Le 22 septembre 2026
Une œuvre fascinante et profonde où les écrits de Jean Zay s’invitent dans des clichés en noir et blanc emprunts de poésie et de souvenirs.
- Réalisateur : Laurent Véray
- Acteur : Éric Caravaca
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Films de l’Atalante
- Durée : 1h38mn
- Date de sortie : 23 septembre 2026
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Résumé : Jean Zay, ministre de l’Éducation Nationale durant le Front populaire de 1936, est arrêté puis détenu durant quatre ans pour ses idées politiques, dans la France de l’Occupation. La cellule, tel un espace-temps hors du monde, plein de sa personne mais aussi parfois de ses proches, offre à Jean Zay la possibilité d’un retour sur son passé et sur soi. Ses écrits de prison nous amènent à un voyage au bout de lui-même.
Critique : Il n’y a rien d’étonnant qu’un grand historien du cinéma comme Laurent Véray s’intéresse au destin sinistre de Jean Zay. Si ce dernier a été ministre de l’Éducation nationale pendant quelques années, il fut aussi, entre autres, le fondateur du Festival de Cannes. Et c’est ainsi que l’universitaire, armé d’images anciennes de l’époque de l’homme politique mais aussi d’images contemporaines de Clermont-Ferrand et des lieux où Jean Zay a passé ses dernières années, entreprend de raconter l’histoire tragique de cet homme, un immense homme, fait prisonnier par le gouvernement de Vichy.

- Copyright Les Films de l’Atalante
Haute solitude, Jean Zay prisonnier politique est une œuvre moins visuelle que littéraire. Éric Caravaca lit Jean Zay. L’homme, sur des bouts de cahier, écrit à son épouse. Il raconte son quotidien, hanté par le froid, la solitude, l’inconfort et surtout le sentiment que l’autorité judiciaire a failli à son devoir d’exemplarité et d’indépendance. La caméra, filmant souvent en noir et blanc, parfois en couleur, traverse à n’en plus finir un enclos de la cour de Riom, pendant que les mots défilent, nobles, dignes, et d’une indicible beauté. Parfois, en contrepoint glacial du Verbe de Jean Zay, Laurent Valay introduit des archives de propagande qui justifient, avec un cynisme absolu, l’incarcération de héros politiques de la France. Jean Zay ne cesse d’espérer. Il lutte contre la solitude, l’éloignement de sa famille, et surtout l’indignation qui s’empare de la justice, rompue à la mécanique sinistre du gouvernement de Vichy.
Régulièrement, l’historien du cinéma montre des images de drapeau ou de documents administratifs, surplombés du sceau « République française ». En ce sens, Laurent Véray interroge à demi-mots ce que pourrait devenir notre nation si elle succombait à la tyrannie des extrémismes politiques. Jeanne d’Arc est ainsi célébrée par le gouvernement de Vichy, comme un sinistre rappel qu’un autre parti actuel la fête chaque année, au nom de ses valeurs populistes. Deux hommes surgissent dans ce portrait sobre et poétique : l’homme politique qui crie sa colère et son désarroi ; le père de famille et l’époux séparé de celles qu’il aime. Et le documentaire finit par réunir les deux dans une langue d’une grande beauté qui s’attache, à travers le détail d’une plante, le passage d’un train, une vue sur une rue bruyante, à raconter la magie et la grandeur de l’art cinématographique.
Haute solitude, Jean Zay prisonnier politique est une œuvre dense et profonde qui sonne comme un avertissement, compte tenu des dérives populistes et violentes à laquelle la France a succombé hier. L’hommage à Jean Zay s’impose comme une urgence à choyer la démocratie sous toutes ses formes et à se souvenir du sacrifice magnifique de grands hommes pour la liberté de pensée et de paroles.
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