Le 1er août 2026
Dans la lignée du cinéma de Rozier, ce premier long métrage sous forme de récit de voyage est une véritable bouffée d’air frais, portée par un regard bienveillant, mais sans complaisance, sur la jeunesse.
- Réalisateur : Paul Nouhet
- Acteurs : Billie Blain, Gaspar Bellegarde, Noah Harray, Lukas Larrue, Eliot Lucas, Paul Nouhet, Edouard Hascoët
- Genre : Comédie dramatique, Teen movie
- Nationalité : Français
- Distributeur : L’Atelier Distribution
- Durée : 1h26mn
- Date de sortie : 25 novembre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026, ACID 2026
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Résumé : L’été de leurs dix-huit ans, Emile, Paul, Hascoët et Léo partent à Barcelone, la Mecque du skateboard, pour leurs premières vacances entre potes. Dix ans plus tard, ils s’appellent et se refont le film.
Critique : Présenté dans la section ACID du Festival de Cannes, Barça Zou est le premier long métrage de Paul Nouhet. Monteur et cinéaste, il avait jusqu’alors signé des films au format court sur le thème de l’adolescence, à travers des récits teintés de mélancolie et de légèreté. Produit par les Films du Sursaut, Barça Zou est d’une veine similaire, autour du voyage entrepris par quatre garçons. Hascoet (Gaspar Bellegarde), Émile (Noah Harray), Léo (Lukas Larrue) et Paul (Eliot Lucas) prennent la route pour Barcelone, afin de découvrir la ville pendant plusieurs jours, et surtout assouvir leur passion du skate-board. Ils envisagent aussi de filmer leurs exploits. Le scénario (coécrit avec Émile Pierre) mêle deux dimensions temporelles : des voix off, celles des personnages devenus trentenaires dix ans plus tard et que l’on verra parfois à l’écran, commentent une partie de l’action, et tentent de s’accorder pour reconstituer des événements parfois imprécis. Barça Zou comporte une forte charge autobiographique, Paul Nouhet ayant souhaité revisiter un souvenir de jeunesse, tout en proposant une réflexion sur les rites initiatiques, mais aussi le mélange de force et de fragilité des souvenirs d’adolescence et du début de la vie d’adulte.

- © 2026 Les Films du Sursaut / L’Atelier Distribution. Tous droits réservés.
La mise en abyme du dispositif, renforcée par la présence de la caméra des jeunes, est appliquée avec finesse, sans surcharge démonstrative. Car Barça Zou est aussi et surtout une jolie chronique, dont la simplicité, l’humour et le ton de liberté font écho au cinéma de Jacques Rozier, celui d’Adieu Philippine et de Du côté d’Orouët. Il faut se laisser bercer par l’atmosphère d’un film qui vaut aussi par ses silences et son aptitude à rendre attachantes des situations banales : la paëlla immonde achetée sur une aire d’autoroute, le check-in dans un appartement fonctionnel, les joies et aléas de la promiscuité, les conversations ordinaires avec des locaux ou des expatriés, la bière achetée à la supérette du quartier… Même des événements qui pourraient entraîner un revirement narratif (une chute en skate sur la voie publique, le vol d’un sac) sont dédramatisés, comme si la douceur de vivre de personnages insouciants et naïfs était primordiale, mais sans que cela ne suscite une frustration chez le spectateur. Car l’essentiel est ailleurs : dans ce plan de pigeons dont l’envol vient troubler un baiser amoureux déjà hésitant, ou celui sur deux amis, assis côte à côte, qui se font la tête avant de se réconcilier.

- © 2026 Les Films du Sursaut / L’Atelier Distribution. Tous droits réservés.
La délicatesse de la démarche de Paul Nouhet parvient ici à toucher, l’économie de moyens et d’écriture se révélant même être un atout. Certains ne manqueront pas d’objecter que ces quatre garçons sans histoire, issus en apparence de la petite bourgeoisie bordelaise, ne sont pas représentatifs de la jeunesse. Faut-il vraiment le lui reprocher ? Si en effet la diversité de genre, d’ethnie ou d’orientation sexuelle ne caractérise pas leur petite bande, ce serait faire un procès d’intention aux auteurs, tant leurs personnages sont bien cernés. Et ce d’autant plus que leur comportement respectueux (auprès des filles, des adultes en général) tranche avec la « masculinité toxique » dénoncée dans beaucoup de longs métrages ces dernières années. Plus encore, la démarche du réalisateur est louable dans sa volonté de donner une image positive de la jeunesse, sans céder à la complaisance ou au jeunisme. Il faut enfin saluer la justesse de jeu des quatre acteurs non professionnels (ou futurs professionnels), choisis au casting parmi de jeunes amateurs de skate. Moins cartoonesque que Les beaux gosses, aux antipodes d’À nous les petites Anglaises, moins doloriste que La Gradiva, Barça Zou est un enchantement qui révèle un auteur.
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