Le 4 juin 2024


- Dessinateur : Lou Lubie
- Genre : Autobiographie, Société
- Editeur : Delcourt
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 29 mai 2024
Entre enquête sociologique et expérience personnelle, un nouveau roman graphique extrêmement intéressant !
Résumé : Métisse réunionnaise, Rose a la peau blanche et les cheveux crépus. De son enfance jusqu’à l’âge adulte, elle va les supporter comme un boulet, la faute à une société qui ne les tolère pas...
Critique : Avec Racines, Lou Lubie semble atteindre le sommet de son art, entamé avec Goupil ou Face et Comme un oiseau dans un bocal, à savoir constituer un roman graphique en partie (beaucoup ou très peu) inspiré par son expérience personnelle, sur un sujet de société et d’image de soi, à travers une histoire personnelle et des faits universels référencés. Une sorte de mémoire de recherche ou d’article journalistique qui s’appuierait en priorité sur le ressenti et l’histoire d’une personne (ou avec les témoignages de plusieurs autres personnages secondaires), transposé de manière graphique, où les cases humoristiques côtoient les graphiques de données, les petites scènes quotidiennes les grands bandeaux de citations scientifiques. Racines, c’est une histoire du cheveu, mais plus particulièrement du cheveu crépu, celui qui a été au mieux oublié, au pire méprisé par une histoire coloniale, et notamment française, et qui méritait d’être mis en avant. En effet, le soin de ce type de cheveux est non seulement difficile, mais il est tellement peu reconnu qu’il coûte plus cher, et des générations de lissage et de représentation unique l’ont cantonné à une existence de marge, voire de marque de "laisser-aller" encore aujourd’hui. À travers la vie d’une petite fille de la Réunion, et donc une petite histoire de cette même île, terre de métissage complexe et inédit entre Asie, Europe et Afrique, de l’école jusqu’à l’université parisienne, on trouve un fil dense et magnifique, celui évidemment du cheveu.
- © Delcourt / Lou lubie
Pour raconter, Lou lubie s’appuie avant tout sur son dessin charmeur, toujours drôle, toujours énergique, toujours au service d’un but plus grand. Avec sa palette de couleurs limitée, ici des tons chauds entre orange et taupe, l’autrice parvient à insuffler une tonicité à son dessin et à son propos : ainsi, les références universitaires d’études sociologiques obtiennent une attractivité quasi égale aux passages qui concernent le déclassement à l’école face aux cheveux lisses ou le problème de trouver un salon de coiffure spécialisé en plein Paris. Avec Lou lubie, les chiffres deviennent de facto sexys, et c’est là une prouesse qui dépasse d’ailleurs les données qui étaient proposées dans ses albums précédents : Racine est bel et bien l’apogée de son style.
- © Delcourt / Lou lubie
Chef d’œuvre de dénonciation d’inégalités autant que d’appropriation de récit, Racines est un de ces albums qui détermine un type de récit en s’inscrivant comme référence pour ceux qui arriveront après.
216 pages – 24,95 €