Le 20 septembre 2026
Entre mélodrame ampoulé et critique de la masculinité toxique sonnant creux, le premier film américain de Kantemir Balagov peine à convaincre.
- Réalisateur : Kantemir Balagov
- Acteurs : Monica Bellucci, Riley Keough, Barry Keoghan, Harry Melling, Tommy McInnis
- Genre : Drame
- Nationalité : Américain, Français
- Distributeur : Le Pacte
- Date de sortie : 7 octobre 2026
- Festival : Festival de Cannes 2026
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Résumé : Dans le New Jersey, un adolescent de seize ans surnommé « Pyteh » partage son temps entre les tapis de lutte et le petit restaurant tcherkesse de sa famille, au bord de la faillite. Mais une décision impulsive de son père, éternel opportuniste, vient bouleverser sa trajectoire — façonnant peu à peu un récit de fierté, d’héritage et de masculinité.
Critique : Premier film américain du cinéaste russe exilé Kantemir Balagov après ses prises de positions contre la guerre en Ukraine, Butterfly Jam entend nous plonger dans une petite communauté tcherkesse perdue au fin fond du New Jersey. Enfant de cette diaspora, le jeune Temir cherche sa place entre sa passion pour la lutte et son inquiétude grandissante pour un père solaire mais instable.
Balagov signe ici un film plastiquement assez réussi, notamment dans son cadrage mais aussi dans la mise en scène de la couleur, surtout le rose qui tâche les personnages masculins et le monde qui les entoure comme un rappel d’une vulnérabilité qui ressort toujours, d’une sensibilité ne pouvant être enfouie. Tout est plongé dans une lumière douce et chaude qui confère au film une aura de souvenir. Le jeune cinéaste montre une capacité à poétiser les espaces les plus communs. Cependant, cette poésie est souvent lancée sans songer à sa réception : elle n’émeut pas et manque de sens.

- © 2026 Why Not Productions. Tous droits réservés.
Cela se retrouve dans d’autres aspects de l’œuvre. Les rapports entre les personnages, même s’ils sont montrés avec tendresse, ne peuvent jamais vraiment échapper à une certaine artificialité. Dans leurs silences, les scènes sont justes mais se révèlent vite également remplies de clichés sur la parentalité, les pères immatures et leurs fils inquiets qui finissent invariablement par les blesser, etc. On ne sort jamais du très attendu, ni du très entendu et, rapidement, il semble que Butterfly Jam n’ait rien de nouveau à offrir à son spectateur. L’ennui est ainsi vite arrivé face à un énième film où les fils parlent à leurs pères, où la transmission se fait par la cuisine et où les rapports masculins sont constamment mis en tension. Sur ce sujet de la violence masculine, sourde et destructrice, le récit ne présente que des poncifs. Les hommes sont incapables d’exprimer leur mal-être et ne peuvent communiquer que maladroitement ou brutalement, propos déjà tenu dans Men de Garland ou Power of the Dog de Campion...). Le film expose ces éléments en longueur, mais ne les interroge jamais ; on en sort sans avoir, à aucun moment, été éclairé d’une nouvelle lumière sur des thèmes pourtant si universels.

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De plus, cette superficialité se retrouve dans l’évocation de la culture tcherkesse, dont on ne perçoit ni la singularité ni l’histoire. Le film ne nous plonge jamais véritablement dans les difficultés de cette diaspora, dans les douleurs de l’exil ni dans la beauté d’une communauté qui se recrée à l’autre bout du monde. Tout cela est laissé à l’imagination du spectateur et, une fois encore, ne donne lieu à aucune véritable réflexion. Mettre en scène cette diaspora tcherkesse apparaît alors comme absolument vain tant il pourrait s’agir de n’importe quelle communauté. Il n’est évidemment pas souhaitable que le film se transforme en documentaire sur ce peuple du Nord-Caucase. Cela pose tout de même question lorsqu’on nous promet une œuvre consacrée aux Tcherkesses du New Jersey, dans laquelle une majorité d’acteurs anglo-saxons figure au casting et dont le tournage a eu lieu à Dunkerque. Ces acteurs, Barry Keoghan, Riley Keough et Harry Melling, ne sont pas de mauvais choix pour leurs rôles respectifs, mais on ne peut s’empêcher de souffler lorsqu’ils ponctuent maladroitement leurs répliques de quelques exclamations russes apprises phonétiquement, comme pour nous rappeler qu’ils ne sont pas natifs de Chicago.
En résumé, Balagov réalise un film à la fois personnel, tant il fait écho à sa propre situation d’exilé tcherkesse aux États-Unis, et profondément creux. Il exploite mal son drame, ses personnages et ses thèmes, malgré une réalisation léchée. En accumulant les clichés, Butterfly Jam laisse l’impression d’un film beaucoup trop générique, qui ne parvient jamais à émouvoir alors qu’il ne semble désirer que cela.
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