Le 12 juin 2026
De Givry met les thèmes de la rencontre et de l’amour au centre du récit pour déployer un film d’une riche poésie.
- Réalisateur : Félix de Givry
- Acteurs : Emmanuelle Destremau, Erwan Kepoa Falé, Milo Machado-Graner, Jane Beever, Maïa Sandoz
- Genre : Drame, Teen movie
- Nationalité : Français
- Distributeur : Diaphana Distribution
- Durée : 1h33min
- Date de sortie : 9 septembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026, Semaine de la Critique 2026
L'a vu
Veut le voir
Résumé : Otto Vidal, quatorze ans, a disparu après avoir adressé une lettre d’adieu aux élèves de sa classe. Alors que tout le monde le croit mort, Léna, une fille de son lycée, le reconnaît une nuit en train d’errer dans les rues de la ville.
Critique : Premier long métrage de Félix de Givry, Adieu monde cruel s’avance sur un territoire particulièrement délicat. Celui de l’adolescence blessée, du harcèlement scolaire et du désir de disparaître. Pourtant, le film refuse d’emprunter les voies balisées du drame social ou du manifeste générationnel. Il préfère se déployer comme une étrange rêverie mélancolique, suspendue entre le réel et le fantasme, où la douleur du monde se transforme progressivement en possibilité de renaissance.
Otto est un adolescent que les humiliations répétées ont conduit au bord du gouffre. Lorsqu’il décide de mettre fin à ses jours, le destin en décide autrement. Survivant à sa tentative de suicide, mais donné pour mort par son entourage, il se retrouve dans une position paradoxale : celle d’un vivant devenu fantôme. À partir de ce postulat singulier, Félix de Givry construit un récit d’émancipation inattendu, où l’effacement devient l’occasion d’une réinvention.
Ce qui frappe d’emblée dans Adieu monde cruel, c’est son refus de l’explication psychologique. Le cinéaste ne cherche jamais à disséquer son personnage ni à enfermer son mal-être dans une série de causes sociologiques. Il privilégie au contraire les sensations, les silences, les regards. Cette économie narrative confère au film une dimension presque flottante, comme si Otto évoluait dans un espace intermédiaire, à mi-chemin entre la vie qu’il abandonne et celle qu’il pourrait encore conquérir.

- © 2026 Remembers - Iliade et Films - uMedia / Diaphana Distribution. Tous droits réservés.
Cette impression est renforcée par une mise en scène d’une remarquable délicatesse. Félix de Givry filme les paysages ruraux, les routes secondaires, les maisons isolées et les visages adolescents avec une douceur qui n’exclut jamais la gravité. La photographie baigne le récit dans une lumière légèrement irréelle, contribuant à créer une atmosphère de conte moderne où chaque rencontre semble pouvoir infléchir le destin.
Mais la véritable réussite du film réside sans doute dans son traitement du motif du fantôme. Otto n’est pas un revenant au sens traditionnel du terme. Il est plutôt un être devenu invisible aux yeux du monde, libéré malgré lui des assignations qui pesaient sur lui. Cette disparition symbolique ouvre un espace de liberté inédit. Pour la première fois, il peut observer les autres sans être jugé, se redécouvrir sans subir le regard destructeur de ses bourreaux.
Loin d’alimenter un discours désespéré, Adieu monde cruel trouve alors dans cette situation une source inattendue de vitalité. Le récit se transforme peu à peu en parcours sentimental et initiatique. Les rencontres qu’effectue Otto ne constituent pas de simples péripéties scénaristiques ; elles deviennent autant de possibilités de renouer avec le monde. Là où le film aurait pu sombrer dans l’obscurité, il choisit au contraire la lumière, sans jamais nier la violence qui l’a précédée.

- © 2026 Remembers - Iliade et Films - uMedia / Diaphana Distribution. Tous droits réservés.
Cette capacité à conjuguer noirceur et douceur constitue l’une des plus belles qualités du long métrage. Félix de Givry regarde son personnage avec une infinie tendresse mais sans complaisance. Le harcèlement n’est jamais minimisé, pas plus que les ravages qu’il provoque. Toutefois, le cinéaste refuse que cette souffrance définisse entièrement son héros. Son regard se porte davantage sur les chemins de traverse qui permettent de survivre, sur les hasards heureux qui réenchantent l’existence et sur les liens fragiles qui rendent à nouveau le monde habitable.
Dans un paysage cinématographique souvent dominé par le réalisme frontal, Adieu monde cruel revendique une forme de romantisme assumé. Cette orientation pourra surprendre, mais elle constitue précisément sa singularité. Le film ose croire que l’imaginaire, l’amour et la poésie possèdent encore une puissance de réparation. Cette conviction irrigue chacune de ses images et lui confère une tonalité profondément émouvante.
Avec ce premier long métrage ambitieux et sensible, Félix de Givry signe une œuvre à part, traversée par la douleur mais tendue vers l’espérance. Un film sur les disparitions qui parle avant tout de réapparition. Une élégie adolescente qui trouve dans la fragilité même de ses personnages une bouleversante promesse de vie.
Galerie photos
Votre avis
Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.
aVoir-aLire.com, dont le contenu est produit bénévolement par une association culturelle à but non lucratif, respecte les droits d’auteur et s’est toujours engagé à être rigoureux sur ce point, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos sont utilisées à des fins illustratives et non dans un but d’exploitation commerciale. Après plusieurs décennies d’existence, des dizaines de milliers d’articles, et une évolution de notre équipe de rédacteurs, mais aussi des droits sur certains clichés repris sur notre plateforme, nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur - anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe. Ayez la gentillesse de contacter Frédéric Michel, rédacteur en chef, si certaines photographies ne sont pas ou ne sont plus utilisables, si les crédits doivent être modifiés ou ajoutés. Nous nous engageons à retirer toutes photos litigieuses. Merci pour votre compréhension.


















