Le 15 septembre 2026
Le grand retour de Takashi Miike avec ce drame judiciaire oppressant, qui transcende son matériau inspiré d’un fait divers pour proposer une vision glaçante des rapports humains.
- Réalisateur : Takashi Miike
- Acteurs : Kō Shibasaki, Fumino Kimura, Tamae Ando, Ken Mitsuishi, Gō Ayano, Kazuya Kamenashi, Kaoru Kobayashi
- Genre : Drame, Thriller, Film de procès
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Art House Films
- Durée : 2h09mn
- Date de sortie : 16 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Seiichi Yabushita, instituteur respecté, est accusé par une mère d’avoir harcelé et humilié son fils. Très vite, la machine s’emballe. Médias, rumeurs, opinion publique : chacun impose son récit. Yabushita est alors pris dans une spirale où la vérité n’est plus qu’une version parmi d’autres.
Critique : Takashi Miike est un réalisateur prolifique, mais dont la carrière a connu des hauts et des bas. On a surtout en mémoire la trilogie Dead or Alive et plusieurs autres pépites comme Gozu, révélatrices d’un cinéma mêlant, dans une vision transgressive, violence, burlesque et parfois fantastique. Sham pourra induire en erreur et laisser penser, via plusieurs éléments, dont la bande-annonce, que le film épouse un style plus retenu et une narration classique, le scénario étant basé sur un livre-enquête relatif à un fait divers qui avait défrayé la chronique au Japon. Au début des années 2000, un instituteur respectable avait été accusé de harcèlement moral et de racisme envers l’un de ses jeunes élèves par la mère de l’enfant. Et le réalisateur de déclarer : « Le reportage de Masumi Fukuda, qui a servi de base au film, était vraiment fascinant. Il s’agit d’une histoire incomplète, composée uniquement d’éléments épars. C’est un aspect qui m’a particulièrement touché et que j’ai bien compris. Suivre une affaire, c’est suivre des personnes, et j’ai vraiment apprécié le respect dont faisait preuve l’autrice envers les personnes concernées. Je me suis dit que si je m’inspirais de ce reportage pour réaliser un film, cela serait acceptable. Il est assez difficile de transposer tel quel un reportage dans un film, mais j’ai essayé de le faire de la manière la plus objective et neutre possible. »

- © 2025 SHAM Film Partners / Art House. Tous droits réservés.
Mais, loin de déployer un énième « dossier de l’écran » didactique et linéaire, Takashi Miike adopte, dans sa première partie, un récit déstructuré et en flash-back, dévoilant successivement le point de vue de la mère puis celui de l’enseignant. Le procédé a certes été utilisé maintes fois à l’écran, depuis le fulgurant Rashomon, mais suscite ici une réelle fascination, tant le spectateur doute pendant une grande partie de la projection. Un professeur pervers narcissique a-t-il trouvé un bouc émissaire, abusant en outre de la confiance d’une brave femme honnête ? Ou bien un enseignant est-il victime des agissements de parents d’élèves malveillants voulant lui faire porter la responsabilité des mauvais traitements qu’ils infligent à leur enfant ? L’ambiance de mystère et de paranoïa est admirablement traduite par des séquences oppressantes, d’une beauté froide et hautaine, comme lors de la visite nocturne du professeur pour un rendez-vous de bilan pédagogique, sous une pluie battante. Le suspense inhérent au semi-thriller qui s’installe ensuite ne tombe jamais dans l’esbroufe ni dans le piège du scénario malin, même si l’écriture se révèle incisive et implacable.

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Bien évidemment, on peut inscrire le long métrage dans tout un courant récent d’œuvres ayant traité le cas d’enseignants mis en cause, mais il est davantage proche du vertige visuel et psychologique de L’innocence que des démonstratifs — au demeurant respectables — Pas de vagues ou La salle des profs. En d’autres termes, ce sont moins les questions de la présence de professeurs hypocrites et manipulateurs et celle de parents d’élèves toxiques — réelle dans les deux cas, bien qu’heureusement minoritaire — qui intéressent Miike, que le prétexte pour en faire matière à une description sans concessions de la noirceur humaine. Il n’est pas superflu d’ajouter que le casting est impérial, de Gō Ayano en pédagogue faussement naïf à Kō Shibasaki en mère troublante et impassible, en passant par de succulents seconds rôles, comme Kaoru Kobayashi en avocat de la défense rusé.
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