Le 9 juin 2026
Une jeune infirmière novice mais déterminée à faire bouger les lignes pose un regard sans concession sur les névroses de l’hôpital psychiatrique. Un long métrage efficace et sensible.
- Réalisateurs : Sophie Muselle - Guérin Van de Vorst
- Acteurs : Nathalie Richard, Tijmen Govaerts , Mara Taquin, Sasha Deprez, Hamza Essalouh
- Genre : Drame
- Nationalité : Belge
- Distributeur : Singularis Films
- Durée : 1h45mn
- Date de sortie : 10 juin 2026
- Festival : Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz 2025, Mar del Plata (Argentine) 2025, BRIFF (Belgique) 2025, Tournai Ramdam Festival 2026, Festival psy de Lorquin 2026
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Résumé : Alexia, vingt-cinq ans, volontaire et idéaliste, arrive comme infirmière stagiaire dans le service fermé d’un hôpital psychiatrique. Malgré les avertissements de Joëlle, l’infirmière en chef, sur la distance à garder avec les patients, Alexia va se rapprocher de Mila, une patiente de vingt ans, qui ne comprend pas ce qu’elle fait là. Touchée par sa colère, Alexia va remettre en question l’institution…
Critique : D’un côté, Sophie Muselle, psychologue, autrice et metteuse en scène qui, après avoir travaillé en hôpital psychiatrique en Arménie, construit des spectacles autour de la folie et de la normalité avec des personnes ayant un vécu psychiatrique. De l’autre côté, Guérin Van de Vorst, réalisateur de films consacrés à des personnages marginaux qui tentent de trouver leur place dans le monde. Leur rencontre avec une amie commune, infirmière dans une unité psychiatrique, qui témoigne de la quasi-impossibilité à créer un cadre humain dans des conditions de travail rendues difficiles par le manque de moyens, les incite à prendre à bras-le-corps ce sujet d’intérêt général, à l’heure où la santé mentale est de plus en plus fragilisée et où les structures ne parviennent plus à suivre.

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Leur intention n’est nullement de délivrer un message ou d’apporter quelque solution. Flirtant avec le documentaire, ils nous enferment dans un huis clos pour décrire la violence d’un enfermement pas toujours bien compris et toujours soumis à la subjectivité des psychiatres ou des juges. Alexia (Mara Taquin) sert de guide à cette enquête médico-sociale. Dès les premières images, on découvre une jeune femme déterminée et prête à la rébellion. Elle qui rêvait d’un stage en soins intensifs ou aux urgences, la voilà propulsée dans un creuset passionnel tout juste fait pour accentuer les tensions qui traversent son lieu de travail tout autant que notre quotidien. Avide de justice et d’empathie, elle trouve là l’ occasion idéale de s’investir, un peu trop sans doute. La caméra, dans de longs plans-séquences, ne quitte jamais notre héroïne, tant dans l’intensité fébrile de son travail qu’au cours de ces moments précieux d’écoute attentive. Loin de toute démonstration partisane, c’est bien la complexité des enjeux qui est scrutée ici pour proposer au spectateur une vision plus nette de ce maelstrom troublé. Les soignants peuvent être expéditifs et, par manque de temps, privilégier un traitement médicamenteux à effet rapide à une oreille bienveillante. Pour autant, ils ne manquent pas de sensibilité, englués entre fatigue, désir de bien faire et pression institutionnelle. Les patients, des êtres souvent en détresse, sont broyés par un système qui ne leur accorde ni le temps ni l’attention nécessaires à leur guérison. Ouvrant la réflexion sans prétendre apporter les réponses, le film explore avec subtilité les zones d’ombre entre protection et contrainte, engagement personnel et responsabilité professionnelle.

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Et puisqu’il s’agit ici de parier sur l’humanité, il était important de disposer d’un casting à la hauteur de la mise. Mara Taquin, pour son premier grand rôle, adopte sans faillir les faits et gestes de cette soignante dévouée et en livre une interprétation tout à fait convaincante qui lui a valu le prix de la meilleure actrice au Festival de Mar del Plata. Elle est généreusement accompagnée par Sasha Deprez, dont la justesse de jeu et la force de persuasion font merveille. Enfin, Nathalie Richard, fidèle des films de Chantal Akerman, Bertrand Mandico ou Jacques Rivette, promène sa silhouette longiligne pour distiller avec un même talent autorité et tendresse.
À l’heure où les maladies mentales sont encore mal comprises et restent taboues, Au bord du monde choisit habilement de s’arrêter sur la douleur inhérente à la perte de repères plutôt que de réduire son sujet au danger de la folie, le transformant ainsi en un document efficace et sensible.
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