Le 31 août 2024


- Scénaristes : Thomas Guénolé>, Gwenn>
- Dessinateur : Jonas Ritter
- Genre : Document, Société
- Editeur : PETIT A PETIT
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 21 août 2024
Une plongée pleine de faits et d’anecdotes sur les préjugés.
Résumé : Après l’essai, la BD tente désormais de déconstruire ce mythe du jeune de banlieue violent et délinquant, quand celui-ci veut juste avant tout se sortir de ce bourbier d’inégalités que ce lieu représente vraiment.
Critique : Dans la préface de cet album, Thomas Guénolé, qui avait publié cet essai du même nom il y a dix ans, dresse un constat assez pessimiste : pour lui, les jeunes de banlieue connaissent des difficultés encore accrues, des inégalités toujours plus profondes, et une stigmatisation qui va de mal en pis. À travers une douzaine de tableaux, qui reprend des heures de la journée, on assiste à des petites scènes anecdotiques ou non de la vie d’un ou d’une jeune de banlieue. En effet, cela va de la professeure qui songe à renoncer, du jeune diplômé qui voit les ressources humaines lui décliner un emploi, jusqu’à l’intervention musclée et la course poursuite qui peut allumer la mèche d’une émeute. A côté de ces planches (entre quatre et six), se glissent de deux à trois planches faites de faits, de conclusions assez résumées à partir d’eux pour montrer la vérité sur ces jeunes de banlieue. Non seulement l’extrême majorité n’a rien fait, mais en plus elle paie pour une petite minorité de délinquants, où le trafic de drogue a plus d’influence que l’extrémisme religieux ou le grand banditisme. Elle paie pour des crimes qu’elle n’a pas commis mais qu’on lui reproche tout de même, et cette image de la société s’est terriblement enracinée, de quoi voir leurs espoirs et ambitions se figer face à un plafond de verre toujours plus bas, pour ne pas reprendre la métaphore de l’ascenseur social en panne au rez-de-chaussée.
- © Petit à Petit / Ritter
Pour accompagner ces faits arides et désespérants, le dessin de Jonas Ritter apporte une touche plutôt moderne et assez ironique bienvenue, une caricature que l’on pourrait rapprocher du style de Riad Sattouf avec ces couleurs dominantes par histoire, et ces personnages qui n’ont pas des traits toujours très sérieux. Pourtant, cet aspect comique n’empêche pas une certaine solennité lorsque le constat, toujours le même, apparaît en conclusion des planches : le ton est grave au moment de voir que le jeune de banlieue est au mieux rabaissé ou ignoré, au pire humilié ou violenté. Et lorsque le dessin s’empare de ces moments, les personnages sont cruellement vrais.
- © Petit à Petit / Ritter
Essai mis en forme de bande-dessinée pour être vulgarisé et diffusé encore plus largement, Les Jeunes de banlieue mangent-ils les enfants ? sont une mine d’information pour tous ceux qui veulent comprendre et voir le réel de la société.
128 pages – 19,90 €