Le 6 octobre 2024


- Scénariste : Stéphane Grodet>
- Dessinateur : Théo Calméjane
- Collection : 1000 Feuilles
- Genre : Humour, Chronique sociale
- Editeur : Glénat
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 18 septembre 2024
Un homme débonnaire d’une quarantaine d’année accepte d’officier comme oreiller vivant pour personnes fortunées. Derrière ce pitch étonnant se cache un récit intelligent et savoureux.
Résumé : Jean, la quarantaine, est au chômage depuis trois ans, et sa situation le déprime. Un jour, il répond à une annonce : une société recrute des hommes pour servir d’oreiller vivant auprès de personnes fortunées victimes de troubles du sommeil. Interdiction cependant d’entretenir des relations sexuelles. Pour Jean, insomniaque et rendu « confortable » du fait de ses rondeurs, il s’agit du boulot idéal, d’autant qu’il est bien payé… Mais comment admettre que l’on loue son corps pour vivre ? Sa femme, Marianne, qui l’a soutenu pendant son chômage, le croit veilleur de nuit.
Critique : Un homme, chômeur, qui décide de rejoindre une société qui l’emploie comme « oreiller vivant » pour satisfaire les demandes d’une clientèle riche, mais victime de troubles du sommeil : le point de départ de Pillow Man intrigue immédiatement par son décalage, qui confère au récit un caractère incongru, en dépit du réalisme des situations. Ce décalage constitue en fait le moyen utilisé par le duo composé de Stéphane Grodet et Théo Calmejane pour interroger intelligemment nos représentations – et en particulier notre rapport au corps – et les rapports sociaux. Dans Pillow Man, des personnes (plus ou moins) fortunées – généralement des femmes – louent les services d’un homme dont la présence réconfortante et douillette les aide à dormir. Cette situation s’apparente à une forme de prostitution, sauf que les rôles sont ici inversés et édulcorés, puisque les doudous n’ont pas de sexe. Il en ressort une comédie savoureuse qui – comme toute bonne comédie – nous amuse en nous faisant réfléchir.
- © Stéphane Grodet, Théo Calmejane / Glénat
L’ensemble tient notamment en particulier à des dialogues incisifs et la variété des registres comiques – de caractère, de situation – qui nous accrochent à cette histoire bien écrite. Si devenir un homme-oreiller rapporte, Jean se rend rapidement compte que la situation risque de poser un problème à sa femme, Marianne, à qui il cache la vérité. D’ailleurs, une de ses « clientes » – une femme âgée et solitaire auquel il est attaché – ne manque pas de l’avertir que la situation au sein de son couple risque de dégénérer lorsqu’elle l’apprendra. Car, bien sûr, Marianne finira par découvrir comment son gentil mari, longtemps au chômage, obtient finalement un poste bien rémunéré, où il est régulièrement promu. Il faut dire que Jean est le « pillow man » parfait : rond, gentil, attentionné, ponctuel, doté d’un léger accent québécois, il séduit immédiatement la clientèle, pour le plus grand plaisir de sa (sévère) patronne.
- © Stéphane Grodet, Théo Calmejane / Glénat
Sur le plan graphique, le dessin de Théo Calmejane repose sur un trait fin – rehaussé de quelques hachures – réaliste avec des aplats de couleurs vives, dans la tradition franco-belge. Les personnages sont bien campés (avec une mention spéciale pour Jean qui fait vraiment nounours) et le dessinateur soigne ses décors, pour un récit qui se déroule dans Paris mais qui fait la part belle aux riches intérieurs.
Récit intelligent, drôle et bien construit, Pillow Man fera faire de beaux rêves à ses lecteurs, que l’on souhaite nombreux.
224 pages – 26 €