Le 8 février 2026
Le dernier film de Guitry est certes un ouvrage mineur, qui a plutôt mal vieilli. Mais on retrouve la griffe du maître au détour de plusieurs séquences et par l’esprit de mise en abyme.
- Réalisateur : Sacha Guitry
- Acteurs : Darry Cowl, Michel Simon, Julien Carette, Robert Dalban, Philippe Nicaud , Pauline Carton, Jane Marken, Émile Genevois, Clément Duhour, Sophie Desmarets, Jean Rigaux, Christian Méry
- Genre : Comédie policière
- Nationalité : Français
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 1h25mn
- Date de sortie : 17 mai 1957
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Résumé : Un acteur a été assassiné à Montmartre durant le tournage d’une comédie farfelue. Le commissaire Bernard est aussitôt chargé de l’enquête mais ses investigations piétinent jusqu’au jour où l’on découvre que le crime a été filmé...
Critique : Après le brillant et méconnu Assassins et voleurs (1956), qui avait révélé à l’écran le duo Poiret-Serrault, Sacha Guitry devait réaliser avec Les trois font la paire son dernier film. Malade (il décédera quelque temps après la sortie en salles), Guitry dut s’absenter pendant une grande partie du tournage, celui-ci ayant été coordonné par le comédien Clément Duhour, qui par ailleurs joue le rôle d’un caïd de la pègre.
On peine à trouver tout de suite dans cet ultime opus la grâce et la saveur du cinéma de Guitry, réputé comme dialoguiste hors pair, moraliste désabusé et maître d’un « cinéma de la parole » dont Marcel Pagnol ou, aux États-Unis, un Mankiewicz, ont été quelques-uns des représentants. Le scénario, écrit directement pour le grand écran par Guitry (qui comme chacun sait, était aussi un dramaturge à succès), pêche par un manque de profondeur, loin des réussites éclatantes du maître, de son chef-d’œuvre Le roman d’un tricheur (1936) à la fantaisie historique Si Versailles m’était conté (1954), en passant par La vie d’un honnête homme (1953), également interprété par Michel Simon, et qui abordait déjà le thème de la gémellité, sentant ici le réchauffé. Guitry présente lui-même l’ébauche du scénario après le générique, filmé en plan fixe à son bureau, alors qu’il apparaît fatigué et amaigri, loin de la prestance du comédien du Diable boiteux.
Qu’en est-il du synopsis ? Il adopte au premier abord une structure chorale, en suivant trois couples à leur réveil au petit matin. Un commissaire de police (Michel Simon) recherche la gloire, soutenu par son épouse (Pauline Carton) qui aimerait qu’il endosse le statut d’un Maigret. Un acteur de seconde zone (Jean Rigaux) rejoint son lieu de tournage, tandis que sa femme (Jane Marken) souhaiterait obtenir un petit rôle. Pendant ce temps, un mauvais garçon (Philippe Nicaud) quitte une fille de joie (Sophie Desmarets) avec laquelle il a passé la nuit. Après une séquence de pourparlers entre truands, nous assistons à un meurtre perpétré sur le tournage d’un film réalisé par un cinéaste farfelu (Darry Cowl), en plein Paris...
Adoptant le ton de la comédie policière, mais déviant peu à peu vers la noirceur, Guitry peine à assurer la cohérence d’un matériau qui abuse des quiproquos invraisemblables, à l’image de cette fausse bonne idée du sosie de deux frères jumeaux, à l’origine du titre du film. La mise en scène, statique et manquant de rythme, surtout dans la première demi-heure, fait davantage penser aux poussives comédies d’un Michel Boisrond qu’à la fulgurance de l’habituel Guitry, ici empêtré dans un dispositif boulevardier.
Et pourtant, sans adopter à la lettre la politique des auteurs, on peut trouver aux films des qualités. Guitry reste subtil dans ses mises en abyme, et pas uniquement en raison de ses deux apparitions en tant que narrateur. C’est le procédé du « film dans le film », rare à l’époque, qui est ici habilement utilisé, surtout quand on apprend qu’une caméra a enregistré la scène du crime, et que celui-ci sera montré sur un écran de cinéma, tout en étant l’objet de photos pour l’enquête. Certes, ces séquences des Trois sont la paire ne sont pas Blow Up, mais confirment l’effet de décalage souhaité par le réalisateur, qui n’hésite pas, pour donner un autre exemple, à faire citer le nom de Michel Simon (l’acteur) à certains des protagonistes ; ou à filmer avec habileté le spectacle de deux clowns, suivi du démaquillage de l’un des deux, pour un saisissant effet de faux-semblants. Ces atouts font que ce long métrage certes imparfait mérite d’être découvert par les cinéphiles qui connaissent déjà les œuvres antérieures de Guitry. Signalons aussi la pittoresque galerie de seconds rôles, chers au cinéma français en noir en blanc. Outre certains interprètes précités, on pourra apprécier les pittoresques apparitions de Julien Carette en cafetier véreux ou Robert Dalban, policier en service même quand il sort avec sa famille.
Le film fut un échec commercial pour la firme Gaumont et sera rarement visible par la suite.
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