Le 30 octobre 2026
Ce film puissant relate un procès qui a eu le double avantage de faire avancer d’un pas de géant le droit des femmes, mais aussi d’offrir un éclairage sur la personnalité contrastée de cette militante féministe que fut Gisèle Halimi.
- Réalisateurs : Lauriane Escaffre - Yvo Muller
- Acteurs : Cécile de France, Charlotte Gainsbourg, Marianne Basler, Marc Barbé, Florence Loiret-Caille, Grégory Gadebois, Farida Ouchani, Saül Benchetrit, Sarah Suco, Xavier Robic
- Genre : Drame, Historique, Film de procès
- Nationalité : Français
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 1h42mn
- Date de sortie : 4 novembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026, Effervescence Mâcon 2026
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Résumé : Novembre 1972. Au tribunal de Bobigny, un procès hors norme secoue la France entière. Marie-Claire Chevalier, seize ans, est accusée d’avoir avorté illégalement. À la barre se trouvent sa mère et toutes les femmes qui l’ont aidée. Leur avocate, Gisèle Halimi, fait un pari fou, insensé : elle leur demande de ne pas plaider coupable. Gisèle va faire ce qui n’a jamais été fait auparavant : accuser et attaquer la loi, au risque de tout perdre.
Critique : Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes 2026, puis au Festival du film francophone d’Angoulême, le film démarre par un plan sur celle par qui tout le mal est arrivé, celle qui a pratiqué l’avortement, alors considéré comme un crime en ce début des années 1970. Face aux juges, tous masculins, Micheline Bambuck (Florence Loiret Caille) fait amende honorable, baisse la tête, bafouille, rompue à la soumission patriarcale. À côté d’elle, Michèle Chevalier, la mère de Marie-Claire, campée par une Cécile de France magistrale dans ce rôle de pasionaria prête à prendre tous les torts à sa charge, louve majestueuse déterminée à protéger sa progéniture bec et ongles. Émouvant symbole de ces femmes qui, bien que peu ou mal considérées parce célibataires avec enfants, continuent d’avancer la tête haute. Cet amour maternel inconditionnel pèsera dans la décision de Gisèle Halimi de défendre cette famille, elle qui n’a connu qu’oppositions et conflits avec une mère tournée vers ses fils au point d’exiger que leur sœur leur soit entièrement dévouée.

- Crédit : Claudine Levanneur
- Festival film francophone d’Angoulême - Sarah Suco, Cécile de France
Tous les éléments sont ainsi rassemblés pour la reconstitution de cet évènement historique qui marque une réelle avancée dans la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse et représente une rupture inédite du système judiciaire. En effet, Gisèle Halimi, dans un grand mouvement d’inconscience ou de courage selon les points de vue, décide de faire le procès d’une loi qu’elle désigne comme la seule vraie responsable de ces actes jugés illégaux mais surtout injustes, et de transformer le débat en tribune publique. Le cœur du film bat au rythme de ce choix épineux. Soit avouer être hors la loi et une fois encore accepter une sentence abusive, soit ne rien lâcher et faire risquer à la mère de la jeune fille une peine de prison, incompatible avec son statut de mère isolée avec trois enfants à charge.

- Crédit : Claudine Levanneur
- Festival film francophone d’Angoulême - Cécile de France, Lauriane Escaffre
La conclusion de cette affaire est connue. Ce n’est donc pas du côté du suspense judiciaire que se situe l’intérêt, mais bien plutôt de la qualité de la plaidoirie qui en fait une œuvre obstinément militante. Avec force, les mots fustigent une justice exclusivement masculine, chargée de statuer sur le corps des femmes. Ils bousculent cette réalité effrayante qui permet aux femmes les plus fortunées d’avorter à l’étranger, tandis que les autres n’ont d’autre choix que de recourir à des méthodes dangereuses, au risque d’une peine de prison. Ils dénoncent également le cynisme du violeur qui accuse sa victime d’avoir eu recours à un acte judiciairement répréhensible. La mise en scène se fait sobre pour laisser toute la place aux interventions de personnalités de tous bords, ce qui confère à ce combat une réelle authenticité. Celui-ci ne s’égare jamais dans le pathos, grâce à la détermination de celle qui reste une figure essentielle du féminisme en France. Le récit n’hésite toutefois pas à décrire ses failles, ses doutes, son jusqu’au-boutisme et son besoin de briller en toutes circonstances. Il dresse ainsi le portrait d’un personnage aussi complexe qu’attachant, auquel Charlotte Gainsbourg, impressionnante de nuances, donne toute son humanité. Une reconstitution dont la pédagogie n’entrave pas l’efficacité tout en touchant au cœur tous ceux qui se réjouissent des causes justes.
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