Le 7 septembre 2026
- Réalisateur : Félix de Givry
- Distributeur : Diaphana Distribution
- Festival : Festival de Cannes 2026, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026
– Sortie en salles : 9 septembre 2026
Nous avons échangé avec le réalisateur de ce premier et beau film à l’occasion du Festival du Film Francophone d’Angoulême.
Après avoir ému les festivaliers cannois en clôture de la dernière Semaine de la Critique, c’est à Angoulême que Félix de Givry a fait couler bien des larmes avec son si beau, si émouvant, si tendre et si délicat premier long métrage. Le réalisateur témoigne ici de son processus de création.
Ce qui surprend avant tout avec ce film, au déjà se son émotion pure et de sa douceur, c’est son esthétique, proche de celle de la Nouvelle Vague, par l’utilisation de la photo, de la voix off, des décors... On est comme dans un conte ?
Je suis un grand amateur de la Nouvelle Vague et notamment des films de François Truffaut qui m’ont beaucoup marqué. Pour autant, je ne tenais pas à réaliser un film réactionnaire ou nostalgique… mais seulement rendre hommage à des artistes qui m’ont fortement influencé. J’ai du mal à adhérer aux films trop proches du réel dans le cinéma contemporain. Au contraire, j’aime beaucoup les films d’Hitchcock où des personnages ordinaires sont entraînés dans des histoires extraordinaires, avec une mise en scène stylisée. Ce qui m’a guidé ici, c’était l’idée de partir de quelque chose de sombre pour aller peu à peu vers la lumière. D’où la nécessité de commencer le film dans la nuit et de l’amener vers le jour. On a trouvé le décor de l’hôtel en Normandie lors de repérages et on a écrit pour ce lieu qui m’a fasciné. On a réfléchi avec le chef opérateur sur la manière d’éclairer et de filmer, avec des optiques qui font partie de cette esthétique des années 1970 où les longues focales aplatissaient beaucoup les perspectives, alors qu’aujourd’hui le cinéma consiste à utiliser souvent des grands angles, des plans larges. Je suis attaché à ces anciens codes qui n’ont pas totalement disparu car on trouve de nombreux cinéastes, notamment américains, qui utilisent ces techniques, à commencer par Wes Anderson.
C’était votre volonté de vous inscrire dans cette forme de tendresse bienvenue et agréable ?
C’est une forme de réponse à la cruauté du monde et cela part d’un endroit autobiographique puisque j’ai été harcelé lorsque j’étais adolescent. Il y a un problème dans l’imaginaire collectif sur la façon de traiter le harcèlement au cinéma. On pense qu’être harcelé, c’est se faire enfoncer la tête dans les toilettes mais c’est bien autre chose. Le pire, c’est la violence psychologique que cela engendre, où l’on a même honte d’exister. J’avais envie de traiter cela et ça s’est avéré complexe car lorsque j’étais en financement, beaucoup de mes interlocuteurs m’ont expliqué que le film devait montrer davantage de scènes de violence. Or, j’avais envie de me détacher du traitement réaliste de ce sujet en y apportant de la tendresse. Cela afin de faire comprendre que s’il y a une seule personne qui voit ce film, alors qu’elle se fait harcelée, et qu’elle comprend qu’il lui suffit de faire un petit pas de côté par rapport à sa vie, d’aller un peu plus loin, de parler à quelqu’un d’autre, d’élargir un peu son cercle pour comprendre que le monde est plus grand que ce qu’elle pense à cet âge-là, mon pari sera réussi. J’adorais la poésie lorsque j’étais adolescent. Je pense que cela se voyait déjà dans Arco, que j’ai coécrit et coproduit. Le réalisateur Ugo Bienvenue et moi-même partageons ces notions de tendresse, de caresse, de douceur. C’est la réponse que nous sommes capables d’apporter face à la brutalité du monde.
Il y a une vraie rencontre entre ces deux adolescents… C’est cela qui ramène Otto à la vie…
Il revient à sa vie parce que cette fille est désormais là pour lui et qu’elle lui permet enfin de se sentir exister. J’ai eu un fils il y a un an et récemment, j’ai senti qu’il comprenait qu’il existait parce que je le regardais. Je pense vraiment qu’un regard peut nous donner le sentiment d’exister.

- © 2026 Remembers - Iliade et Films - uMedia / Diaphana Distribution. Tous droits réservés.
Et que dire du rapport de ces adolescents avec leurs parents dont ils veulent s’éloigner alors qu’ils semblent être très aimants ?
