Le 23 avril 2026
Le chef-d’œuvre d’Imamura s’avère être une mise en spectacle d’une potentielle déviance rurale et paysanne.
- Réalisateur : Shōhei Imamura
- Acteurs : Sumiko Sakamoto, Ken Ogata, Mitsuko Baishō, Fujio Tokita, Shōichi Ozawa, Taiji Tonoyama, Tonpei Hidari, Aki Takejō
- Genre : Drame, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : UGC Distribution, The Jokers
- Durée : 2h11mn
- Reprise: 29 avril 2026
- Titre original : Narayama Bushikou
- Date de sortie : 28 septembre 1983
- Festival : Festival de Cannes 1983
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– Reprise en salles : 29 avril 2026
Résumé : Orin, une vieille femme des montagnes du Shinshu, atteint l’âge fatidique de soixante-dix ans. Comme le veut la coutume, elle doit se rendre sur le sommet de Narayama pour être emportée par la mort. La sagesse de la vieille femme aura d’ici-là l’occasion de se manifester.
Critique : Palme d’or au Festival de Cannes en 1983, La Ballade de Narayama de Shōhei Imamura reste aujourd’hui un film aussi célébré que profondément clivant.

- © The Jokers Films
Derrière son statut d’œuvre majeure du cinéma japonais d’après-guerre, une part importante de la critique — notamment dans son contexte japonais — y voit un objet problématique, dont le radicalisme esthétique et idéologique soulève de sérieuses réserves.
Imamura revendique une approche « par le bas » de l’humanité, à rebours du classicisme de Yasujirō Ozu. Là où ce dernier sublime le quotidien, Imamura l’enracine dans la matérialité la plus brute. Dans La Ballade de Narayama, cette démarche atteint une forme extrême : les personnages ne sont jamais idéalisés, mais filmés comme des organismes soumis à des impératifs biologiques — se nourrir, se reproduire, survivre.
Ce choix, souvent rapproché d’une posture quasi ethnographique, a suscité des critiques récurrentes. Le film semble observer plutôt que juger, enregistrer plutôt qu’interpréter. Cette neutralité apparente est précisément ce qui dérange : en refusant toute médiation morale, Imamura donne le sentiment d’une humanité réduite à ses fonctions vitales.
L’une des principales lignes de fracture critique concerne la mise en scène du corps. Sexualité crue, vieillissement, mort : rien n’est atténué. Tout passe par le corps, mais sans expressivité. Les gestes ne sont pas stylisés, les visages ne sont pas psychologisés. Le corps devient une unité fonctionnelle : il agit, il subit, il disparaît. Ce traitement élimine toute singularité. Les personnages ne sont pas des individus mais des occurrences.

- © The Jokers Films
Ce naturalisme radical, salué par certains, a pourtant des airs de voyeurisme très radical. Le réalisateur ne se gêne par pour filmer le viol, la zoophilie et la nécrophilie comme des actes primitifs amis justifiés en milieu rural du XIXe siècle. Il a une évidente volonté de montrer la brutalité de ce monde impitoyable envers les plus faibles et les marginaux. Mais on trouve aussi le souhait de spectaculariser ce monde-là. Imamura privilégie une immersion crue dans un univers régi par la nécessité. Ce choix est critiquable. Le monde paysan y apparaît non seulement archaïque, mais presque animalisé. Certains y voient une vision biaisée, sinon condescendante, d’un Japon rural réduit à ses instincts.
Si La Ballade de Narayama demeure une œuvre incontournable, c’est précisément parce qu’elle résiste à toute lecture univoque. Son naturalisme radical, son refus de l’humanisme traditionnel et son ambiguïté morale en font un film difficile à appréhender.
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