Le 17 octobre 2026
Le documentaire de William Klein restitue avec une énergie communicative la ferveur révolutionnaire du Festival panafricain d’Alger de 1969, tout en ravivant les espoirs déçus et les combats inachevés de l’émancipation africaine.
- Réalisateur : William Klein
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Algérien
- Durée : 1h50mn
- Festival : Festival de Cannes 1971
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– Année de production : 1969
Résumé : Commandé directement par le gouvernement algérien, ce long-métrage historique immortalise le tout premier Festival culturel panafricain (surnommé le « PANAF ») qui s’est tenu à Alger en juillet 1969.
Critique : Il est difficile de capter une énergie révolutionnaire. Pourtant, William Klein est parvenu à en restituer toute la puissance dans son film sur le Festival panafricain d’Alger de 1969.
On pourra toujours revenir sur le contexte de cette époque particulière de l’histoire de l’Afrique, qui a vu l’émergence des mouvements anticoloniaux et de libération nationale. Dans les années 1960, Alger était devenue le refuge des mouvements révolutionnaires africains en lutte pour leur indépendance, c’était aussi le berceau de l’anti-impérialisme avant l’heure. Une Mecque des révolutionnaires dont on parle encore aujourd’hui. Ce contexte posé, le Panaf’ réussit à joindre culture et message politique, ou plutôt divertissement (dans son sens le plus festif) et revendications légitimes de peuples victimes de l’Occident impérialiste, colonial et raciste.
L’Algérie avait fait le choix de prendre un artiste blanc pour réaliser cette œuvre. De prime abord, certains pouvaient voir cette approche comme une énième preuve d’un paternalisme condescendant. Mais il n’en est rien, William Klein est un spectateur comme un autre qui se promène comme tout badaud qui se respecte. Il se pose des questions sur le pourquoi de ces mouvements révolutionnaires entre chaque spectacle, il interroge les principaux intéressés qui nous expliquent le contexte de la révolte qu’ils ont entamée dans leurs pays respectifs. Les interventions d’Amílcar Cabral, Armando Guebuza ou encore de Mário Pinto de Andrade éclairent le contexte, dans ces moments où la caméra se pose pour laisser place à la réflexion. Le volet revendicatif du documentaire prend une part importante, non par le temps qui lui est accordé, mais par son aspect le plus essentiel. Un message porté à la face du monde sur les conditions difficiles de peuples qui luttent pour leur indépendance. C’est aussi là où réside la force du Panaf’ 69 : capter les moments d’euphorie et de communion, ainsi que les revendications légitimes.
Il ne s’agit pas seulement de faire découvrir les cultures africaines, basées sur la tradition orale et le mouvement. Chose que la caméra de William Klein capture de façon instinctive. Point de mise en scène quand il s’agit de prendre par surprise des moments de grâce et d’inspiration. Le naturel est la meilleure manière d’imprégner la rétine. On est marqué par ce qui est improvisé, organique et brut. Si Woodstock mettait en avant un message de paix dans un contexte où la guerre du Vietnam battait son plein — une préoccupation alors profondément américaine —, le Panaf’ cherchait à être un événement fédérateur pour tout un continent. Un moment charnière de l’histoire de l’Afrique, dont les nations émergentes allaient progressivement obtenir leur indépendance.
Parler d’une œuvre, déjà traitée à maintes reprises, n’est jamais facile. Le Festival panafricain de 1969 a laissé une trace indélébile dans la mémoire collective, quantifiable aussi par le fait que l’Algérie avait tenté en 2009 de rééditer l’exploit pour son quarantième anniversaire. Mais cette nouvelle édition n’a pas semblé produire le même écho ni susciter la même ferveur. Dans le contexte actuel, un tel événement n’aurait clairement pas le même impact, la faute à un contexte actuel à des années-lumière de la naïveté primordiale de cette fin des années 1960 qui laissait croire à de profonds changements dans le monde. À revoir l’œuvre de William Klein, on se rend compte du fossé générationnel laissé. Alger a changé au fil du temps, ainsi que l’Afrique dans son ensemble. L’esprit révolutionnaire vit encore mais semble avoir pris un coup de vieux. Peut-être est-ce le résultat d’une certaine lassitude, née du constat que les problématiques d’hier n’ont jamais vraiment été résolues. Le constat semble certes pessimiste mais reste pertinent car il nous pousse à toujours essayer d’aller de l’avant.
Le documentaire de William Klein reste une œuvre essentielle, qui nous pousse à nous surpasser. Ce que le réalisateur a capté continue néanmoins de nous interpeller.
– Festival de Cannes 1971 : sélection Quinzaine des Réalisateurs
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