Le 8 septembre 2026
- Réalisateur : Charline Bourgeois-Tacquet
- Acteur : Marie-Christine Barrault
- Distributeur : Pyramide Distribution
- Festival : Festival de Cannes 2026, Festival du Film Francophone d’Angoulême 2026
– Sortie en salle : 9 juin 2026
Nous avons échangé avec la réalisatrice au Festival du Film Francophone d’Angoulême, ainsi qu’avec son actrice qui officiait également en tant que membre du jury.
Après avoir eu les honneurs de la compétition officielle du Festival de Cannes, la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet était présente au Festival du Film Francophone d’Angoulême pour y présenter son nouveau film, La Vie d’une femme. Elle était accompagnée de l’actrice Marie-Christine Barrault. Les deux artistes ont répondu à nos questions autour de ce film dense et gracieux.
Selon vous, ce film est-il une continuité des Amours d’Anaïs, où vous évoquiez déjà l’amour, le désir, l’envie de vivre, la vie tout simplement ?
Charline Bourgeois-Tacquet : Je ne voulais pas nécessairement m’inscrire dans une continuité même si je n’ai pas encore fait le tour des questions qui m’intéressent. Je demeure passionnée par les sentiments humains et les relations humaines, dans la vie comme dans les films ou les livres. Par ailleurs, les personnages féminins sont ceux qui, pour l’instant, m’intéressent le plus. Ici, j’ai eu envie de faire le portrait d’une femme entre cinquante et soixante ans, de la regarder évoluer dans toutes les sphères de sa vie. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le film est construit sous forme de chapitres. Je tenais à ce qu’il ne soit pas scénarisé de manière trop artificielle, avec une dramaturgie trop précise. J’avais envie d’une tonalité plus impressionniste, qui puisse capturer, par petites touches, quelque chose de l’épaisseur de la vie de cette femme.
Ce qui frappe ici, c’est la justesse et la fluidité des dialogues… qui n’est pas sans rappeler Ma nuit chez Maud d’Éric Rohmer, dans lequel vous avez d’ailleurs joué Marie-Christine ?
Marie-Christine Barrault : J’ai rencontré Charline en lisant d’abord son scénario et j’ai été extrêmement sensible à son écriture. Je dois avouer qu’il m’arrive de tomber sur des scénarios certes intéressants mais avec des dialogues mal écrits. Ici, tout était fluide, juste, précis. Même si des dialogues moyens ne sont pas forcément rédhibitoires non plus parce que si je devais toujours attendre une telle qualité d’écriture pour tourner, je pense que je ne tournerais plus jamais (rires). C’est ce qui s’est passé après mon expérience sur le tournage de Ma nuit chez Maud d’Éric Rohmer. J’ai été étonnée de la non-qualité des scénarios qu’on m’a envoyée. C’étaient des chiffons. Heureusement, j’ai tourné depuis Ma Nuit chez Maud (rires). Mais quel plaisir d’être confrontée à un si beau texte. Surtout pour moi qui viens du théâtre et de la littérature.

- Léa Drucker
- © 2026 Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
Souhaitiez-vous parler de la charge mentale exercée sur cette femme ?
Charline Bourgeois-Tacquet : Je voulais surtout qu’elle se démultiplie, notamment dans son métier. Je ne me suis pas contentée d’en faire une chirurgienne, j’en ai fait une cheffe de service, avec un milliard d’éléments à gérer. Je tenais aussi à ce qu’elle se démultiplie dans sa vie, où elle fait preuve d’une grande énergie. C’est ainsi que je peux construire la mise en scène, les déplacements dans l’espace. Il me fallait un personnage irréductible, complexe, qui soit à la fois tout et son contraire. Elle peut être égoïste, dure et exigeante, mais aussi généreuse, dévouée et altruiste. Elle n’est pas la même personne selon la relation qui est en train de s’exprimer.
Et pourquoi avoir fait le choix de la confronter à une histoire d’amour avec une autre femme, incarnée par Mélanie Thierry ?
Charline Bourgeois-Tacquet : Gabrielle est une femme qui maîtrise tout, verrouille sa vie, veut faire tout mieux que tout le monde, est très en contrôle. J’avais envie que, à un moment du film, on la voit devenir fragile, vulnérable et vaciller. Une histoire d’amour inattendue avec une femme lui permet cela car c’est une première pour elle dans sa vie. Elle devient timide, maladroite. Elle perd le contrôle.
