Le 3 septembre 2026
Malgré le sujet grave, Jean Boiron-Lajous réussit à faire de cette excursion sur les traces d’une enfance traumatique un petit joyau solaire et joyeux.
- Réalisateur : Jean Boiron-Lajous
- Acteur : Christine Dancausse
- Genre : Documentaire, Road movie
- Nationalité : Français
- Distributeur : Alchimistes Films
- Durée : 1h18mn
- Date de sortie : 2 septembre 2026
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Résumé : Le réalisateur propose un road movie à Christine, sa meilleure amie : traverser le sud de la France à la recherche d’une lettre d’adieu laissée par son père – et peut-être d’une forme d’acceptation du comportement tyrannique de sa mère. Mais rien ne se passe comme prévu. Des rencontres et des embûches transforment cette odyssée introspective en un voyage tragi-comique.
Critique : La protection de l’enfance est un sujet qui occupe de plus en plus le cinéma et de surcroît l’actualité. Une fois de plus, au lieu d’en percevoir les atouts, le documentaire de Jean Boiron-Lajous décrit les ratages d’un système dont les traces ne s’effacent jamais dans la vie des adultes. Pour en parler, le cinéaste emprunte le genre déjà bien codifié du road movie, lui-même et son amie Christine partant chacun à leur manière à la recherche des mots qui ont scellé la disparition de leur père respectif. Celui de Jean s’est suicidé, tandis que celui de Christine est décédé d’un cancer du poumon, faisant alors resurgir chez elle le traumatisme d’une maltraitance répétée, dans l’indifférence consternante des institutions et des adultes qui l’entourent. Il lui faudra attendre l’âge de seize ans et le signalement effectué par un professeur d’histoire-géographie pour qu’enfin sa souffrance d’enfant soit entendue.
Jean Boiron-Lajous donne surtout la voix à son amie, la comédienne et journaliste Christine Lancausse, qui se livre, non sans un certain sens de l’autodérision, à ce portrait croisé de deux cabossés de la vie. L’humour domine dans un sujet qui aurait pu pourtant céder aux sirènes de la gravité et du psychodrame. Le montage, les séquences filmées, les situations se plaisent à dédramatiser le sujet douloureux de la maltraitance et du deuil inconsolable de l’un de ses parents. On trouve beaucoup de pudeur dans ce voyage à deux, à bord d’une décapotable en sale état, mais aussi beaucoup de joie au fil des rencontres qui se tissent jusque dans le sud de la France. Christine retrouve la tombe de son père, puis trouve refuge chez une amie elle-même abîmée par son histoire, avant de partir à la recherche de sa mère maltraitante, qui détiendrait une lettre de son père à lui remettre. Le cinéaste et l’actrice ressemblent à deux naufragés de la vie, qui tentent, par la création, de dépasser les traumatismes anciens.

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On se souvient du film précédent de Jean Boiron-Lajous Hors système, qui décrivait les errances du service public à travers des personnes qui partagent leur quotidien dans une grande demeure. De nouveau, le réalisateur pénètre l’intimité heureuse et malheureuse d’un personnage, tout en dénonçant les dysfonctionnements de l’autorité judiciaire en matière de protection de l’enfance. Le propos se veut donc autant militant que sentimental. Mais il réussit à rendre les choses plus légères, plus aériennes, ce qui renforce paradoxalement la gravité de l’enjeu.
Le documentaire navigue avec subtilité entre la fiction et le réalisme. Le montage joue avec pertinence sur de fausses maladresses, comme pour renforcer l’aspect authentique du récit. Mais tout cela est très écrit, à la façon d’une autofiction où les protagonistes font de leur histoire personnelle une occasion de penser l’esthétique du cinéma. La musique, très drôle, accentue le côté décalé de cette œuvre dont le spectateur ressort avec le sentiment que si la maltraitance intrafamiliale est très tragique, elle permet à des personnages comme Jean et Christine d’exister sur un écran à la façon de deux héros d’une commedia dell’arte.

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Il faut noter le cadrage très soigné. Le réalisateur filme le sud de la France avec ses éclats de couleur jaune qui illuminent proprement l’écran. On pense à Rémi Lange qui parle beaucoup de lui dans une langue cinématographique forçant d’une certaine façon la sublimation du réel. Christine Lancausse connaît la caméra. Elle sait jouer avec les prises de vue et la lumière. Sa propre mise en scène produit un effet presque cathartique sur un passé douloureux mais, d’une certaine façon, déjà surmonté. Jean Boiron-Lajous demeure plus discret, préférant aux confidences le travail sur l’image, les couleurs et le son.
Gouffres et merveilles, dont le secret du titre se révèle au fil du documentaire, est très réussi. Signe de l’incontestable dynamisme du documentaire en France, genre auquel le distributeur Les Alchimistes s’attache depuis longtemps à en révéler toute la richesse.
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