Le 7 septembre 2026
- Scénariste : Laurent Gaudé (auteur de la nouvelle)>
- Dessinateur : David Prudhomme
- Genre : Adaptation, Récit de vie, Italie, Deuil, Histoire
- Editeur : Actes Sud BD, Virages Graphiques
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 2 septembre 2026
« Je veux que nous portions encore la marque du Négus : l’infirmité lumineuse de ceux qui ont dans le crâne des rêves trop grands… »
Résumé : Dans Les Oliviers du Négus, se mêlent l’histoire ancienne et contemporaine, les défaites et les solitudes, Frédéric II et Zio, l’Italie et l’Éthiopie, les souvenirs et le deuil. David Prudhomme livre une adaptation bande dessinée d’une grande justesse de la nouvelle de Laurent Gaudé.
Critique : David Prudhomme vient donner corps et formes au récit de Laurent Gaudé et faire mémoire, par le dessin, d’un illustre inconnu : le Négus. Quand le narrateur le rencontre, c’est un homme déjà âgé, au regard inquiet et pourtant déterminé, à l’histoire marquée par les batailles du XXe siècle mais aussi par celles de temps plus reculés où déjà des rois pouvaient se battre pour des chimères.

- Les oliviers du Négus – p. 162-163
- Tous droits de reproduction réservés ©Actes Sud BD, 2026, Prudhomme & Gaudé
Le récit débute par l’annonce du décès de Zio Négus. Averti par sa femme par téléphone, le narrateur, Laurent Gaudé, décide d’abréger sans détour son séjour napolitain pour revenir à Peschici, la commune natale du Négus. Un empressement qui traduit un attachement certain pour cet homme atypique que certains ont jugé fou. C’était assurément un homme décalé. Sa vie avait basculé en Éthiopie, où il était allé mener bataille dans les armées du Duce. De retour dans son village, le cœur amer, meurtri de ce qu’il y avait vu et fait, il fut blessé une seconde fois d’apprendre que celle qu’il aimait était promise à un autre. Dès lors, sa vie ne fut plus la même : il devint une âme errante, la voix des oliviers. Dans les ruines d’une ancienne abbaye, il convoqua la mort et Frédéric II. Dans son village, il devint une figure presque folklorique, souvent attablé à un café, ne lâchant pas son chasse mouches ramené des terres africaines.
Laurent Gaudé se remémore la vie de Zio Négus en l’entrelaçant aux récits des histoires qui l’intriguaient : d’une part les guerres coloniales de l’Italie en Éthiopie, avec les victoires des chefs de guerre éthiopiens et le désir de vengeance du Duce ; et d’autre part l’hybris de Frédéric II, roi de Sicile, cherchant à vaincre la mort.

- Les oliviers du Négus – p. 70-71
- Tous droits de reproduction réservés ©Actes Sud BD, 2026, Prudhomme & Gaudé
Le récit est aussi celui des funérailles qui se préparent, celui d’un homme isolé. C’est le récit d’une solitude moderne. Qui donc viendra encore saluer Zio Négus avant son inhumation. C’est un livre très fort, contemplatif, marqué par la douleur, la peine mais aussi par une forme de consolation douce.
L’histoire redonne vie à celui qui est parti. C’est aussi un hommage à une histoire d’amitié, du moins d’attachement intergénérationnel entre une famille de Français en vacances et un vieil homme de Foggia.
Nous retrouvons dans le dessin l’élégance des phrases de Laurent Gaudé. David Prudhomme dessine une fois de plus à merveille les paysages de la Méditerranée. Il parvient à nous plonger dans la lumineuse chaleur d’un été méridional. Sa mise en page est simple : une pleine page ou deux grandes cases rectangulaires par page, pas plus. L’ensemble se lit comme un long tableau. Cette simplicité formelle lui offre de grands espaces pour saisir tout autant les portraits vieillissant de Zio Negus et la grâce singulière des champs d’oliviers qui furent son refuge. Des arbres qui ont vu bien des histoires s’écrire à travers les siècles et en particulier celle de Frédéric II.
David Prudhomme se saisit des cases pour jouer des ellipses temporelles : le Moyen Âge côtoie la période contemporaine, le passé de Zio Négus rencontre le présent du narrateur. Tout au long des pages, des regards défient le temps, la mort, l’horreur. Enfin, dans ce livre, le silence est prégnant, peu de paroles sont échangées. Un silence digne qui rime parfois avec incompréhension, solitude, et d’autres fois avec contemplation et recueillement.
David Prudhomme a su s’approprier la nouvelle de Laurent Gaudé et conjuguer la force du récit et sa poésie à la sienne. Une très belle lecture en cette rentrée automnale 2026.
176 pages – 24 €
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