Le 19 mai 2026
Le Roumain Christian Mungiu fait un pas de côté européen pour aller regarder, non plus le fonctionnement de son propre pays, mais les dérives bureaucratiques de la Norvège. Une œuvre complexe, tranchante et qui ne donne pas toutes les réponses aux énigmes posées.
- Réalisateur : Cristian Mungiu
- Acteurs : Adrian Țițieni, Ellen Dorrit Petersen, Sebastian Stan, Lisa Loven Kongsli, Renate Reinsve, Thorbjørn Harr, Alin Panc
- Genre : Drame, Film de procès, Film pour ou sur la famille
- Nationalité : Français, Suédois, Norvégien, Danois, Roumain, Finlandais
- Distributeur : Le Pacte
- Durée : 2h26mn
- Date de sortie : 19 août 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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– Festival de Cannes 2026 : Sélection officielle, En compétition
Résumé : Les Gheorghiu, un couple roumano-norvégien très pieux, s’installent dans un village au bout d’un fjord où ils se lient rapidement d’amitié avec leurs voisins, les Halberg. Les enfants des deux familles deviennent très proches, malgré des éducations différentes. Lorsque le corps enseignant découvre des ecchymoses sur le corps d’Elia, l’aînée des enfants Gheorghiu, la communauté se demande si l’éducation traditionnelle que les enfants Gheorghiu reçoivent de leurs parents pourrait en être la cause.

- © 2026 Festival de Cannes
Critique : En apparence, cela pourrait être une famille ordinaire. Le père est ingénieur, la mère se consacre sa vie à mère de famille, quand elle ne visite pas des morts à qui elle donne une dernière bénédiction. Sauf que les Gheorghiu représentent une portion minoritaire de catholiques radicaux, pour ne pas dire intégristes. Ils viennent de s’installer dans un village norvégien et il suffit de quelques jours pour qu’un signalement de maltraitance soit effectué auprès du service de l’Aide à l’Enfance qui décide, en attendant un jugement, de leur retirer la garde de leurs cinq enfants.

- © 2026 Le Pacte. Tous droits réservés.
Fjord a tout du film de procès tel que le cinéma en raffole. Une bonne partie de la fiction se déroule dans les bureaux ou les cours d’un palais de justice, où l’enjeu pour le couple est de récupérer la garde des enfants. Mais avant d’en arriver là, Cristian Mungiu prend le temps d’ancrer la famille dans le village ; les plus grands des enfants se lient d’amitié avec la fille de leurs voisins, et des relations plus ou moins amicales se tissent autour d’eux. Le cinéaste roumain filme le nord glacial de la Norvège avec beaucoup d’élégance. Les plans magnifiques qui donnent sur la mer ou les montagnes tranchent avec les paysages souvent gris ou les villes sinistres qu’il a filmés dans ses œuvres précédentes. Le décor a changé, mais il n’en demeure pas moins le climat poisseux auquel les films de Mungiu nous ont habitués.
La fiction s’attache à dénoncer la bureaucratie norvégienne. Est visée notamment l’administration de la protection de l’enfance qui manifestement ne se remet pas vraiment en question. L’enjeu du conflit entre les Gheorghiu et le service se situe autour de fessées ou de gifles qui auraient été données aux enfants, le pays condamnant très fermement le recours à tout acte physique sur un mineur. Plus subtilement, Cristian Mungiu oppose les représentations éducatives entre deux pays, très différents dans leurs fonctionnements de la société. Fjord se transforme presque en débat interculturel, laissant finalement croire que le véritable reproche qui est fait à la famille demeure leur appartenance à cette communauté religieuse radicale.
Mais chez Cristian Mungiu, rien n’est jamais simple ou définitif. Le cinéaste brouille très vite les repères. La vérité, au fur et à mesure du film, s’éloigne et le spectateur finit par être perdu entre l’apparente bonne foi de la famille et la recherche de protection de l’administration. Les acteurs sont tous absolument formidables, à commencer Renate Reinsve, l’une des deux sœurs de savoir Valeur sentimentale, qui est méconnaissable avec ses airs guindés, ses petites lunettes et la droiture de la pose. Le petit monde norvégien se métamorphose en un univers confus où le doute prend le pas sur la rationalité. Les comédiens affichent des visages affables, lisses, mais qui recèlent, derrière le maquillage, des comportements très brutaux.
En transposant sa critique sociale non plus directement en Roumanie mais en Norvège, Cristian Mungiu signe un petit chef-d’œuvre de cruauté et de cynisme, prenant le soin, à l’issue du film, de laisser les questions ouvertes.
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