Marie-Christine Barrault : Avec un homme, elle maîtriserait la relation. Ici, elle fait l’expérience du trouble.
Comment construisez-vous votre mise en scène ?
Charline Bourgeois-Tacquet : Ce qui dicte ma réalisation depuis mes débuts, c’est l’énergie, la vitesse, le mouvement. Même si mes films sont très écrits et dialogués, je tiens à ce que la mise en scène soit très physique. Dès lors, il faut que cette parole soit convertie en chorégraphie dans l’espace et que la caméra suive tout cela. Par ailleurs, au début du film, Gabrielle est comme enfermée dans son quotidien. Mais dès qu’elle rencontre Frida, quelque chose se déplace intérieurement en elle. Et ce déplacement est aussi représenté extérieurement à l’écran puisqu’elles se retrouvent ensemble dans ces immenses paysages montagnards.
Léa Drucker s’est-elle imposée d’elle-même ?
Charline Bourgeois-Tacquet : J’ai pensé à Léa tant j’admire son intelligence, son humanité, son humour. De plus, lorsque j’ai découvert L’Été dernier, où elle joue une femme amoureuse de son beau-fils, j’ai constaté à quel point elle pouvait aller très loin dans l’abandon et la sensualité.
Comment joue-t-on avec quelque chose d’aussi délicat qu’Alzheimer ?
Marie-Christine Barrault : La maladie d’Alzheimer est une sorte d’absence aux choses, aux gens, aux autres. On se trouve sur un terrain glissant. Il faut donc se laisser glisser. On alterne entre douceur et agressivité car on perd ses repères. Pour autant, ce n’est pas un film sur la maladie d’Alzheimer.

- Mélanie Thierry, Léa Drucker
- © 2026 Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
Et que dire de cette scène d’envolée colérique de Charles Berling dans une scène particulièrement savoureuse ?
Charline Bourgeois-Tacquet : Et pourtant c’est un homme idéal, intelligent, qui comprend tout, ne doute pas de sa place, ne fait pas de scandale. Pour autant, j’avais besoin que ce personnage dise des choses à Gabrielle que le spectateur allait forcément penser d’elle à un moment ou à un autre. Même s’il exagère, on trouve quand même une part de vérité car Gabrielle n’est pas une sainte non plus. J’aime que cette explosion de violence verbale se déroule dans un lieu clos, en l’occurrence une voiture en marche, où elle ne peut rien faire et juste subir cette avalanche inattendue. Mais il fallait veiller à ne pas aller jusqu’au clash irréparable. Ici, tout s’apaise très vite et leur lien, très beau au demeurant, est préservé. On sent qu’il y a beaucoup d’amour, d’intelligence et de compréhension entre eux. On perçoit ce qui les unit.
Pensez-vous que le personnage de Gabrielle ait gagné au cours de cette histoire ?
Charline Bourgeois-Tacquet : Elle a vécu quelque chose de totalement imprévue et s’est rendue disponible à cette liberté qui n’était pas gagnée au début du film, tant sa vie est organisée. Elle n’aura jamais le regret de ne pas avoir vécu cette histoire d’amour. Pour autant, je ne pense pas qu’on puisse changer. Elle fait juste une rencontre importante, bouleversante, mais qui ne remet pas en question les choix profonds qu’elle a fait dans sa vie. Son métier reste au centre de tout. Vivre une passion peut tout mettre en péril mais Gabrielle, tout en ayant connu cette histoire d’amour, choisira toujours son hôpital et son mari.
Marie-Christine Barrault : Rien de ce qu’elle a vécu ne peut la diminuer. Il faut vivre les choses. C’est le message du film. Ne nous censurons pas ! La peur et la culpabilité nous empêchent de vivre. Cette femme a la chance de vivre avec un homme qui ne la fait pas se sentir coupable. Cela le rend exemplaire. Et cela rend ce film incroyablement positif. Il nous dit de ne pas laisser passer les occasions de voir et de vivre plus grand.
Propos recueillis par Nicolas Colle
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