Celle qui voulait se souvenir
Le 18 octobre 2026
Parce que chacune de ses images célèbre l’intelligence, l’imaginaire et la sensibilité des enfants, témoins silencieux et impuissants des violences du monde, Le Mystère Lucy Lost est de ces films d’animation devenus aujourd’hui exceptionnellement rares. Un petit miracle.
- Réalisateur : Olivier Clert
- Genre : Animation, Film de guerre, Film pour enfants, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français
- Distributeur : Le Pacte
- Durée : 1h29mn
- Âge : À partir de 6 ans
- Date de sortie : 28 octobre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2006, Festival d’Annecy 2026
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Résumé : Lucy vit avec sa famille dans un village sur une petite île isolée. Ses dons extraordinaires suscitent le rejet des habitants. Lorsqu’elle rencontre Milly - une petite fille qu’elle seule peut voir - Lucy embarque dans une grande aventure pour percer le secret de ses mystérieux pouvoirs.
Critique : Premier long-métrage d’Olivier Clert et dernier né du studio Xilam, consacré notamment par le Cristal du long-métrage au Festival d’Annecy et le César du meilleur film d’animation pour J’ai perdu mon corps de Jérémy Clapin, Le Mystère Lucy Lost est librement adapté du roman d’un monument de la littérature jeunesse : Michael Morpurgo, dont plusieurs livres (…) ont déjà été portés à l’écran : on se souvient des films Le Royaume de Kensuké et Cheval de Guerre.
Situé en 1915 sur une petite île du sud de l’Angleterre, le récit suit le parcours initiatique de Lucy, une jeune fille aux cheveux blancs prise de visions surnaturelles et ostracisée par les autres habitants, alors que le conflit entre les armées allemande et britannique fait rage.

- © 2026 - Xilam-Films - Xilam-Animation
Avec ce récit d’enfance, entre chronique historique et conte initiatique fantastique, Xilam confirme une nouvelle fois l’exceptionnel savoir-faire français en matière de cinéma d’animation et renforce, pour la plus grande satisfaction des cinéphiles, son statut anticonformiste dans une industrie de plus en plus balisée par les blockbusters américains.
À l’inverse de nombreuses productions contemporaines, ponctuant même les récits dramatiques de joutes verbales ou de situations cocasses, Le Mystère Lucy Lost revient à la formule qui, dès la fin des années 1980, fit entrer les studios Disney dans leur second âge d’or : des histoires poignantes, parfois violentes ou élégiaques, à l’heure où toute émotion négative semble devoir être proscrite des films d’animation pour ne pas diviser le public familial.
Voilà donc enfin une œuvre à hauteur d’enfant jamais infantilisante, qui ose confronter les jeunes spectateurs à des événements douloureux, sans jamais tomber dans le pathos, la complaisance ou le racolage, le registre fantastique illustrant également la réalité des traumas que la guerre laisse derrière elle.

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D’une grande puissance onirique malgré son sujet difficile, le film consacre une importante part de sa narration à l’imagination des enfants, qui, grâce à elle, se préservent des horreurs de la guerre et de la colère des adultes. En attestent plusieurs séquences au fort pouvoir évocateur, où Lucy traverse la mer à cheval pour rejoindre son frère Alfie à l’école, joue du piano devant les autres enfants, court sur un globe-terrestre, s’évade à Central Park ou sur un grand paquebot de croisière avec Milly, son amie qu’elle seule peut voir et entendre.
Paradoxalement, c’est durant ces moments suspendus que Lucy et Milly évoquent la guerre, qui se rappelle régulièrement à elles : lorsque l’île est endeuillée par la mort du frère de Zeb, le meilleur ami d’Alfie, les habitants jettent l’opprobre sur Lucy, l’accusant d’être une sorcière et de porter le mauvais œil sur la communauté, ses visions continuant de se manifester alors même qu’elle ne se rappelle rien de sa vie avant la guerre. « Tes visions sont ton trésor », répète toutefois Mary à sa fille.
La dimension fantasmagorique permet alors au récit de remonter le fil des souvenirs de l’héroïne, ponctuant l’intrigue d’indices subtilement distillés : les cauchemars de Lucy, sa vision d’un officier allemand, les morceaux qu’elle joue au piano, sa découverte d’une veste militaire… « Les souvenirs, c’est comme les baleines ou les oiseaux migrateurs, dit Alfie à sa sœur : ils s’en vont pour se mettre à l’abri, mais ils finissent toujours par revenir. » Ainsi les visions et les souvenirs de Lucy deviennent-ils une formidable allégorie du refoulement, et donnent, dans la dernière partie du film, tout son sens à cette bouleversante histoire. Une histoire simple et complexe, originale et audacieuse, servie par une direction artistique qui l’est tout autant.

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Ces dernières années, nombre de films d’animation en images de synthèse se sont parés de couleurs frôlant parfois la composition psychédélique. Essentiellement réalisé en animation 2D, Le Mystère Lucy Lost privilégie une photographie douce et naturelle : les scènes d’intérieur aux forts contrastes, où les rayons du soleil filtrent à travers les fenêtres, et les scènes de jour en extérieur, dont les décors et la lumière retranscrivent fidèlement le climat nord-atlantique des îles Scilly. La mise en scène réalise une parfaite harmonie entre les personnages aux designs stylisés et les paysages marins en peinture numérique.
Alors que les plans courts et les montage épileptiques gagnent du terrain, le film, assez peu découpé, se distingue par son rapport des images à la durée, laissant au spectateur le temps nécessaire à l’assimilation de la composition de chacun de ses plans.
La musique d’Anne-Sophie Versnaeyen s’inscrit dans cette même logique, utilisant des gammes d’instruments spécifiques selon la cadence, l’enjeu et la portée émotionnelle de chaque séquence, et accompagnant brillamment ce long-métrage dense et rythmé.
Grand film d’animation aux thématiques plus que jamais d’actualité, remarquablement écrit et réalisé, Le Mystère Lucy Lost plante une étoile lumineuse au milieu du réel.

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