Disons que ma volonté était de réaliser un « coming of age » inversé. Généralement, ce genre de films se déroulent dans une ambiance lumineuse, en plein été, puis les personnages sont soudainement confrontés à la réalité du monde des adultes. Ici, la structure est inversée, avec deux adolescents esseulés qui ont peur de ne pas trouver leur place dans le monde et vont finalement se sentir exister en se rencontrant mutuellement. Le rapport aux adultes est donc différent dans ce film. Ils ne rejettent pas leurs parents mais la société. Aucun d’eux ne veut faire du mal à ses parents mais ces derniers ne leur permettent pas de trouver leur place dans le monde.
Vous avez été acteur, notamment dans Éden de Mia Hansen-Løve, puis vous avez produit et coécrit Arco : en quoi était-ce le bon moment pour vous de réaliser ce premier film ?
Rétrospectivement, quand je regarde en arrière et que je vois le chemin que m’a fait prendre la vie, je me dis que mon parcours est assez enviable. Mais à la vérité, j’aurais préféré réaliser ce film beaucoup plus tôt, mais le processus d’écriture a été très long pour arriver à une version satisfaisante. Sans compter que j’ai dû changer de production. Mais je suis heureux que le long métrage soit là aujourd’hui car c’est en cette période trouble qu’il est probablement le plus à sa place. Sans compter qu’il s’inscrit dans une mouvance de films comme La Gradiva ou L’Engloutie et Le Ravissement. Des œuvres un peu loin du réel, avec beaucoup de mise en scène, de poésie, souvent portées par de jeunes productrices ou de jeunes hommes déconstruits pour lesquels la fait d’être tendre ou vulnérable est une qualité.
La musique du film est également mémorable grâce à l’utilisation d’un thème qui nous reste longtemps en tête…
L’un des problèmes de la musique au cinéma, c’est que les compositeurs arrivent assez tard dans le processus de création. Le plus souvent, c’est à la fin du montage lorsque la grande majorité du budget a été dépensé, cela laisse évidemment moins de place à la musique. Arnaud Toulon a aussi composé la musique d’Arco. Il a créé un thème qui comprend toute la complexité de l’histoire. Il ne cherche pas à appuyer ou amplifier les émotions : à procurer de la joie lors des scènes heureuses ou de la tristesse lors des scènes plus dramatiques. Ici, lorsque le thème arrive, l’histoire passe un peu à l’imparfait. J’avais envie d’un thème qui mêle le mélodrame, la légèreté de l’histoire d’amour, l’âpreté de l’adolescence. C’est beaucoup plus complexe à créer car il ne s’agit pas seulement d’associer des accords majeurs avec des accords mineurs. Un film comme Les Dents de la mer incarne toute la peur primaire à travers seulement deux notes. Il faut trouver une certaine complexité dans la simplicité mélodique.

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Voyez-vous des similitudes entre votre film et Arco ?
Ce qui nous unit Ugo et moi, c’est notre volonté à ne pas vouloir mentir sur le désœuvrement du monde, tout en apportant de la poésie, de la douceur et de l’espoir à nos histoires. L’espoir est quelque chose de fragile et l’humanité a besoin de se reconnecter à des petites choses fragiles mais essentielles.
Comment avez-vous construit ce couple particulièrement cinégénique ?
Milo ayant déjà tourné plusieurs films, dont Anatomie d’une chute, il entretient un rapport déjà très professionnel à son métier d’acteur. Je voulais qu’il ait conscience que tous les sentiments assez lourds qu’il allait jouer étaient purement factices. À l’inverse, Jane a vécu sa première expérience de cinéma et a donc apporté toute sa crédulité au personnage de Léna qui se jette à cœur perdu dans cette aventure. Dès lors, leur propre position en tant que comédien créait une certaine authenticité avec leurs personnages. Après quoi, nous avons un peu répété mais je leur ai surtout montré de nombreux films comme New York-Miami, La Fièvre dans le sang, A Swedish Love Story ou Licorice Pizza, une histoire où deux solitudes se rencontrent.
Vous n’avez plus joué ou presque depuis Éden… Pourquoi avoir renoncé à votre premier métier d’acteur ?
Le tournage d’Éden m’a surtout donné envie d’être metteur en scène, plus que d’être acteur. Après avoir joué dans ce film, je me suis surpris à refuser de nombreux castings, et à accepter seulement ceux qui allaient me permettre de rencontrer des cinéastes que j’admirais. Mais pas tant pour tourner avec eux, plutôt pour échanger sur leur cinéma. De plus, j’ai rencontré Ugo sur Éden. De là sont nées notre amitié et notre association puis toutes les belles aventures qui ont suivi. À tel point qu’aujourd’hui j’ai l’impression d’être vraiment à ma place.
Propos recueillis par Nicolas Colle
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