Le 26 octobre 2026
Plus qu’un documentaire, Supplique à nos fantômes est une immersion aussi douloureuse que poétique dans l’intimité sensible de la maltraitance infantile et de la violence intrafamiliale.
- Réalisateur : Xavier Pestuggia
- Acteur : Guillaume Gallienne
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Distributeur : Bobine Films
- Durée : 1h11mn
- Âge : Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs
- Date de sortie : 28 octobre 2026
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Résumé : Marqué par une enfance traumatique et une mère l’ayant fait vivre sous son emprise, le réalisateur Xavier Pestuggia entreprend de raconter son passé en croisant son histoire à celle d’Andrea, une jeune femme qui a également connu de son côté une relation étouffante avec sa propre figure maternelle. Leurs voix se rencontrent, se frôlent et s’interrogent sur la possibilité d’endiguer cette violence avec laquelle ils doivent composer depuis leur plus jeune âge...
Critique : Entre Xavier et Andréa, il s’agit de bien plus qu’une rencontre amicale entre deux êtres. C’est la rencontre de deux destins, de deux histoires de vie, où la maltraitance familiale a constitué le traumatisme originel, dans l’indifférence générale. Supplique à nos fantômes prend appui sur les confidences d’Andréa, ponctuées de quelques souvenirs du cinéaste lui-même, comme autant d’incises au cœur du récit des violences psychologiques et physiques que la jeune femme a subies. On pourrait craindre une œuvre empreinte de voyeurisme, ou une sorte de documentaire télévisuel convenu, qui se complairait à recueillir les confidences d’adultes ayant subi les coups de leurs parents. Il n’en est rien. Supplique à nos fantômes est avant tout une œuvre très écrite, très dense, où résonnent en arrière-plan les échos poétiques d’un certain Baudelaire ou d’un certain Flaubert.

- Copyright Bobine Films
En incorporant au film des dessins animés et en alternant la couleur et le gris, Xavier Pestuggia confère à son récit personnel, comme à celui d’Andréa, une dimension quasi littéraire. La beauté s’invite dans les longs passages récitatifs de la narration, mais aussi dans le gros plan d’un pan de forêt ou dans le grain de la peau de cette femme qui se confie à la caméra. C’est à Guillaume Gallienne que le réalisateur confie la mission d’accompagner le film. L’idée est ingénieuse, tant cette voix si reconnaissable se prête à l’exercice de la lecture. On se souvient des heures durant lesquelles le comédien lisait de grandes pages de la littérature sur France Inter. Le récit qu’il déroule ici est plus humble, plus intime, mais tout aussi pétri d’un goût absolu du mot juste.
Dès les premières séquences, Xavier Pestuggia éclaire le sens de son titre. Le récit d’Andréa est profondément empreint de mysticisme, marqué par d’étranges apparitions qui évoquent des fantômes. Elle s’aventure dans des détours spirituels où la réalité semble lui échapper au moment même où elle raconte son histoire. De son côté, le cinéaste évoque sa découverte de l’homosexualité à travers la rencontre d’un autre fantôme, Gilles, dont il tombe secrètement amoureux. Les deux récits se heurtent, se complètent et s’opposent, dans un dialogue où la poésie et la tentation du Verbe prennent le pas sur la violence de leurs vécus respectifs.

- Copyright Bobine Films
Supplique à nos fantômes n’est jamais pesant, malgré la profondeur et la dureté des parcours de vie respectifs de ses protagonistes. Le film décrit en réalité la manière dont chacun, lorsqu’il a grandi dans un environnement toxique, peut devenir complice de sa propre maltraitance. Le documentaire invite ainsi à dépasser les apparences et à trouver dans la création artistique la possibilité d’une existence nouvelle et digne.
On apprend beaucoup sur les mécanismes de la violence conjugale. Andréa montre avec pudeur et fermeté comment, après une enfance traumatisante, elle s’est laissée entraîner dans la spirale de la violence aux côtés d’un conjoint abusif. Le film prend alors une dimension supplémentaire, comme un appel adressé à chaque spectateur à affronter les fantômes qui hantent son enfance. C’est aussi un récit où la résilience constitue un véritable moteur de vie. On découvre avec émotion que, malgré les traumatismes du viol et de la maltraitance, le bonheur reste possible. Encore faut-il trouver, au cours de son existence, l’occasion de changer son regard sur le monde et le cours des choses.
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