Le 25 octobre 2026
Dix ans après Problemos, Éric Judor revient derrière la caméra, mais déçoit. Reste le regard, mi-acide, mi-attendri, qu’il porte sur un drôle de microcosme.
- Réalisateur : Éric Judor
- Acteurs : Éric Judor, Alexandra Lamy, Marc Labrèche, Pierre Gommé, Hafid F. Benamar, Liona Bordonaro, Maxime Biaggi
- Genre : Comédie
- Nationalité : Français
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 1h28mn
- Date de sortie : 21 octobre 2026
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Résumé : Alexandre est prêt à tout pour renouer avec sa fille, quitte à infiltrer une équipe de bras cassés dans un univers de jeu médiéval-fantastique. Une quête improbable qui pourrait bien le ramener à ses propres rêves oubliés…
Critique : Bientôt dix ans qu’on attendait de revoir Éric Judor passer derrière la caméra après Problemos. Depuis, la moitié de Ramzy nous a donné de ses nouvelles télévisées, plus (Platane) ou moins (Week-end Family) bonnes. Entre-temps, surtout, Problemos est devenu l’une des rares comédies françaises qui se bonifie avec l’âge, et est même devenue gentiment visionnaire, avec son humanité qui perd la boule en période de pandémie mondiale. Le film semble enfin apprécié à sa juste valeur, après des critiques modérément convaincues et un public qui avait visiblement mieux à faire ces temps-là. Écrira-t-on la même chose à propos du Roi du game dans une décennie ? Pas sûr.

- Marc Labrèche, Hafid F. Benamar, Éric Judor, Alexandra Lamy
- © 2026 Serge Blondeau / Gaumont. Tous droits réservés.
Ce n’est pourtant pas faute d’essayer. De Problemos, le cinéaste a ici conservé le châssis : son personnage désormais habituel de petit bourgeois médiocre, aux phrases toutes faites, cynique, hautain, vaguement raciste, est encore confronté à un monde de doux dingues qu’il méprise – sauf que, là, les joueurs de rôle grandeur nature ont remplacé les zadistes. Si elle paraît moins inédite cette seconde fois, la peinture qu’il fait de ce microcosme est encore ce qui fonctionne le mieux dans Le Roi du game : Judor croque avec un regard d’anthropologue rigolard ce petit monde très codifié peuplé d’adultes qui se déguisent en elfes ou en orques, mais sans les prendre de haut, sans les rabaisser. Et comme toujours, Judor sait s’entourer : si retrouver son comparse Hafid F. Benamar – déjà l’arme comique secrète de Platane – ou le Québecois Marc Labrèche - vu dans la télé-réalité parodique d’Éric et Ramzy, Tout simplement fan – semble couler de source, on est agréablement surpris de voir à quel point Alexandra Lamy, qu’on associe volontiers à un genre de comédies plus gentillettes, s’acclimate vite à la misanthropie judorienne.
Dommage, hélas, que ce ne soit pas plus drôle. Entre comique de répétition et mêmes blagues épuisées jusqu’à plus soif, la ligne est fine ; or, Le Roi du Game la franchit rapidement. Et l’on se pince quand on voit les vannes vaseuses (les pseudonymes de ses compagnons de jeu sont le prétexte à des calembours du type « Va vomir » ou « Bite dure ») auxquelles succombe parfois le cinéaste, tant elles paraissent indignes de lui. Peut-être est-ce aussi une question de fréquentation, et que l’union entre Judor et ses scénaristes Antonin Fourlon (réalisateur des deux Chasse gardée) et Cédric Prévost fait moins d’étincelles qu’avec Noé Debré et Blanche Gardin naguère. Autre tare du film : son absence d’identité visuelle, alors que Judor avait pourtant su donner une identité propre à ses petits mondes en vase clos (un Paris inhabité dans Seuls Two, un aéroport dans La Tour de contrôle infernale, et, donc, la ZAD dans Problemos) – un style propre qu’il avait sans doute forgé en fréquentant le cinéma idiosyncratique de Quentin Dupieux. Mais s’il fallait vraiment rapprocher Le Roi du game d’une précédente « œuvre » de Judor, ce serait les publicités télévisuelles qu’il a mises en boîte pour EDF ou Quick. C’est bien à se demander si ce jeu-là en vaut vraiment la chandelle.
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