Le 2 novembre 2026
Une volonté farouche mais inégale de replonger dans l’histoire d’une Algérie en proie à d’innombrables soubresauts.
- Réalisateur : Malek Bensmail
- Acteurs : Hiam Abbass, Ahmed Benaïssa, Nabil Asli, Raphaël Thiéry, Grégoire Monsaingeon, Dali Benssalah, Brahim Derris
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Suisse, Belge, Algérien, Saoudien
- Distributeur : Les Films des Deux Rives
- Durée : 1h46m
- Date de sortie : 4 novembre 2026
- Festival : Festival international du film de Rotterdam, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026, Sydney Film Festival 2026, Shangaï International Film Festival (SIFF) 2026, Moscow International Film Festival, Warsaw International Film Festival
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Résumé : Dans l’Algérie des années de plomb, sur fond de décennie noire, Kamel, jeune journaliste, tente de faire émerger une parole enfouie. C’est à Oran qu’il rencontre Haroun, un retraité solitaire, qui lui livre une histoire sidérante : il serait le frère de « l’Arabe » assassiné dans L’Étranger d’Albert Camus. Cet Arabe, dont le nom effacé était Moussa, devient alors le point de départ d’une relecture de l’Histoire, entre mémoire coloniale, silences familiaux et violence politique.
Critique : Malek Bensmaïl est un réalisateur algérien, surtout connu pour ses documentaires consacrés à l’histoire contemporaine de son pays, entre héritage colonial et aspirations démocratiques. Pour son premier long-métrage de fiction, il choisit d’adapter le roman de Kamel Daoud Meursault, contre-enquête, relecture postcoloniale de L’Étranger. Paru en 2013, ce livre donne enfin une identité à cet Arabe assassiné qu’Albert Camus n’a jamais nommé dans son ouvrage. Laisser la parole à Haroun, frère désormais âgé de Moussa mort dans l’anonymat, c’est rendre à la nation algérienne, bousculée entre colonisation, épisodes tragiques et luttes de pouvoir, sa langue, sa culture, sa religion. Pour rendre compte de cette mémoire complexe, la nécessité d’un récit fort, composé d’images et de témoignages, entre fiction et réalité s’impose bien vite à notre cinéaste.

- Crédit : Les Films des Deux Rives
Un alignement de corps allongés à même le sol. Des femmes qui pleurent un fils, un frère, un père.Des femmes qui pleurent un fils, un frère, un père. Des journalistes tentent de filmer pour informer sur cette guerre civile, appelée « décennie noire », qui, de 1992 à 2002, a causé la mort de cent cinquante à deux cent mille personnes. Ils se font rabrouer par la population. C’est par un biais inattendu que viendront les révélations, cœur battant de cette authentique chronique. En cette année 1996, dans un bar à Oran, Kamel (Nabil Asli) rencontre Haroun (Ahmed Benaïssa), un fonctionnaire à la retraite qui affirme être le frère Moussa, (Brahim Derris), l’homme sans nom du roman d’Albert Camus. S’engage alors entre le jeune journaliste et le vieil homme un dialogue fleuve sur plus de cinquante ans de l’histoire d’un pays qui, de la colonisation à l’indépendance, des balbutiements démocratiques aux années noires, n’en finit plus de se chercher une identité. Naviguant entre des images en noir et blanc évocatrices de l’Algérie coloniale et des plans plus larges et plus colorés qui n’excluent cependant pas la violence, le film délivre une large leçon d’histoire à la pédagogie assumée.

- Crédit : Les Films des Deux Rives
En rendant à son personnage oublié une existence, une famille (et particulièrement une mère) et une grandeur, il accorde à cette page historique sa juste part d’humanité, à laquelle la justesse de l’interprétation n’est pas étrangère. Si une fois encore Hiam Abbas déploie des trésors de sensibilité pour faire vibrer cette mère déchirée, Ahmed Benaïssa (dont c’est le dernier rôle) distille une abnégation émouvante à travers ce personnage en quête de rêve, tandis que Dali Benssalah (sous les traits d’Haroun jeune adulte) incarne avec force les désirs d’une jeunesse avide d’émancipation. Cependant, en privilégiant les échanges sur le présent entre Haroun et Kamel au détriment des événements politiques, juste assez abordés pour éveiller notre curiosité sans leur accorder le développement qu’ils auraient mérité, la narration crée un déséquilibre frustrant. Il n’en reste pas moins que ce film présente l’avantage de soulever juste assez le voile du silence pour nous interroger sur la véritable identité et sur les zones d’ombre de ce pays d’Afrique du Nord qui n’en finit pas de s’envelopper dans des secrets trop souvent tus.
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