Le 20 septembre 2026
Portrait vibrant de l’une des personnalités les plus controversées de la télévision américaine, Primetime marque les débuts convaincants de Lance Oppenheim dans la fiction.
- Réalisateur : Lance Oppenheim
- Acteurs : Anna Faris, Robert Pattinson, Sean Bridgers, Bokeem Woodbine, Tony Revolori, Merritt Wever, Skyler Gisondo, Phoebe Bridgers
- Genre : Drame, Biopic, Policier
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Durée : 1h47mn
- Date de sortie : 23 septembre 2026
- Festival : Festival de Venise 2026
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Résumé : En 2006, Chris Hansen, le présentateur de l’émission "To Catch a Predator", entreprend de marquer l’histoire de la télévision.
Critique : Après avoir lui-même filmé le réel dans de nombreux documentaires, Lance Oppenheim choisit malicieusement une star de téléréalité américaine comme sujet de son premier film de fiction. Il nous plonge dans l’esprit de Chris Hansen, présentateur de l’émission de NBC To Catch a Predator, à l’apogée de son succès dans la deuxième moitié des années 2000. Devenu populaire à travers les États-Unis en piégeant des pédophiles sur Internet et en les démasquant à la caméra, Chris Hansen doit constamment se renouveler pour maintenir l’audimat, tout en menant à bien sa croisade morale contre les prédateurs sexuels du pays.

- © 2026 Metropolitan Films. Tous droits réservés.
Chris Hansen, son personnage comme son acteur (Robert Pattinson), dévore totalement le film ; ses contradictions et ses obsessions sont un des moteurs de l’intrigue. Tantôt terrible redresseur de torts, tantôt homme-enfant capricieux, il est peint par Oppenheim comme un homme tout en contrastes, en équilibre sur une corde raide entre proie et prédateur. Se sentant investi d’une mission mystique contre un mal ancestral, contre les monstres sous les lits des enfants, il est également un entertainer opportuniste qui cherche une histoire toujours plus choquante à raconter. C’est ainsi le paradoxe du présentateur qui trouve toujours un sujet quand il en cherche, qui influence le réel au lieu d’en rendre compte. Face aux hommes qu’il piège pour la télévision, il est une menace, une force vengeresse et implacable. La chasse, la capture et l’humiliation de ces hommes sont une source de plaisir évidente pour Hansen mais aussi pour ses spectateurs. Il est absolument répugné par ces pédophiles, qu’il ne supporte pas de toucher et qu’il ne peut envisager sans les détruire. Cependant, il emprunte leur vocabulaire pour son émission, apprend leurs comportements pour mieux les chasser et se fait lui-même prédateur. On peut également le voir dans sa relation avec les acteurs de l’émission, jouant de jeunes appâts adolescents : il exerce sur eux une influence et même un contrôle, les pousse toujours plus loin pour le bien de sa quête purificatrice.
Primetime parvient assez bien à décrire les mécaniques en jeu dans l’émission : la dimension cathartique, le miroir tendu à la société américaine mais aussi le rituel d’humiliation voyeuriste qui n’apporte aucune solution à des drames sociaux. To Catch a Predator, à l’image de son créateur, est une occasion de révéler l’ampleur du problème pédophilique aux États-Unis, mais c’est aussi une dramatisation, une exploitation de cette souffrance et de la peur des millions de parents qui regardent la télévision. Le film critique la paranoïa et la violence encouragées par l’émission ; il montre aussi l’engouement de policiers texans pour Hansen qui donne, selon eux, une bonne image de l’institution. On notera au cours du récit les mentions de guerres menées par les États-Unis, qui résonnent au niveau mondial avec la démarche d’Hansen. En bon Américain, il voit le monde de façon binaire : vous êtes avec lui ou contre lui, vous êtes contre les pédophiles ou avec les pédophiles. C’est au nom de cette lutte qu’il s’auto-habilite à rendre la justice.
Cependant, Primetime n’apporte pas beaucoup de nouveauté dans son analyse de la téléréalité : on sait depuis longtemps que la moralité de ces programmes est souvent très discutable, on en connaît la dimension voyeuriste et l’on aurait apprécié aller plus loin dans l’analyse du phénomène spécifique qu’était To Catch a Predator. De plus, en ce qui concerne Hansen, le film laisse tant la place à l’interprétation qu’on ne voit pas vraiment quel propos il construit à son sujet. L’ambiguïté de ses motivations n’est pas assez maintenue tout au long du film pour vraiment contenir un propos.

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En termes de réalisation, le grain baveux de l’image donne une véritable identité visuelle au long métrage, comme s’il coulait hors de l’écran et jusque sous nos pieds, témoignant de la contamination du mal qui obsède Hansen. On note également le bleu de la lumière des écrans éclairant à de nombreuses reprises le visage d’Hansen, le symbolisant. Là où il se perçoit comme un combattant de la lumière, du bien, Oppenheim le classe comme appartenant au camp mercantile de la trash TV des années 2000.
Néanmoins, on aurait aimé que le réalisateur nous enferme beaucoup plus dans le dispositif, le cadrage, le montage et, plus généralement, le langage visuel de To Catch a Predator, afin de pousser au maximum le mimétisme esthétique en tant que fictionnalisation d’une représentation du réel. De plus, le film choisit un rythme assez répétitif avec une trop grande profusion de montages représentant l’effervescence dans l’équipe d’Hansen, que l’on a très bien comprise la première fois.
Ainsi, Primetime est une bonne représentation de Chris Hansen et de son émission polémique, constamment dans une zone grise de la morale et de la déontologie. Le film présente la vision d’un personnage charismatique et assez fascinant, qui doit grandement à l’interprétation impressionnante de Pattinson, mais n’est pas assez consistant avec ses motivations qui sont pourtant au cœur du récit. Sa critique de la téléréalité est assez commune et déjà vue et ne s’intéresse pas assez à la spécificité de la chasse au pédophile comme un divertissement à heure de grande écoute. Revisiter le succès de To Catch a Predator à une époque où le grand public a conscience des crimes subis chaque jour par des centaines d’enfants, où le pédophile est devenu une figure de peur universelle, n’est pas dénué d’intérêt. Le film trouve ainsi de troublantes résonances dans l’actualité. Aujourd’hui, on peut trouver les héritiers de Chris Hansen se filmer sur des plateformes de streaming en ligne telles que Twitch ou Kick, utiliser les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et des faux profils d’enfants afin de piéger des pédophiles en live, allant parfois jusqu’au tabassage extra-légal. Les spectateurs peuvent être amenés, comme Hansen en son temps, à déplorer une justice défaillante en matière de protection des enfants, au risque de voir la vengeance se substituer à la justice. En mettant en avant ces parallèles tout en préservant la singularité de sa proposition initiale, Primetime tient finalement ses promesses.
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