero, 1981)
- L’au-delà (L’aldila, 1981)
- La maison près du cimetière (Quella villa accanto al cimitero, 1981)
- L’éventreur de New York (Lo squartatore di New York, 1982)
- Manhattan baby (1982)
- Conquest (1982)
- 2072, les mercenaires du futur (I guerrieri dell’anno 2072, 1983)
- Murderock (1984)
- Plaisirs pervers (Il miele del diavolo, 1986)
- Aenigma (1987)
- Zombi 3 (1987)
- Les fantômes de Sodome (I fantasmi di Sodoma, 1988)
- Quando Alice ruppe lo specchio (1988)
- The House of clocks (La casa nel tempo, 1989)
- Demonia (1990)
- Un gatto nel cervello (1990)
- Voix profondes (Voci dal profundo, 1990)
- La porte du silence (Le porte del silenzio, 1991)

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