Le 27 novembre 2024
Robert Wise signe un faux film de guerre, presque sans tension ni morceaux de bravoure, mais dont la sobriété et l’intégrité ont quelque chose de fascinant.


- Réalisateur : Robert Wise
- Acteurs : Richard Widmark, Earl Holliman, Don Taylor, Casey Adams (Max Showalter), Martin Milner, Rodolfo Acosta, Darryl Hickman, Murvyn Vye
- Genre : Aventures
- Nationalité : Américain
- Durée : 1h30mn
- Box-office : 660.343 entrées France / 145.009 entrées P.P.
- Date de sortie : 4 mars 1955

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– Année de production : 1953
Résumé : Durant la Seconde Guerre mondiale, dans le désert de Gobi, une unité de Marines forme des cavaliers mongols afin de combattre les Japonais.
Notre avis : Ce premier film en couleurs de Wise sera suivi de Les rats du désert, plus connu, et meilleur, et se présente comme une curiosité, non seulement dans sa carrière, mais dans le genre en général : basé sur une histoire authentique mais sans grandeur, il raconte l’odyssée d’un petit groupe américain à travers le désert de Gobi, aidé par des Mongols et menacé par les Japonais. On imagine que cette histoire pourrait suinter l’héroïsme et le panache, exalter la bravoure et donner lieu à des séquences de suspense insoutenable. Mais le parti pris de Wise et de son scénariste Everett Freeman (à la carrière peu glorieuse) est tout l’inverse : il s’agit pour eux de constamment dédramatiser, en refusant les effets et clichés du genre. Ainsi ne verra-t-on pas d’agonisant prononçant ses dernières paroles ; si Cohen, l’un des rares individualisés du groupe meurt, c’est en silence. De même les séquences d’action sont brèves, sans étirement : que le groupe déguisé en Mongols croise les Japonais, ce sera sans gros plans angoissés ni dilatation temporelle. On reste dans le factuel, en évitant même l’identification : on ne saura rien des personnages, réduits à leurs actions et à une psychologie sommaire.
Évidemment, ce parti pris entraîne une moindre adhésion et le spectateur ne vibrera guère ; Richard Widmark a beau évoquer en voix off des souffrances et un enfer à traverser, le sentiment de danger, voire de lutte, est la plupart du temps minoré ou absent. On imagine que quelques péripéties, comme le canon qui ne peut tirer qu’une fois ou la capture par les Japonais peuvent décevoir qui s’attend à un lyrisme grandiose ou à de simples frissons. Et pourtant, malgré ces évidentes limites, Destination Gobi ne manque pas de charme ; d’abord parce que le désert (ici, le Nevada…) est toujours photogénique et Wise en réalise quelques superbes plans. Ensuite parce que Widmark et le reste de de la distribution, des acteurs peu connus, sont impeccables, sans cabotinage (d’ailleurs le scénario impose une grande sobriété) ni effets de manche.
Mais à travers des anecdotes aussi improbables que réelles (la commande de 60 selles pour les Mongols, les vraies et fausses trahisons), le film impose surtout une vision singulière de la guerre, celle des anonymes apportant parfois à contrecœur leur pierre à un édifice abstrait. La petite bataille qu’ils livrent semble dérisoire, loin d’en engagement belliqueux, loin des grands terrains de conflits, mais elle met en jeu des vies et participe d’un héroïsme du quotidien, peu spectaculaire et essentiel : déçu d’être affecté à une station météo, le personnage de Widmark s’entend rappeler le rôle capital des prévisions. C’est que tout compte, même des selles parachutées, même de l’eau amère quand on a soif. De ce minimalisme dont on comprend qu’il puisse décevoir, le scénario tire pourtant le meilleur, avec son humour léger et ses quelques notations bien trouvées (on pense en particulier au navire qui porte le nom de Cohen, idée lancée en l’air et reprise avec une sombre ironie), et au bout du compte, loin du chef-d’œuvre, Destination Gobi est un film sympathique, original et attachant.