Alger, mon amour
Le 10 octobre 2026
Petite casbah est un joli film en forme de devoir de mémoire, quand il semble encore aujourd’hui compliqué de réaliser des œuvres de fiction sur la colonisation française en Algérie.
- Réalisateur : Antoine Colomb
- Genre : Aventures, Animation, Film pour enfants
- Nationalité : Français, Belge
- Distributeur : Les Films du Préau
- Durée : 1h24mn
- Âge : À partir de 6 ans
- Date de sortie : 14 octobre 2026
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Résumé : Algérie, juin 1955. Khadidja quitte la Kabylie pour rejoindre son grand frère Malek à Alger. Suite à une altercation au marché, il se fait arrêter par la police et Khadidja se retrouve seule. Heureusement, Lyes, Ahmed et Philippe vont tout mettre en œuvre pour l’aider à retrouver Malek. Depuis les toits de la casbah, les quatre enfants mènent l’enquête.
Critique : Outre-Atlantique, les grands films de cinéma sur la guerre du Vietnam ont un large catalogue. Difficile d’en dire autant en France tant, près de soixante-cinq ans après la déclaration d’indépendance de l’Algérie, les relations entre ancien colonisateur et ancienne colonie restent tendues.
C’est dans ce contexte de tension diplomatique entre Paris et Alger, dont l’apaisement semble timidement s’amorcer, que sort Petite casbah, un récit à hauteur d’enfants, adapté de la mini-série créée par Alice Zeniter et Alice Carré, les scénaristes du film, et diffusée sur France Télévisions en 2024. Un récit à hauteur d’enfants, qui trouve un juste équilibre entre chronique sociale et thriller politique.

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La petite casbah, c’est cette cabane sans toit où vit Lyes, jeune cireur de chaussures, et où le rejoignent ses deux amis, Ahmed et Philippe, pour échapper, quelques heures durant, aux tensions qui gangrènent le territoire jusque sur les bancs de l’école pour garçons où ils sont scolarisés.
En plaçant la diégèse de l’œuvre quelques mois seulement après les attentats perpétrés par le FLN le 1er novembre 1954 (connu aujourd’hui sous le nom de Toussaint rouge), c’est à un point de bascule de historique que Zeniter et Carré développent l’intrigue de Petite casbah : les inégalités n’ont jamais été aussi profondes entre colons français et natifs algériens ; les tensions avec la police, qui constituent l’élément déclencheur de toutes les péripéties du film, s’accentuent chaque jour davantage et, alors que la résilience a déjà gagné les consciences de nombreux citoyens, la résistance, qui occupe une place de choix dans l’histoire du film, se renforce, se consolide, s’étend.

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Et pourtant, les quatre enfants protagonistes conservent, d’un bout à l’autre du métrage, des relations sociales et para-sociales en forme de lumière. S’ils se prennent de plein fouet la violence de la réalité du monde, ils sont toujours les seuls pour qui cette violence n’a pas lieu d’être, accueillant souvent les autres tels qu’ils sont : on ne naît pas violent, haineux ou raciste, on le devient.
Malgré un tandem good cop-bad cop stéréotypé, notamment Louis, cliché du policier raciste et colonialiste, les caractères et les comportements très nuancés des personnages font la pertinence du scénario : Kadidja, bien qu’insouciante, s’émancipe par l’apprentissage de la lecture ; aîné d’une famille de cinq enfants, Ahmed dessine des croquis en rêvant de devenir architecte ; Philippe s’échappe de son quotidien bourgeois en cultivant sa passion pour la boxe et Lyes érige sa liberté en doctrine de vie alors même qu’il ne mange pas à sa faim. D’origines et de cultures différentes, ces quatre-là se rejoignent cependant dans les petits bonheurs anodins que leur offre leur amitié dépourvue de tout préjugé. Même Guy, fils de policier français, exprime, sous son apparente confiance en lui et son discours nationaliste, un mal-être sourd face à l’indifférence de son père et un attachement profond à la ville d’Alger.

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Tous ces conflits, sociaux, politiques et psychologiques sont joliment mis en scène dans un décor méditerranéen chaleureux.
Si l’animation est un peu raide, détaillant sommairement les mouvements des corps, il convient de souligner le remarquable travail photographique : on distingue les rayons du soleil caressant les visages d’une légère surexposition, accentuant certaines expressions, et les ombres marquées dessinant des formes géométriques sur les murs. Les motifs détaillés et les couleurs chatoyantes de l’architecture locale contribuent au renforcement de l’immersion dans l’Alger des années 1950. Sans oublier la très belle bande originale de Xavier Thiry, qui achève de donner du relief à la mise en scène.
Si les programmes scolaires français préservent encore trop la jeunesse de ce que fut la colonisation de l’Algérie par la France et la guerre qui mena à son indépendance, nul doute que militants, historiens et descendants de Pieds-noirs et d’immigrés Algériens s’empareront de l’humaniste Petite casbah.

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