Le fantastique made in France
Le 28 novembre 2024
Délétères et oppressants, les malheurs du chien Baxter... Un fleuron du cinema fantastique français de la fin des années 80, sélectionné à Avoriaz.

- Réalisateur : Jérôme Boivin
- Acteurs : Jean-Paul Roussillon, Évelyne Didi, Catherine Ferran, Lise Delamare, Jean Mercure, Jacques Spiessier, Jany Gastaldi
- Genre : Fantastique, Film animalier
- Nationalité : Français
- Distributeur : UGC Distribution
- Editeur vidéo : Studiocanal
- Durée : 1h22mn
- Âge : Interdit aux moins de 12 ans
- Date de sortie : 18 janvier 1989
- Festival : Festival d’Avoriaz 1989

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Résumé : Baxter le chien pense et s’il pouvait se débarrasser des humains autour de lui, il passerait de la pensée aux actes !
Critique : Sur un mode nettement sombre et sobre, Baxter est un film fantastique qui sort des sentiers battus. Le fantastique intervient ici dans le fait que le monde est perçu par un chien qui nourrit des idées contre-nature. Il ne cherche pas à provoquer le rire mais le malaise en montrant le quotidien peu folichon d’un animal qui ne trouve pas de considération tout comme il refuse les compromis. Dans le film, Baxter est un bull-terrier qui, quand il n’est pas content, sort les crocs. Il a encore en lui de tristes séquelles d’humains qui n’ont pas été sympas avec lui. Au début, il est offert à une grand-mère qui va se barricader chez elle et basculer dans la folie furieuse. Il est pris ensuite en charge par "le couple d’en face" qui passe son temps à baiser et qui, un jour, triste nouvelle pour Baxter, a un enfant (et s’il le liquidait ?). Puis, vient le tour d’un jeune gamin, fasciné par Hitler et la Seconde Guerre mondiale qui tombe amoureux d’une Stéphanie de banlieue qu’il considère comme son Eva Braun... Trois histoires en une, regroupées dans ce morose Let me be your dog qui aborde de multiples sujets à la fois ; ce qui rend par conséquent la thématique du film vaste et riche. Baxter doit également beaucoup à sa galerie de personnages savoureux qui sont tous des monstres ordinaires, tout droits échappés d’un film de Todd Solondz. Parmi les trois segments, on est en droit d’avoir des préférences. La troisième histoire, la plus longue et la plus substantielle, enregistrant les relations tordues entre Baxter et un jeune garçon, est complexe. Le cinéaste va même jusqu’à donner des penchants malsains au gamin et le fait passer pour un Hitler jeune : son sadisme lorsqu’il demande au clebs de tuer un autre garçon ; son amour pour une Stéphanie de banlieue qui ressemble vaguement à Eva Braun, et surtout quand il se met à écrire un journal rappelant évidemment lMein Kampf... L’atmosphère est délétère, oppressante, presque effrayante, parce qu’ancrée dans une réalité insupportable faite d’hypocrisie et de mensonges, de tension et de refoulement. Dans ses meilleurs moments, le film possède un lyrisme, un souffle, qui lui fait atteindre des sommets, comme lors de ce dénouement où le jeune garçon observe le couple d’en face avec leur enfant, et qui prononce soudain les mêmes paroles que Baxter. Deux êtres incompris, qui dans le fond, souffrent des mêmes traumatismes, du même manque d’amour.