Le 7 septembre 2026
- Scénariste : Asako Yamasaki>
- Dessinateur : Asako Yamasaki
- Genre : Deuil, Japon, Onirisme, Anorexie, Fratrie
- Editeur : Actes Sud BD, Virages Graphiques
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 26 août 2026
Quand la disparition d’une mère laisse un vide sans explication, grandir et vivre peut devenir une quête où l’on se découvre soi même fragile.
Résumé : L’autrice explore dans ce roman graphique les liens familiaux et l’apprentissage de l’indépendance pour deux sœurs et un frère dont la mère s’est donné la mort. Iza, l’aînée, devenue artiste, a aussi endossé la charge d’élever seule sa sœur et son frère. Raï Raï, la seconde, est la protagoniste principale de la bande dessinée. Elle avance en quête d’identité et d’apaisement. Entre les deux sœurs se sont tissés des liens forts mâtinés de tensions, entre rivalité sourde, identité fragile et mal d’amour. Taï, le benjamin entretient des relations plus sereines avec ses deux sœurs. Entre détresse et métaphore aquatique, entre art et néant, entre corps et esprit, retenue et colère, le récit se déploie en fragments et nous entraine avec lui dans un ressac pénétrant.
Critique : Raï Raï a grandi dans l’ombre de sa mère, aux côtés de son frère et de sa sœur. Nés au Japon, ils se sont ensuite installés en Europe. Devenue jeune adulte, un mal être la gagne. Elle décide alors de partir, de retourner au Japon pour tenter de répondre aux questions qui la hantent.
L’aînée a emprunté très tôt la voie artistique, pour laisser parler ses émotions et ses interrogations. Elle expose ses collages graphiques en Europe et semble jouir d’une certaine renommée. Le plus jeune est un personnage plus discret, mais dont on perçoit nettement l’attachement qu’il cultive pour ses deux sœurs. Raï Raï, elle, exprime ses souffrances — ou plutôt son incompréhension — en se laissant mourir à petit feu : sa vie amoureuse est chaotique, elle laisse la faim s’installer dans son corps et cette faim dévore son cœur aussi.

- Akujo – Illustration 1
- Tous droits de reproduction réservés ©Actes Sud BD, 2026, Yamasaki
Akujo signifie « femme méchante » ; mais qui, dans ce récit, serait une femme méchante ? Envers qui ? Pourquoi ce titre, qui porte en lui le poids d’une culpabilité latente ?
Le récit devient à la fois une forme d’errance existentielle et un voyage marqué par un itinéraire. Les temporalités s’entremêlent : celle du présent de la narration et celle de la jeunesse des personnages. L’autrice choisit de peupler les pages de son album de tentacules et de poissons, elle plonge les lecteur.ices dans les abymes des esprits confus et des silences bruyants… Une forme de surréalisme se confronte ainsi à la réalité de cette fratrie qui se construit malgré l’absence de parents.
L’univers aquatique peut se lire comme une métaphore qui se déploie tout au long de l’album. Un tsunami entre en jeu au cours de l’histoire et là encore, sa signification apparaît volontairement troublée. Le tsunami, cette vague déferlante, peut engloutir des vies. C’est une réalité météorologique que le Japon connaît. Il semble être ici question d’un tsunami ayant touché la région de Kyoto, mais il semble aussi avoir une fonction métaphorique dans le récit.

- Akujo – Illustration 2
- Tous droits de reproduction réservés ©Actes Sud BD, 2026, Yamasaki
Le récit est porté par une esthétique singulière. L’autrice déploie plusieurs techniques d’illustration et donne ainsi à l’ensemble une esthétique polymorphe. Les collages, par exemple, sont intégrés au récit et servent également à le développer. Le noir et blanc domine, tout en se conjuguant à des pages entièrement colorées. Le dessin est parfois fin, parfois plus flou.
L’autrice joue avec le style de certains mangas ou dessins japonais sans pour autant s’y tenir intégralement. Deux couches de dessins semblent parfois se superposer : celle du récit d’une part, et de l’autre, une faune aquatique. Des poissons accompagnent les personnages, se substituent parfois même à certaines parties de leurs corps. L’ensemble aurait pu être brouillon, mais l’équilibre est tenu.
Un premier album sensible et intrigant signé Asako Yamasaki.
208 pages – 28 €
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