Le 15 mai 2026
Dans un bouillonnement incessant de couleurs, de musique et de lumières, Gessica Généus filme un hymne solaire à la liberté, dans un pays, Haïti, pétri par ses contradictions.
- Réalisateur : Gessica Geneus
- Acteurs : Béonard Monteau, Edouard Baptiste, Gessica Généus, Melissa Mildort
- Genre : Drame, Musical
- Nationalité : Français, Canadien, Belge, Luxembourgeois, Haïtien
- Distributeur : Pyramide Distribution
- Durée : 1h44mn
- Festival : Festival de Cannes 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : À Jacmel, en Haïti, la mer, les églises et les esprits façonnent la vie. Marie Madeleine est une femme libre. Elle vit de la prostitution et traverse les nuits sans se soumettre aux règles de ceux qui sauvent les âmes. Sa route croise celle de Joseph, un jeune évangéliste. Une relation se noue entre ces deux êtres que tout oppose. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : Dire que Haïti est un pays paradoxal relève du pléonasme. Les villes sont envahies de camions qui affichent haut et fort des enseignes à l’effigie du Christ ; en même temps, le pays refuse de soigner ses pauvres et laisse à l’agonie une grande partie de sa population, face à des clans armés qui règnent dans les rues. Marie Madeleine qui, de loin, reprend le mythe religieux de la prostituée, raconte, dans une atmosphère colorée et musicale, toutes ces contradictions qui étouffent Haïti. Le film s’ouvre d’ailleurs sur une scène tragique où une femme ensanglantée est laissée à l’abandon par l’hôpital qui, faute de moyens, sélectionne ses bons et mauvais patients. Elle, c’est une prostituée et pour l’infirmière qui gère la clinique, elle ne fait que récolter ce qu’elle mérite. Elle est secourue par un jeune homme téméraire, qui justement construit une église en face du lieu où Marie Madeleine et ses collègues vendent leur corps.
Rien ne présage un film joyeux avec les thèmes développés par le film et pourtant, la réalisatrice haïtienne, Gessica Généus, adopte une tonalité résolument lumineuse et musicale. Le long-métrage a presque la teneur d’un opéra, opposant deux univers : celui du rigorisme promu par l’Église évangélique, et celui de ces personnes qui revendiquent la liberté. Mais la cinéaste n’est surtout pas naïve. Oui, ces jeunes gens clament le droit à jouir de leur corps comme bon leur semble, et en même temps, au moins pour le personnage de Marie Madeleine, on ne vient pas à la prostitution par hasard ou plaisir, mais parce que la misère et l’absence de perspective y conduisent.

- Copyright Pyramide Distribution
Il ne faut donc pas voir Marie Madeleine comme un hymne béat au marchandage des corps. Haïti est un des pays les plus pauvres du monde, auquel, d’après l’autrice, François Duvalier avait proposé une solution radicale en promettant aux miséreux le bonheur sur une ile où, en réalité, ils étaient massacrés et jetés à la mort. Gessica Généus cultive une conscience aiguë de l’état de son pays, et pourtant refuse de céder aux sirènes de la désespérance. Ainsi, toute la mise en scène s’établit sur le fil fragile d’un récit qui alterne musicalité, rythme, et drame. Car la violence commise contre les femmes ou les homosexuels, est palpable à chaque instant sans que la cinéaste n’en rajoute dans l’exposition du malheur.

- Copyright Pyramide Distribution
Tout cela fait de Marie Madeleine un film inclassable. Présenté à Cannes en avant-première mondiale, il ouvre la porte, après Raoul Peck, à un cinéma méconnu, trouvant son origine dans la couleur d’Haïti. Gessica Généus devient à elle seule la représentante mondiale de la production cinématographique d’Haïti à ce jour, à la manière d’une ambassadrice des arts chantés, dansés, et donc filmés, qui s’y jouent. On ressort de ce film avec une multiplicité de sentiments : le spectateur est charmé par ce déploiement de fééries et de paysages ; en même temps, il prend conscience d’un environnement social et politique qui soumet le peuple à des pratiques religieuses qui n’ont rien d’un acte de foi. L’ambivalence des messages véhiculés par le long-métrage permet de capter l’attention du spectateur jusqu’à la fin, sans pour autant l’aveugler sur un état paradisiaque du pays.
Marie Madeleine est un film radical, totalement déconcertant par certains aspects. Le spectateur français doit s’armer de codes pour déchiffrer la vision du monde transmise. Mais en même temps, le long-métrage invite à la joie, au lâcher-prise et à une forme d’optimisme qui devrait mettre fin à des décennies de pauvreté, de maltraitance du peuple et de reniement de sa liberté de penser et d’agir.
– Festival de Canes 2026 : Sélection officielle, Cannes Première
Galerie Photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.























