Le 20 avril 2026
Hair qui ne manque ni d’énergie ni de savoir-faire marque le moment où la contre-culture cesse d’être un danger pour devenir un objet culturel. Le film est réédité en Blu-ray par Potemkine.
- Réalisateur : Miloš Forman
- Acteurs : John Savage, Treat Williams, Mirella D’Angelo, Richard Bright, Beverly D’Angelo, Dorsey Wright, Annie Golden, Nicholas Ray
- Genre : Drame, Comédie dramatique, Comédie musicale, Musical, Film culte
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Carlotta Films, Potemkine Distribution, Les Artistes Associés, Mission
- Editeur vidéo : Fox Pathé Europa, Potemkine
- Durée : 2h01mn
- Reprise: 11 juillet 2018
- Box-office : 2.068.405 entrées France / 568.288 Paris Périphérie
- Date de sortie : 11 mai 1979
- Festival : Festival de Cannes 1979
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– Ressortie Blu-ray : 21 avril 2026
Résumé : Jeune et naïf, Claude Bukowski arrive à New York pour se rendre au bureau de recrutement de l’armée. Mais en chemin, il se retrouve au milieu d’un happening de hippies dans Central Park et tombe immédiatement amoureux de la belle Sheila. Berger, le leader pacifiste des hippies, décide de prendre Claude sous son aile et l’encourage à braver tous les obstacles pour qu’il déclare sa flamme à la jeune fille...
Le Blu-ray
(éditions Potemkine, 2026)
L’image
Couleur. 16:9 compatible 4/3 format d’origine respecté 1.85.
Le son
Version originale sous-titrée en français ou version française. 5.1 DTS-HD Master Audio. Son stéréo.
Les suppléments
– De Broadway à Hollywood : l’adaptation cinématographique de la comédie musicale
– La guerre du Vietnam au cinéma
Boîtier Scanavo Full Frame avec fourreau.

- © Potemkine
La critique
Dans les Écrits corsaires, Pier Paolo Pasolini identifiait un phénomène dont la pertinence n’a cessé de se confirmer : les signes de la révolte, une fois diffusés, sont inévitablement récupérés par le système qui les neutralise. Les cheveux longs, jadis geste de rupture, deviennent code, puis marchandise. Ce passage du politique à l’esthétique, de la dissidence à la stylisation, constitue une forme de désactivation. Revoir en 2026 Hair de Miloš Forman revient à observer ce mécanisme à l’œuvre, presque à nu.
Car le film n’est pas tant une œuvre sur la contre-culture qu’un objet qui en entérine la domestication. En adaptant la comédie musicale de 1967, Forman transpose un matériau et le reconfigure selon des logiques narratives profondément étrangères à son esprit d’origine. La fragmentation, la discontinuité, la vitalité collective qui faisaient la force du spectacle sont remplacées par une narration linéaire, centrée sur un protagoniste unique. Ce choix n’est pas anodin : il constitue une opération de normalisation.
La linéarité impose un ordre là où régnait le désordre. Elle transforme une expérience collective en trajectoire individuelle, un mouvement politique en récit d’apprentissage. Le spectateur n’est plus confronté à une énergie diffuse, difficile à saisir, mais invité à suivre une histoire structurée, balisée, émotionnellement orientée. Ce passage est décisif : il rend la contestation lisible — et donc assimilable.
Ce geste d’assimilation s’inscrit pleinement dans des formes de narration dominantes, issues du cinéma industriel. L’individu prime sur le collectif, la progression dramatique sur la dispersion, la résolution sur la conflictualité ouverte. En d’autres termes, Hair absorbe ce qu’il représente dans les codes mêmes qui en neutralisent la portée. Il ne filme pas une rupture ; il la reformate.
Le film atteint ainsi une forme d’efficacité paradoxale : il donne l’impression d’une liberté généralisée tout en en organisant strictement les modalités de représentation. Ce qu’il montre n’est pas une subversion à l’œuvre, mais sa traduction dans un langage parfaitement compatible avec les circuits de production et de diffusion du cinéma dominant.
À ce titre, Hair fonctionne moins comme un témoignage que comme un symptôme. Il marque le moment où la contre-culture cesse d’être un danger pour devenir un objet culturel. Les signes extérieurs de la révolte — les cheveux, les vêtements, les slogans — y sont exhibés, mais vidés de leur potentiel conflictuel. Ils deviennent des éléments de reconnaissance, immédiatement intégrables, immédiatement consommables.
Revu aujourd’hui, le film ne retrouve pas une quelconque radicalité perdue ; il révèle au contraire la profondeur de cette neutralisation. Là où l’on pourrait attendre une tension, une violence, une irréductibilité, on trouve une mise en forme apaisée, presque consensuelle. La révolte y est sans risque, la marginalité sans menace. Tout semble déjà absorbé et digéré.
Ces éléments ne réhabilitent pas le film ; ils en clarifient les enjeux. Hair apparaît alors pour ce qu’il est c’est-à-dire un produit culturel qui accompagne et entérine la transformation de la contestation en objet esthétique. En cela, il vérifie presque mécaniquement l’intuition de Pasolini.
Le film ne manque ni d’énergie ni de savoir-faire. Mais cette énergie est canalisée, ce savoir-faire mis au service d’une entreprise de mise en ordre. Ce qu’il reste, au terme du processus, ce n’est pas la force d’un mouvement, mais l’image de ce mouvement — une image séduisante, fluide, immédiatement accessible, et politiquement désarmée.
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