Le 16 octobre 2026
Camille de Decker s’attaque à un sujet aussi contemporain que vertigineux : que deviendront les inégalités entre les femmes et les hommes dans un monde de plus en plus façonné par l’intelligence artificielle, la robotique, les biotechnologies et les sciences cognitives ?
- Auteur : Camille de Decker
- Collection : À sexe égal
- Editeur : Beta Publisher
- Genre : Essai
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 9 octobre 2026
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur
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Résumé : Et si les technologies de demain reproduisaient les inégalités d’aujourd’hui ? Intelligence artificielle, robotique, biotechnologies, transhumanisme… Ces révolutions transforment déjà nos vies. Mais quelle place les femmes occuperont-elles dans ce futur en construction ? Entre biais algorithmiques, automatisation du travail, santé, surveillance et nouvelles formes d’émancipation, Camille de Decker explore les promesses autant que les risques du progrès technologique à travers un prisme féministe.
Critique : L’autrice part d’un constat simple : la révolution technologique est déjà en cours, mais rien ne garantit que le progrès technique s’accompagne automatiquement d’un progrès social.
L’intérêt de l’essai tient d’abord à ce croisement entre deux sujets généralement abordés séparément : le féminisme et l’accélération technologique. Camille de Decker ne cherche pas seulement à savoir quelle place les femmes occupent aujourd’hui dans la Tech. Elle regarde plus loin et s’interroge sur le monde que les technologies actuellement développées sont en train de façonner.
Le livre commence ainsi par dresser un état des lieux. La sous-représentation des femmes dans certains métiers scientifiques et technologiques, leur invisibilisation historique ou encore les biais culturels, éducatifs et économiques constituent le point de départ d’une réflexion qui remonte notamment aux pionnières de l’informatique. L’objectif est clair : montrer que les technologies ne naissent pas dans un espace social neutre et qu’elles peuvent hériter des déséquilibres du monde qui les produit.
C’est lorsque l’ouvrage aborde directement l’intelligence artificielle que cette réflexion prend toute sa force. Un algorithme apprend à partir de données existantes. Mais que se passe-t-il lorsque ces données sont elles-mêmes le produit de décennies d’inégalités ? L’autrice s’intéresse notamment au recrutement automatisé, à la santé, au travail ou encore aux données personnelles. Elle rappelle ainsi le cas devenu emblématique d’un outil de recrutement d’Amazon abandonné après qu’il eut été constaté qu’il défavorisait les candidatures féminines.
Mais Camille de Decker évite de faire de la technologie un ennemi commode. C’est probablement l’une des qualités les plus intéressantes de l’ouvrage. L’IA est envisagée simultanément comme un risque et une possibilité d’émancipation. Automatisation de certaines tâches, accès au savoir, prévention des violences, progrès médicaux ou nouvelles formes de mobilisation : les mêmes bouleversements susceptibles d’accentuer certaines inégalités pourraient aussi contribuer à les réduire. Tout dépend, soutient en substance l’autrice, de celles et ceux qui conçoivent ces technologies, des données utilisées et des règles collectives qui encadrent leur développement.
Cette volonté d’élargir le propos conduit également l’essai vers des territoires plus prospectifs. Nanotechnologies, biotechnologies, cognisciences et transhumanisme permettent de dépasser la seule question de ChatGPT et de l’IA générative. L’interrogation devient alors presque politique : qui bénéficiera des innovations à venir ? Qui pourra accéder aux nouvelles thérapies, aux technologies d’augmentation ou aux progrès issus des NBIC ? Et qui participera aux décisions qui détermineront leurs usages ?
Le livre est ambitieux, parfois au risque de vouloir embrasser beaucoup de sujets en relativement peu de pages. Certains thèmes – transhumanisme, transformation du travail, surveillance, santé reproductive, radicalisation politique – auraient presque pu constituer des essais à eux seuls. Le lecteur spécialiste pourra donc souhaiter que certaines pistes soient davantage approfondies. Mais cette largeur de champ correspond aussi au projet de l’ouvrage : établir des passerelles et rendre compréhensibles des enjeux techniques, sociaux et politiques qui sont souvent traités indépendamment.
La dernière partie est à ce titre révélatrice. Camille de Decker ne prétend pas prédire l’avenir : elle envisage plusieurs trajectoires possibles avant de formuler des propositions concernant la gouvernance des technologies, la présence des femmes dans leur conception et leur régulation, la représentativité des données ou encore l’accès aux innovations. L’essai quitte progressivement le constat pour devenir un appel à l’action.
IA-t-il un futur au féminin ? est donc moins un livre « contre » l’intelligence artificielle qu’un ouvrage sur la nécessité de choisir le progrès que nous voulons. C’est ce qui lui permet d’éviter une opposition trop facile entre technophilie et technophobie. La véritable question posée par Camille de Decker n’est finalement pas de savoir s’il faut arrêter la révolution technologique — elle considère celle-ci comme déjà engagée — mais qui aura le pouvoir d’en définir les règles.
Et derrière le jeu de mots de son titre se cache ainsi une interrogation beaucoup plus fondamentale : si les technologies de demain sont conçues à partir des inégalités d’aujourd’hui, pourquoi produiraient-elles spontanément un monde plus égalitaire ? C’est précisément parce qu’il refuse de considérer le futur comme déjà écrit que l’essai trouve sa pertinence.
136 pages - 15 €
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