Le 12 avril 2026
Plus qu’une œuvre autobiographique où le comédien Gaël Kamilindi se plonge dans les souvenirs de sa famille rwandaise, Didy est un vibrant et douloureux hommage sur la tragédie du génocide rwandais en 1994.
- Réalisateurs : François-Xavier Destors - Gaël Kamilindi
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Suisse, Rwandais
- Distributeur : Sudu Connexion
- Durée : 1h24mn
- Date de sortie : 22 avril 2026
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– Année de production : 2024
Résumé : Gaël avait cinq ans lorsque sa mère, Didy, est morte. Les souvenirs d’elle se sont depuis perdus dans la fureur des guerres civiles, du génocide et du sida qui ont ravagé le Burundi puis le Rwanda et ont précipité son exil vers la Suisse. Trente ans plus tard, il se risque à rouvrir les pages de son histoire familiale en partant à la rencontre de celles et ceux qui ont connu sa mère. À travers sa mémoire, c’est le portrait de toute une génération de femmes rwandaises qui se dévoile, renouant le dialogue avec ceux qui portent leurs histoires.
Critique : Il y a des photos étalées sur le sol, une paire de lunettes d’un autre temps. Voilà les rares souvenirs que Gaël Kamilindi conserve de sa mère, disparue au Burundi. Il lui faut donc revenir sur les traces de cette femme, Didy, qui l’a enfanté au Rwanda et dont il a été séparé précocement pour échapper à la barbarie du conflit rwandais des années 1990. Le jeune trentenaire va sur les traces de sa famille, et au gré de sa caméra, et ouvre un regard immense sur le destin des femmes qui ont subi la mort et l’injustice.
La caméra de Gaël Kamilindi et François-Xavier Destors s’attache à filmer des regards. Les visages de femmes qui racontent le passé apparaissent en plan large sur l’écran. On y lit la douleur, la peur, les souvenirs irréparables, emportés par le drame du sida, du génocide et du déracinement. Le long-métrage très pudique témoigne d’une histoire familiale à travers des odeurs, des gestes, et chacun des souvenirs restitue la discrimination odieuse dont les Tutsis étaient victimes. On peine à comprendre comment des hommes ont pu détruire tout un peuple, dans sa chair et son identité, à partir d’accusations sommaires bien antérieures au génocide de 1994. Entre les témoignages apparaissent des photos de prison, des paysages qui sentent encore la brutalité des Hutus et l’odeur du sang.
Le parti pris de Gaël Kamilindi et François-Xavier Destors est celui de la dignité. La bande-son est très belle. Elle accompagne le récit d’une révélation personnelle, d’un deuil impossible à porter et d’une tragédie humaine dont le monde entier est ressorti meurtri. Le personnage de Didy est au cœur de tous les témoignages. On reconnaît la femme de lettres, la militante, qui a dû fuir le Rwanda pour ses positions moins politiques qu’humanistes. Didy raconte l’Afrique meurtrie où les femmes sont les premières victimes. D’ailleurs, quand les documentaristes filment les rues, ce sont surtout les visages féminins qu’ils captent avec leur caméra, comme un hommage et une manifestation sensibles que la liberté prend souvent ses racines dans la colère des femmes.

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En même temps, il ne faut pas s’attendre à un film mélodramatique. Le récit est ponctué aussi de souvenirs joyeux qui témoignent de la puissance militante des femmes dans un continent rongé par le réflexe réactionnaire de certains hommes. Le long-métrage parle aussi de la marche forcée de la migration. On oublie souvent que les mouvements migratoires les plus nombreux ne sont pas en Europe mais à l’intérieur de l’Afrique elle-même qui tente de contenir les guerres, les génocides et les crises politiques qui ravagent tant de pays.
Paradoxalement, deux hommes font le film Didy alors que ce sont les femmes qui sont mises à l’honneur. Elles parlent sans détour de la discrimination, de la liberté amoureuse et sexuelle, du désir d’émancipation qui passe par la monoparentalité, la musique, les vêtements ; mais elles évoquent aussi la mort. Pire que la guerre, il y a le sida. Alors que Didy est parvenue à échapper à la barbarie du génocide rwandais, elle est rattrapée par la maladie. Gaël Kamilindi porte les traits de sa propre mère. Il y a une grande féminité dans son regard, ses postures, comme un signe que ce documentaire ne pouvait pas être autrement qu’une succession magnifique de femmes habitées par le courage de vivre.
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