Le 19 mai 2026
Almodóvar réussit encore à surprendre et toucher avec ce récit en forme de mise en abyme, qui confirme l’épure de son art et fait écho à toute son œuvre passée.
- Réalisateur : Pedro Almodóvar
- Acteurs : Rossy de Palma, Aitana Sánchez-Gijón, Quim Gutiérrez, Leonardo Sbaraglia, Carmen Machi, Bárbara Lennie, Milena Smit, Victoria Luengo, Patrick Criado
- Genre : Comédie dramatique, LGBTQIA+
- Nationalité : Espagnol
- Distributeur : Pathé Distribution
- Durée : 1h51mn
- Titre original : Amarga navidad
- Date de sortie : 20 mai 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
Résumé : Raúl est un cinéaste culte en pleine crise créative. Lorsqu’un drame frappe l’une de ses plus proches collaboratrices, il s’en inspire pour écrire son prochain film. Peu à peu, il imagine Elsa, une réalisatrice en pleine écriture, dont le parcours commence à refléter le sien. Les deux cinéastes deviennent les deux facettes d’un même personnage, dans un jeu de miroirs où l’impudeur de l’autofiction dévoile autant qu’elle détruit. Mais jusqu’où peut-on aller pour raconter une histoire ?

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : On pourrait affirmer qu’Autofiction pourrait être le testament Almodóvar si ce n’est que le cinéaste a encore, espérons-le, de belles années de filmographie devant lui. À travers l’histoire d’un réalisateur qui rédige un scénario en se basant sur l’existence de proches et de son vécu personnel, Almodóvar opte à nouveau pour la mise en abyme qu’il avait déployée dans Douleur et gloire. Soit donc Raúl (Leonardo Sbaraglia), en pleine crise de création. Il parvient toutefois à trouver des bribes d’inspiration en se basant sur le drame de sa collaboratrice Mónica (Aitana Sánchez-Gijón), dont la compagne s’est suicidée. Surgit alors l’histoire de la cinéaste Elsa (Bárbara Lennie), une réalisatrice vivant en couple avec un pompier stripteaseur (Patrick Criado, très caliente dans un numéro spécial). Elsa gère mal le deuil de sa mère, veut inciter une amie (Victoria Luengo) à quitter son mari décevant, et tente de sortir la jeune Natalia (Milena Smit) de la dépression, cette dernière ayant perdu son petit garçon. Elsa est en proie à de violentes crises d’angoisse et des migraines qui lui pourrissent le quotidien…

- © El Deseo. Photo by Iglesias Más.
Les récits de Raúl et d’Elsa s’emboitent admirablement, et les échos qu’ils entretiennent s’amplifient au fil du déroulé narratif en forme de puzzle, mais malgré tout limpide et sans surcharge. La réussite du montage contribue fortement à cette cohérence, et Almodóvar contourne le piège du « film dans le film » qui a pu plomber certains longs métrages. On retrouve les préoccupations et l’univers du réalisateur. C’est notamment le cas de la maladie et la mort, qui a irrigué ses films, de Tout sur ma mère à La chambre d’à côté, ou de ces communautés de femmes mises en avant, entre autres, dans Volver. Le réalisateur ayant quitté ses années de jeunesse, le film est également bercé par le doute et la peur de décevoir, Elsa étant le double de Raúl qui est celui de Pedro. Et Almodóvar se montre très caustique sur la notion de « réalisateur culte » ou la tentation pour les auteurs plus ou moins has been d’accepter les offres de plateformes pour leurs films, et en particulier ceux qui sont considérés mineurs, ce que n’est en cas Autofiction... Surtout, Autofiction pose les bases d’une réflexion sur le dilemme entre la liberté et l’éthique de l’artiste.

- © El Deseo. Photo by Iglesias Más.
Almodóvar précise à cet égard dans le dossier de presse : « Y a-t-il des aspects de la vie des autres qui doivent être soustraits au regard du créateur ? Ou celui-ci dispose-t-il au contraire d’un droit illimité à s’inspirer de tout ce qui l’entoure pour la simple raison que la vie des autres fait partie de son existence, et par conséquent lui appartient ? Quelles sont les limites de l’autofiction ? Sont-elles réellement pertinentes pour un auteur en manque d’inspiration qui ne réussit à créer qu’en puisant dans tout ce qui l’entoure, y compris (et surtout) dans la souffrance des autres. » Mais le traitement de ces interrogations n’est heureusement pas didactique et démonstratif. Autofiction est donc un jalon majeur de la carrière du cinéaste, si tant est qu’on puisse établir une hiérarchie dans une filmographie comportant tant de pépites. Et l’on ne peut qu’apprécier l’épure qu’Almodóvar semble désormais privilégier, même s’il s’autorise toujours un lyrisme mélodramatique réellement touchant, ou des digressions comiques irrésistibles (le personnage secondaire joué par Rossy De Palma, vestige de sa période Movida). On ne peut donc que recommander fortement cette œuvre majeure, bien accueillie au Festival de Cannes 2026 où elle a été présentée en compétition officielle.
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