Le 10 février 2026
Il est des livres qui ne racontent pas seulement une histoire, mais construisent un monde mental dans lequel le lecteur est invité à entrer, à s’égarer, parfois à vaciller. La grande collection, signé Denis Blanchot sous le nom de plume Lucifer, appartient à cette catégorie rare de romans qui se lisent comme une expérience intellectuelle autant qu’une fable.
- Editeur : Texte auto-édité - L.-J. Wagner, 2022
- Genre : Roman & fiction, Roman
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 12 janvier 2026
- Plus d'informations : Commander sur Amazon
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Résumé : Il a commencé très jeune. Tout ce qu’il vivait méritait d’être conservé, classé, ordonné. Souvenirs, pensées, émotions, instants minuscules ou révélations fulgurantes : rien ne devait disparaître. De cahier en cahier, de classement en reclassement, sa collection s’est étendue, affinée, complexifiée. Jusqu’au jour où l’évidence s’impose : il ne s’agit plus seulement de conserver le passé, mais d’embrasser le réel dans toutes ses dimensions. Alors naît le projet d’une œuvre totale. Une collection absolue, capable d’englober le temps, la mémoire, le langage — et peut-être la vie elle-même. Mais à mesure que l’entreprise grandit, une question surgit : qui collectionne qui ? L’homme façonne-t-il encore son œuvre, ou devient-il l’un de ses éléments ? Lorsque l’ordre devient obsession, que reste-t-il de l’humain, du doute, de l’oubli ?
Critique : Au centre du récit se tient une figure fascinante et inquiétante : le Grand Collectionneur. Dès l’enfance, celui-ci éprouve le besoin irrépressible de tout conserver, classer, ordonner. Les souvenirs, les pensées, les émotions, les événements : rien ne doit échapper à la logique de la collection. Ce qui pourrait relever d’un simple trait de caractère devient peu à peu une vocation totale, puis une obsession, jusqu’à se transformer en projet démesuré : bâtir une collection absolue, capable d’englober le réel dans toutes ses dimensions.
Le texte avance par strates, par accumulations successives, à l’image même de l’entreprise qu’il décrit. Denis Blanchot déploie une langue dense, précise, volontiers conceptuelle, qui épouse la mécanique mentale de son personnage. Le lecteur est entraîné dans un mouvement de pensée continu, où l’organisation rationnelle du monde bascule progressivement vers une forme de vertige. La collection cesse d’être un outil : elle devient une entité autonome, presque vivante, un système qui pense, se développe et se nourrit de lui-même.
Sous cette fable apparemment abstraite se dessine une réflexion profondément contemporaine. La grande collection interroge notre rapport à l’accumulation — des savoirs, des données, des traces — et à l’illusion de maîtrise qui l’accompagne. À travers le destin du Grand Collectionneur, le roman questionne la tentation de tout archiver, de ne rien laisser disparaître, au risque de perdre ce qui fait l’expérience humaine : le doute, l’oubli, la fragilité.
Loin d’un simple exercice théorique, le livre parvient à maintenir une tension narrative réelle. On y perçoit peu à peu l’isolement du personnage, son retrait du monde, la confusion croissante entre son œuvre et sa propre existence. À mesure que la collection grandit, l’homme semble se dissoudre en elle, jusqu’à ne plus savoir s’il en est l’auteur, le gardien ou l’un des éléments. Roman exigeant, parfois vertigineux, La grande collection ne se livre pas immédiatement. Il demande du temps, de l’attention, une certaine disponibilité intellectuelle. Mais il offre en retour une lecture stimulante, dérangeante et profondément singulière. Denis Blanchot y signe une œuvre inclassable, à la croisée de la littérature philosophique et de la fiction spéculative, qui résonne longtemps après la dernière page, comme une mise en garde discrète face à nos propres obsessions de classement, de contrôle et de mémoire totale.
168 pages - 8 € (broché)
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