Le 4 juillet 2026
Dans l’idée qu’on préfèrera toujours l’originalité au conformisme, The Fin force la mansuétude du spectateur malgré quelques faiblesses.
- Réalisateur : Syeyoung Park
- Acteurs : Yeon Yeji, Kim Pu-reum, Goh-woo
- Genre : Drame
- Nationalité : Sud-coréen
- Distributeur : Damned Distribution
- Durée : 1h27mn
- Âge : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
- Festival : Festival de Locarno 2025
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Dans une Corée réunifiée, après une catastrophe climatique, des mutants appelés Oméga sont pourchassés. Sujin, agent du gouvernement, suspecte Mia d’en être un, et part à sa recherche.
Critique : Convaincu qu’il n’a pas tiré tout le potentiel de son premier court-métrage éponyme, Syeyoung Park le prolonge par un long qui a le mérite de ne pas simplement être la version étirée de l’œuvre originelle. Et la notion de mérite est sans doute celle qui revient à l’heure de synthétiser l’impression laissée par The Fin.
Les conditions de tournage, rudimentaires, et le volontarisme thématique et visuel dont fait preuve le jeune cinéaste sont des atouts séduisants. The Fin nous rend plutôt bien l’heure et demie d’attention qu’il requiert. Car les exclamations de surprise, pas toutes bonnes, valent toujours mieux que la passivité engendrée par les propositions conventionnelles. Les désagréments dus à des choix artistiques, toujours mieux que le confort du déjà consommé.

- © 2026 Damned Distribution. Tous droits réservés.
Pourtant, Syeyoung Park fait de son originalité première une barrière parfois dure à franchir : les partis pris visuels relèvent plus d’une caricature d’un giallo d’Argento que d’une rêverie cosmique de Tarkovski, quand bien même les deux semblent être assumés comme références. Les saturations de couleurs attirent la rétine autant qu’elle la fatiguent. Et un premier procès pourrait s’ouvrir concernant le manque de maîtrise simulé des conditions de tournage : de nombreuses séquences sont parfaitement gérées techniquement. Cela invalide l’idée selon laquelle les contretemps dans certaines mises au point, ou certains tremblements, auraient été subis. D’où un potentiel cynisme dans la démarche qui consiste à vendre un artisanat un brin artificiel, confirmé par le réalisateur lui-même, qui a passé un temps certain après le tournage à travailler cette patine semi-professionnelle. Ainsi, malgré une direction artistique originale, l’engagement du spectateur dans l’appréciation de The Fin ne peut être complet, si l’on suppose une duperie.
En écartant l’épaisseur des introspections philosophiques « terrence malickiennes » qui émaillent la narration, le spectateur notera tout de même une profondeur certaine dans ce récit très resserré. Si l’évocation de l’arrière-plan politique, des deux Corée unifiées, de la dictature, demeure relativement superficielle, la trame portant sur les implications intimes de celle-ci convainc de rester accroché jusqu’au bout.

- © 2026 Damned Distribution. Tous droits réservés.
La figure de l’Omega, l’Autre pourtant si proche physiquement, démontre que, même unifié, un pays peut aisément assoir sa dictature sur une figure étrangère, fût-elle fantasmée. C’est pourquoi on peut questionner le choix artistique de les rapprocher des animaux marins, même si l’idée de l’aileron qu’ils arborent renforce la sensation qu’ils ne sont qu’une proie pour les Coréens.
Le dernier segment du récit, qui rapproche — jusque physiquement — Mia de sa pourchasseuse, marque aussi l’abandon d’une part de son originalité, troquée contre un bon sentiment un brin grossier. Mais la mélancolie qui préside les dernières minutes, agrémentée d’une mise en scène en regain d’inspiration dans la confrontation finale, achève de convaincre le spectateur qu’il a bien fait de se glisser dans l’univers bigarré de Syeyoung Park.
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.




















