Le 27 mai 2026
Une comédie de mœurs sympathique avec une intéressante mise en abyme. Mais on a connu Agnès Jaoui en meilleure forme, le film souffrant d’un manque de rythme et de maladresses d’écriture.
- Réalisateur : Agnès Jaoui
- Acteurs : Daniel Auteuil, Agnès Jaoui, Patrick Mille, Emmanuel Salinger, Jacques Weber, Vincenzo Amato, Hervé Pierre, Tiphaine Daviot, Eye Haïdara, Oussama Kheddam, Claire Chust, Lucie Gallo
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Studiocanal
- Durée : 2h14mn
- Date de sortie : 27 mai 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, Hors compétition
Résumé : Dans les coulisses d’une ambitieuse production de l’opéra LES NOCES DE FIGARO, les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour, et comme toujours chez Agnès Jaoui, le rire n’est jamais loin du drame.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Agnès Jaoui a formé avec Jean-Pierre Bacri un duo de scénaristes majeurs des années 1990 et 2000, qu’ils aient travaillé sur leur propre matériau théâtral adapté (Un air de famille réalisé par Klapisch), celui des autres (Smoking/No Smoking d’après Ayckbourn, réalisé par Resnais) ou qu’ils aient signé un scénario original (On connaît la chanson de Resnais). Le sommet artistique et commercial de leur collaboration avait été Le goût des autres, première mise en scène de Jaoui pour le grand écran. L’objet du délit, qui sort en salles cinq ans après la disparition de Bacri (à qui le film est dédié au générique de fin), est loin d’atteindre ces sommets. L’œuvre, sympathique, a quelques qualités mais davantage au niveau des intentions. Elles peinent à compenser la fragilité de l’ensemble. On retrouve la structure chorale sociologiquement intéressante, et chère à la réalisatrice scénariste, à travers l’organisation de répétitions d’une troupe d’opéra. Plusieurs artistes se retrouvent réunis, d’âge et de statut hiérarchique divers. Sont donc amenés à travailler ensemble une diva sûre d’elle-même (Agnès Joaoui), un chef d’orchestre de l’ « ancien monde » (Daniel Auteuil), une metteuse en scène timide (Claire Chust), un accessoire bienveillant (Oussama Kheddam), un ténor présomptueux (Vincenzo Amato), une cantatrice qui n’a pas sa langue dans la poche (Eye Haïdara)... La tension est perceptible dès le début mais quand une accusation d’agression sexuelle est portée, l’atmosphère devient explosive…

- © 2026 LES FILMS DU KIOSQUE – STUDIOCANAL - ANNE-FRANÇOISE BRILLOT
Le Mariage de Figaro étant le spectacle proposé par la troupe, Agnès Jaoui et ses quatre coscénaristes (dont son frère Laurent Jaoui et Emmanuel Salinger) ont eu la bonne idée d’une mise en abyme sur les rapports de classe et de genre. La cinéaste précise ainsi dans le dossier de presse : « J’ai donc trouvé intéressant de mettre en parallèle la condition des femmes d’un siècle passé et celle d’aujourd’hui, constater ce qui demeurait et ce qui avait changé. Quelle est la différence entre un comte, qui pense avoir le droit de disposer d’une soubrette, et celui d’un producteur, un chef d’entreprise, d’avoir le droit d’abuser d’une inférieure hiérarchique (pour certains, d’une inférieure tout court) ? » Les intentions de Jaoui sont ouvertement (et heureusement) féministes, et elle tente de montrer, avec plus ou moins de finesse, l’incompréhension entre deux mondes : d’une part l’ancienne génération sur la défensive, insouciante et relativiste, reprochant à la nouvelle son dogmatisme et son néo-maccarthysme ; de l’autre ceux qui partagent un nouveau système des valeurs et déplorent le déni ou la politique de l’autruche face à la gravité des agressions sexuelles dans le milieu artistique, et professionnel en général.

- © 2026 LES FILMS DU KIOSQUE – STUDIOCANAL - ANNE-FRANÇOISE BRILLOT
On peut ainsi rapprocher le film de deux autres comédies ayant évoqué cette problématique, à savoir Le deuxième acte de Quentin Dupieux et Le mélange des genres de Michel Leclerc. Mais le long métrage de Jaoui n’atteint pas leur niveau de réussite. Si techniquement le film est irréprochable, bénéficiant notamment de la photo de David Chizallet et d’un travail sonore de qualité pour les séquences d’opéra, on regrettera un démarrage lent et un rythme poussif. Les fautes de goût sont particulièrement surprenantes (les « gags » avec les colonnes de forme phallique) et les dialogues comportent de nombreux clichés, les mêmes que le film cherche à dénoncer. Certaines séquences sont, au mieux, proches de l’esprit vaudevillesque d’On aura tout vu ! de Lautner. D’autres sont plutôt de la veine d’un Claude Zidi. C’est fort dommage car le projet de base d’Agnès Jaoui était vraiment louable, et ses interprètes semblent se mouvoir avec aisance dans le dispositif. Le film a été présenté hors compétition au Festival de Cannes 2026.
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