Le 19 août 2024


- Scénariste : Shintaro Kago>
- Dessinateur : Shintaro Kago
- Genre : Absurde
- Editeur : Imho Editions
- Date de sortie : 28 novembre 2013
Shintaro Kago écrit et dessine ce recueil d’histoires courtes qui ont été publiées à l’origine dans différents magazines. Il nous offre un panel d’humour noir qui oscille entre l’horreur et le sexe, entre l’absurde et la violence et dont on ne sait jamais comment ça va finir… Ce qui en fait tout le charme.
Résumé : Ce recueil démarre en Corée du Sud alors que le dictateur cherche à fixer des ogives nucléaires sur ses missiles longue portée. Un de ses conseillers lui apporte la solution, utiliser de la colle à perruque ! Suivent d’autres récits courts et tout aussi décalés...
Critique : Ces petits récits s’avèrent tous aussi étonnants les uns que les autres. Shintaro Kago parvient à doser dans ses histoires le sordide voire l’horreur avec le quotidien. Mais ce qui fait la la force de ces histoires, ce n’est pas ce moment trash où gicle le sang, ce sont les péripéties qui nous y amènent. Et pourtant, ces nouvelles ne font qu’une à dix pages. Elles sont tantôt dialoguées, tantôt muettes. Elles sont totalement distinctes les unes des autres même si parfois, un personnage récurrent fait son apparition, comme le détective privé Kuroda. D’autres fois, nous enchaînons des récits à protagonistes uniques. L’auteur navigue sur la fine ligne entre humour et horreur. On ne tombe jamais vraiment dans le grotesque, on flirte plus avec l’absurde. Et c’est là où Shintaro Kago parvient à nous surprendre. L’absurde joue autant sur l’histoire que sur la forme de celle-ci. Il nous prend toujours à revers et alors qu’on pense avoir compris la chute, il pousse encore plus loin et nous cueille à nouveau.
Parfois, ses personnages sont conscients de l’irréalité de leur situation, et parfois non. Sur certains récits, on comprend pourquoi on en arrive là, sur d’autres, on se retrouve face au fait sans en connaître ni la cause ni l’origine. Et à part quelques intrigues qui vous donnent le frisson, on parcourt, happé, ce recueil, en se demandant à quelle sauce on va être mangé.
Si le sanglant n’est jamais loin, l’érotisme est aussi souvent présent, corps dénudés (parfois charcutés), scènes de sexe mais paradoxalement, horreur ou érotisme nous amène vers des chutes majoritairement humoristiques, soit franchement drôles, soit franchement noires (mais drôles également, d’un rire un peu jaune).
- © Shintaro Kago / IMHO Éditions pour la traduction française
Shintaro Kago dessine non seulement ses décors mais surtout ses personnages dans un style semi-réaliste qui tranche avec le manga mainstream. Certes, on retrouve le noir et blanc rehaussé de trames et on a droit aux premières pages couleurs habituelles, mais le trait réaliste rend ses personnages plus humains et les rapproche de nous, alors que leur vie hantée par l’absurde les éloigne. Ce jeu d’opposition du visuel et de la narration contribue aussi à ce sentiment d’étrange. Le lecteur doit trouver sa place, entre humour grinçant, franche rigolade, horreur baroque, érotisme discret et absurde permanent.
Les compositions tranchent aussi avec celles du manga mainstream. Shintaro Kago regroupe quelques fois sur une planche plus d’une quinzaine de cases ou alors enchaîne sur tout un récit des dessins pleine page. Il n’y a pas de règles. Et comme il joue autant avec l’intrigue qu’avec la forme, certaines de ses histoires sont aussi des défis visuels où on se plonge avec plaisir.
Une collision accidentelle sur le chemin de l’école peut-elle donner lieu à un baiser ? est un recueil d’histoires courtes, voire très courtes qui navigue avec talent sur l’océan de l’absurde sous toutes ses formes.
160 pages – 18 €